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Covid long: la véritable économie sera dans la bonne organisation des soins

Le Covid long, au-delà de l’enjeu de santé, est une réalité économique: ruptures professionnelles, épuisement, troubles cognitifs… Nous plaidons pour l’application opérationnelle du parcours de soins prévu en France. Texte d’opinion par Cécile Philippe et Jérôme Larché, respectivement présidente de l’Institut économique Molinari et médecin, publié dans Les Échos.

Le Covid long n’est pas seulement une question de santé. C’est un enjeu de productivité, de dépenses publiques et d’efficacité collective. La France n’a plus besoin d’une reconnaissance supplémentaire de principe, elle a besoin d’un parcours national de soins réellement opérationnel. Pour preuve, le rythme de progression des indemnités journalières a triplé par rapport à la période 2015-2019, lorsqu’on raisonne à masse salariale constante.

Pendant plusieurs années, le Covid long a pu être traité comme un sujet d’incertitude : réalité clinique admise mais contours mouvants, besoin de prise en charge reconnu mais réponse publique encore incomplète. Cette phase est désormais derrière nous mais pas la désorganisation à bas bruit aussi bien de notre système de santé que celui du travail, et l’altération jour après jour des trajectoires de vie des patients.

Conséquences économiques

Un rapport récent de l’OCDE sur les conséquences socio-économiques et sanitaires du Covid long rappelle qu’en 2021 environ 75 millions de personnes étaient touchées, soit 5,3 % de la population de l’OCDE, et qu’entre 3 et 8 % des adultes continuent de vivre avec des symptômes prolongés. On parle donc d’un phénomène suffisamment fréquent et durable pour produire des effets macroéconomiques et institutionnels massifs.

Selon ce même rapport, le Covid long a représenté 680 milliards de dollars de pertes dans les pays de l’OCDE en 2021, soit environ 1 % du PIB, et pourrait encore peser entre 0,1 et 0,2 % du PIB par an entre 2025 et 2035. Ces chiffres expriment une réalité simple : l’inaction n’est plus une prudence, elle est inefficiente.

En effet, une pathologie chronique touchant approximativement plus de deux millions de patients en France, et dont le soin n’est pas organisé, génère mécaniquement des coûts évitables. Les patients multiplient les consultations, répètent les examens, sont victimes de désinformation en santé, circulent entre médecine de ville, expertise spécialisée, rééducation, arrêt de travail, reprise partielle ou impossible. Les professionnels de santé interviennent souvent sans coordination suffisante. Le système paie donc d’abord la dispersion des soins, et ensuite les conséquences sociales et professionnelles de cette dispersion, d’où des arrêts maladie dits « inexpliqués ».

Le rapport de l’OCDE souligne qu’un travailleur sur cinq atteint de Covid long connaît une rupture professionnelle. Mais le coût ne se limite pas aux sorties visibles du marché du travail. Il faut aussi regarder la perte de capacité et de productivité moins visible de personnes qui restent en poste malgré l’épuisement, les douleurs ou les troubles cognitifs, au prix d’une fragilisation durable et, souvent, d’une aggravation de leur état.

Parcours de soins

Dans ce contexte, la première réponse consiste à organiser la mise en place formalisée et opérationnelle d’un parcours de soins national du Covid long, déclinable dans l’ensemble des régions françaises qui aurait la vertu de permettre à nombre de personnes de reprendre le chemin de l’emploi avec un accompagnement adéquat. Le rapport de l’OCDE rappelle que seuls six pays, dont la France, ont défini des parcours de soins officiels, souvent encore loin d’être pleinement opérationnels sur le terrain, hormis en Occitanie.

La France dispose déjà de briques utiles qui pourraient être généralisées sur tout le territoire. Au-delà de l’existence administrative d’un parcours, l’enjeu est son effectivité réelle dans le cadre des recommandations nationales de la Haute Autorité de Santé.

Cela permettrait de réduire le coût de la désorganisation, de mieux orienter les patients, d’articuler clairement la chaîne premier recours – centres experts spécialisés – rééducation, d’identifier plus vite les formes complexes, de renforcer le lien avec la santé au travail et de limiter les consultations redondantes comme les examens non pertinents. Il améliorerait la vie des patients, bien sûr, mais aussi l’efficience globale du système.

A ce stade, la véritable économie sera dans la bonne organisation.

Jérôme Larché est médecin interniste, conseiller médical Covid long à l’ARS Occitanie.

Cécile Philippe est présidente de l’Institut économique Molinari et chroniqueuse aux « Echos ».

 

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