La Belgique a la dette par habitant la plus lourde d’Europe
Avec 57 239 euros de dette publique par habitant, la Belgique occupe la première place en Europe. En cause, une dérive structurelle alimentée par le vieillissement, le sous-financement des retraites et un manque d’investissement dans la prévention en santé. Nicolas Marques répond aux questions de Pierre Nizet pour le groupe Sud Presse (La Capitale, La Gazette, La Meuse, La Province, Nord-Eclair…)
La Belgique affiche aujourd’hui la dette publique par habitant la plus élevée d’Europe, avec 57.239 € par personne, selon des chiffres cités par l’Institut économique Molinari à partir des dernières données d’Eurostat. Un niveau qui place le pays devant ses voisins et même au-dessus de la France, pourtant déjà considérée comme très endettée.
Pour Nicolas Marques, directeur général de l’Institut économique Molinari, cette situation s’explique par une dérive lente et structurelle. « La Belgique a été moins touchée par la crise de 2008 mais, depuis, elle s’enfonce lentement, sûrement ».
Le constat est sévère : la dette publique par habitant en Belgique est trois fois plus élevée qu’en Suède, deux fois plus qu’aux Pays-Bas, 70 % qu’en Allemagne et 13 % au-dessus du niveau français.
Historiquement, rappelle Nicolas Marques, l’Irlande figurait parmi les pays les plus endettés par habitant après la crise financière de 2008. « Les Irlandais sont revenus à l’équilibre budgétaire en 10 ans ». À l’inverse, la Belgique aurait progressivement laissé ses comptes se dégrader.
Cher vieillissement !
Selon l’économiste, la cause majeure de cette dérive réside dans le vieillissement de la population. Le phénomène pèse à la fois sur les retraites et sur les dépenses de santé.
En Belgique, les dépenses de protection sociale et de santé représentent 28 % du PIB, soit plus de la moitié de la dépense publique totale, évaluée à 54 % du PIB.
Plus marquant encore, « 100 % de la hausse des dépenses publiques depuis 1995, ce sont des dépenses de vieillissement », avance Nicolas Marques.
Pendant que les budgets liés aux retraites, à la santé et à la protection sociale progressaient, d’autres postes comme la justice, la police, l’éducation ou la recherche ont été comprimés.
Pour notre expert, la Belgique souffre d’un déficit de capitalisation pour financer les retraites. Il avance que seulement 30 % du PIB est aujourd’hui placé pour préparer les pensions, alors que les engagements de retraite représenteraient environ 340 % du PIB.
« Les 310 % du PIB qui manquent sont financés par la répartition, donc par des cotisations sur les actifs. Ce qui réduit le pouvoir d’achat des actifs », explique-t-il.
Cette situation pèserait aussi sur la compétitivité du pays.
L’exemple des pays du nord
L’Institut économique Molinari plaide pour un renforcement de l’épargne retraite, en s’inspirant de plusieurs pays du nord de l’Europe.
« Au Danemark, il y a sept fois plus d’épargne retraite. Aux Pays-Bas, il y en a cinq fois plus. En Suède, il y en a quatre fois plus ».
Nicolas Marques avance qu’un alignement sur le modèle néerlandais permettrait de dégager jusqu’à 30 milliards d’euros supplémentaires par an pour financer les retraites, sans alourdir directement les comptes publics.
L’autre problème identifié concerne la santé publique, et plus particulièrement la prévention. Notre pays dépenserait nettement moins que ses voisins dans ce domaine, tout en supportant des coûts curatifs plus élevés.
« En Belgique, on dépense 31 % de moins en prévention que la moyenne de l’Union européenne », indique-t-il.
La dépense annuelle de prévention serait inférieure à 100 euros par personne, contre 230 euros en Finlande, 280 euros en Allemagne et 300 euros aux Pays-Bas.
En parallèle, la dépense curative par habitant serait 45 % supérieure à la moyenne européenne.
Pour l’économiste, ce déséquilibre alimente à terme la pression sur les finances publiques.
« Il y a une dette de prévention qui s’accumule », conclut-il.
Des choix de long terme difficiles à imposer
Pourquoi ces réformes ne sont-elles pas engagées plus rapidement ? Pour Nicolas Marques, la réponse tient à une logique politique dominée par l’urgence électorale.
« C’est la tyrannie du court terme », tranche-t-il.
Il oppose à la Belgique et à la France des pays comme les Pays-Bas ou la Suède, souvent qualifiés de frugaux, mais qui auraient surtout mieux anticipé les effets du vieillissement.
Selon lui, cette difficulté à penser dans le temps long empêcherait de traiter efficacement les déséquilibres structurels.
Dans un contexte de dette publique dépassant les 681,2 milliards d’euros, la question de sa soutenabilité reste au cœur du débat économique et politique belge.
Pour Nicolas Marques, la réponse passe donc par une double stratégie : mieux préparer le financement des retraites et investir davantage dans la prévention en santé.
Deux leviers qui, selon lui, permettraient de freiner l’emballement des dépenses sociales et, à terme, de contenir la dette.



