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Faire payer les tests PCR, un mauvais calcul économique

Lundi soir, le président de la République a annoncé que les tests PCR seront rendus payants cet automne, sauf prescription médicale. Une erreur. Texte d’opinion par Nicolas Marques, directeur général de l’Institut économique Molinari, publié dans L’Express.

Depuis plusieurs semaines, un débat s’est développé autour du maintien de la gratuité des tests. Lundi soir, le président de la République a tranché en annonçant que “cet automne, les fameux tests PCR seront rendus payants, sauf prescription médicale, afin d’encourager la vaccination plutôt que la multiplication des tests”. Le choix d’une prise en charge par la collectivité des tests de dépistage est battu en brèche. Pour certains, cette “gratuité” est factice puisque financée par nos cotisations sociales et impôts. Elle aurait un caractère inflationniste, puisqu’elle inciterait les individus, exonérés des contraintes financières, à se faire tester plus fréquemment en reportant le coût sur la collectivité. Elle serait contreproductive, puisque certains multiplieraient les tests “de confort” pour continuer leur vie sociale sans se faire vacciner, tournant le dos à la solution la plus efficace et la plus économique pour contrer la pandémie.

La facture pour la collectivité

Ces arguments portent. D’autant plus que les sommes en jeu sont loin d’être anodines. L’an passé, la campagne de dépistage a coûté 2,6 milliards d’euros. En 2021, les tests pourraient coûter plus cher que la vaccination, avec 4,9 milliards d’euros contre les 4,6 milliards budgétés pour les vaccins. Pourtant, ils oublient l’essentiel en matière d’économie et de gestion du risque. D’une part, les tests sont un investissement clef qui rapporte. D’autre part, la gestion du risque est additive.

D’un point de vue économique, le test s’apparente à un investissement. Il coûte immédiatement, mais permet d’éviter des dépenses. La pandémie consomme bien plus de moyens que 5 milliards d’euros budgétés pour les tests en 2021. Les personnes qui se testent et s’isolent, en cas de résultat positif, limitent les transmissions, avec à la clef des économies significatives pour collectivité. Moins de contaminations, c’est par exemple moins de dépenses de santé et notamment moins d’hospitalisations. Dans le cadre du Covid, le séjour moyen à l’hôpital coûte de l’ordre de 5000 euros selon l’AP-HP. La facture peut monter bien au-delà, avec des journées en soins intensifs tarifées autour de 3000 euros. Le test à 50 euros évitant une contamination avec cinq jours de soins intensifs est donc rentabilisé 300 fois. Loin de coûter, il fait gagner près de 15 000 euros à la collectivité. Présenter cette démarche comme coûteuse, sans considérer les économies qu’elle rend possible, relève d’un mauvais calcul.

Bien sûr, la “gratuité” conduit à des abus dans toute une série de domaines, avec une surconsommation de ressources pouvant s’assimiler à un gâchis d’un point de vue collectif. Mais s’agissant du Covid, la prise en charge collective fait d’autant plus sens que les tests constituent une externalité positive. Ils ne protègent pas ceux qui les font, mais les autres, en permettant de remonter et casser les chaînes de contamination. Celui qui se teste ne fait pas un acte de prévention classique dont il sera le premier bénéficiaire, contrairement au motard qui investit dans un casque ou un gilet airbag qui le protégera en cas d’accident. Celui qui se teste participe à un effort préservant les autres.

Une erreur de calcul

Faire payer les tests, au risque de réduire la prévention des contaminations, est un bien mauvais calcul. Aussi la prise en charge par un assureur, qu’il soit en monopole comme l’assurance maladie ou en concurrence comme les complémentaires maladie, fait sens.

D’un point de vue collectif, la vraie question n’est pas donc pas le prix du test, mais la façon dont on rentabilise au mieux cet investissement. Et c’est sans doute là que le bât blesse et que nous disposons d’un gisement d’économies. A ce stade, le travail d’identification des chaînes de contamination reste perfectible, avec en moyenne 2,5 cas contact par personne positive. Plus du tiers des personnes testées positives ne déclarent aucun cas contact. Elles sont à peine 11% à déclarer plus de cinq cas contact. Bilan : le retour sur investissement des tests reste limité.

Si le nombre de cas contacts suivis par l’assurance maladie française est supérieur à certains pays (Etats-Unis, Brésil…), il est très inférieur à ce qu’on observe chez les plus performants. En Inde, dans l’Etat d’Uttar Pradesh trois fois plus peuplé que la France, les autorités sanitaires viennent de casser la dynamique de la pandémie en suivant de 5 à 37 cas contact par porteur identifié du virus. Le vrai enjeu pour la collectivité et les finances publiques est là, et non dans la réduction du nombre de tests de “confort”.

Pas d’abus

Ajoutons que laisser croire aux Français qu’on ferait trop de tests et qu’on pourrait en faire moins dans les mois qui viennent est un message risqué. En dépit de la prise en charge par la collectivité, nous sommes loin d’abuser des tests. Nos écoliers, collégiens et lycéens, par exemple, ont été 100 fois moins testés que leurs homologues britanniques ou autrichiens dans les derniers mois, avec un risque de contamination trois fois plus élevé pour les enfants et leurs familles, selon les travaux cités par le conseil scientifique.

Photo by Mufid Majnun on Unsplash

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