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Pour qu’ONG ne rime pas avec mécompte et GAFAM avec bouc-émissaire

Une ONG affirme que si les entreprises du numérique payaient des impôts, la pandémie serait finie. Cette fausse information vient d’être relayée dans la presse par l’intermédiaire d’une agence de presse de référence. Pour autant, elle relève du registre de la désinformation. Texte d’opinion par Nicolas Marques, directeur général de l’Institut économique Molinari, publié dans La Tribune.

Il manquerait 32 milliards de dollars pour éliminer la Covid-19 selon ActionAid qui estime, par ailleurs, que cette somme correspond à l’évasion fiscale pratiquée par les GAFAM. Selon l’ONG sud-africaine, les géants de la tech auraient, en effet, dû s’acquitter de 32 milliards de dollars d’impôts l’an passé, somme qui aurait dû permettre de vacciner toute l’humanité.

D’un point de vue pratique, l’ONG a raisonné comme si l’argent était le seul obstacle à la vaccination. Elle a fait fi des contingences matérielles (production, diffusion des vaccins…), des préférences individuelles (personnes ne souhaitant pas se faire vacciner) ou des variants (rendant certains vaccins moins efficaces).

Lecture partiale

Surtout, elle a « supposé que les entreprises analysées ne paient actuellement aucun impôt sur les sociétés », comme exposé dans sa « méthodologie ». Elle affirme avoir fait ses calculs à partir des documents officiels (10K), publiés par les entreprises cotées américaines. Mais elle en a fait une lecture partiale. Ces documents montrent, au contraire, que les GAFAM s’acquittent d’impôts significatifs, avec 32 milliards de dollars payés ou provisionnés pour 2020 au titre des seuls bénéfices. Les géants du net se voient accusés par l’ONG de ne pas payer les impôts qu’ils ont déjà payé ou provisionné. Hasard de l’histoire, ces impôts permettraient de vacciner la terre entière, opération qui coûterait 32 milliards de dollars, si l’on se fie aux calculs de l’ONG.

Cette histoire, digne d’un poisson d’avril, a été relayée par une grande agence de presse francophone et des médias de part et d’autre de l’Atlantique. Comme quoi les « fake-news » existent bien au-delà des réseaux sociaux et la mise en place d’équipes de « fact-checking » n’immunise pas contre leur diffusion.

Ajoutons que les GAFAM rapportent bien plus aux finances publiques que ce que montre leurs documents officiels. Les 32 milliards de dollars qu’ils ont payé ou provisionné au titre de la fiscalité sur les bénéfices sont calculés sans tenir compte des cotisations sociales, des prélèvements supportés par leurs partenaires et sous-traitants, ou leurs clients (TVA, taxe GAFA à la française…).

La question de l’allocation des deniers publics

Indépendamment des GAFAM, la question de la vaccination pose clairement la question de l’allocation des deniers publics. En 2020, les administrations publiques ont collecté 26.400 milliards de dollars de prélèvements obligatoires dans le monde, soit 800 fois plus ce qu’il faudrait pour vacciner tous les humains, selon les dires de l’ONG sud-africaine. Si l’on raisonne en termes de dépenses publiques, l’écart est encore plus significatif. En 2020, les administrations publiques ont, en effet, dépensé encore plus, 35.500 milliards de dollars, soit 1.100 fois plus que ce qu’il faudrait pour vacciner tous ceux qui le souhaitent, selon ActionAid.

Cette histoire illustre, une fois de plus, la facilité avec laquelle les GAFAM sont présentés comme des acteurs qu’il conviendrait de taxer plus dès lors qu’un problème se présente. Dans l’imaginaire collectif, ils détrônent les multinationales et même les grands groupes pétroliers ou l’industrie du tabac, bouc-émissaires traditionnels. Il n’est pas sûr que cela nous aide à avancer dans la lutte contre la pandémie et, au-delà, à améliorer la qualité du débat public.

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Nicolas Marques

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