Comment améliorer l’efficacité de nos dépenses de santé
La France dépense plus que la Grèce et l’Italie pour son système de santé, pour des résultats moindres en termes d’espérance de vie en bonne santé. Voici une solution sous-exploitée pour améliorer les chiffres français. Chronique par Cécile Philippe, présidente de l’Institut économique Molinari, publiée dans Les Échos.
On manque d’argent pour aider de manière ponctuelle les acteurs économiques face à un choc conjoncturel comme celui de la nouvelle hausse du prix des carburants. Normal, nous n’avons pas traité de manière structurelle les déficits publics sociaux. Celui de la branche maladie de la Sécurité sociale s’est élevé à 16 milliards en 2025, après avoir atteint 14 milliards en 2024 et 11 milliards en 2023. Depuis 1975, date du premier plan de redressement de l’assurance maladie, cette branche a été excédentaire à peine 8 fois. Le dernier équilibre remonte à 1988, mais les réponses qui ont été apportées sont restées les mêmes depuis : augmenter les ressources et rationner les dépenses. Il devrait être entendu qu’il faut se poser la question différemment.
Dérapage des dépenses
L’emballement des dépenses de maladie représente 30 % de la hausse des dépenses publiques depuis 1959. Les déficits cumulés de la branche maladie donnent le vertige. Ils s’élèvent à 256 milliards depuis 1979, date de la création de la Commission des comptes de la Sécurité sociale (311 milliards d’aujourd’hui). Pendant des décennies, les pouvoirs publics ont cherché à augmenter les ressources et réduire les dépenses.
Côté ressources, augmenter les cotisations maladie est un remède aux effets pervers multiples. Trop de cotisations, c’est moins de compétitivité et de pouvoir d’achat pour les salariés. Cela a rendu nécessaire la mise en place d’exonérations de cotisations. C’est parce que le coût de la Sécurité sociale est trop élevé qu’il existe toutes ces exceptions pour oxygéner le système.
Côté rationnement des dépenses, la liste des mesures est longue avec, en particulier, la mise en place de l’Objectif national de dépenses maladie (Ondam) en 1996. Mais ces mesures ne permettent pas le retour à l’équilibre et s’accompagnent d’effets pervers pour les citoyens sous la forme d’un manque de soignants, de frais à charge plus élevés, d’une bureaucratisation accélérée de l’offre, d’un accès à l’innovation moindre.
Prévention
Et pourtant, les chiffres sont là. La France dépense beaucoup en santé, sans que dépense rime systématiquement avec gains qualitatifs. Ainsi, la Grèce et l’Italie, qui dépensent bien moins que nous, ont trois à cinq ans d’espérance de vie en bonne santé à la naissance de plus que nous et des espérances de vie en ligne avec la nôtre. Cela montre que notre dépense santé n’est pas nécessairement efficiente. Cela oblige à se demander quels sont les leviers qui permettraient de faire des économies, tout en améliorant le service rendu.
Il existe un pan entier en santé qui reste sous exploité à ce jour, celui de la prévention. La France investit 22 % de moins que la moyenne de l’Union européenne en prévention et dépense 26 % de plus en curatif. Sous-investir alimente une dette de prévention, ce qui génère des pertes massives de bien-être pour la population et des surcoûts médicaux. Alors que nous sommes numéro un en dépenses de santé curatives par rapport au PIB, nous sommes seulement onzièmes en espérance de vie en bonne santé dans l’UE. Investir sur la prévention dans un pays où la somme des espérances de vie avec incapacité représente un milliard d’années a tout son sens économique.
De même, l’innovation en santé doit être mesurée et comptabilisée à l’aune de ce qu’elle peut faire économiser. C’est ce changement de paradigme qui s’impose si on veut réellement réduire les déficits, sans renoncer à la raison d’être de la Sécurité sociale.



