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Le jour où les États de l’Union européenne ont dépensé toutes leurs recettes annuelles – 6ème édition

L’Institut économique Molinari vient de publier la 6ème édition du « Jour où les États de l’Union européenne ont dépensé toutes leurs recettes annuelles »Lire le communiqué de presse • Read the Media release • Lire l’étude (format PDF)

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SYNTHÈSE DE L’ÉTUDE

Les administrations centrales, principale source des déficits publics dans l’UE

Les administrations centrales de l’UE avaient épuisé en moyenne leurs ressources le 17 décembre, 15 jours avant la fin de l’année. C’est 1 jour plus tard que l’année d’avant, ce qui représente une légère amélioration.

Parmi les 28 administrations centrales de l’UE, 12 étaient en situation excédentaire l’an passé. Leurs recettes 2019 leur ont permis de financer toutes les dépenses de l’année et de se désendetter. Les champions étaient le Danemark (excédent équivalent à 36 jours de dépenses), la Bulgarie (excédent de 27 jours) et l’Allemagne (excédent de 19 jours).

Les 16 autres administrations centrales dépensaient la totalité de leurs recettes avant la fin de l’année. Pour 13 d’entre elles, les ressources étaient consommées en décembre. Pour 3 d’entre elles, elles étaient consommées bien avant : la Lettonie (28 novembre), la France (4 novembre) et la Roumanie (29 octobre).

Les États restent le point noir des finances publiques européennes. Au niveau de l’UE, les administrations centrales expliquent l’essentiel des dérapages des comptes publics, avec 15 jours non financés l’an passé. Les administrations d’États fédérés sont équilibrées depuis 2017, avec 4 jours d’excédent en 2019. Les administrations locales, équilibrées depuis 2014, sont passées dans le rouge avec 2 jours non financés l’an passé. Les administrations de sécurité sociale, excédentaires depuis 2016, faisaient 5 jours d’excédent l’an passé. Conséquence, toutes administrations confondues, les différents pays de l’UE avaient consommé la totalité de leurs recettes publiques 6 jours avant la fin de l’année, chiffre stable entre 2018 et 2019.

La situation de l’administration centrale française reste excessivement dégradée en dépit de la conjoncture

L’administration centrale française avait dépensé l’intégralité de ses ressources le 4 novembre 2019, 58 jours avant la fin de l’année. Elle figure parmi les États ayant les plus grands déséquilibres au sein de l’UE. Seule la Roumanie fait pire en épuisant ses ressources le 29 octobre.

Les projections réalisées par l’Institut économique Molinari à partir du dossier de présentation du Projet de loi de finances pour 2021 montrent que la situation va empirer drastiquement avec la crise consécutive à la Covid-19. Le nombre de jours de dépenses non financé par l’administration centrale française devrait doubler. Il pourrait représenter 114 jours en 2020 et 89 jours en 2021 quand on considère les administrations centrales. Il atteindrait même 158 jours en 2021 et 124 jours en 2022 si l’on se limite au périmètre de la loi de finances.

Les contre-performances enregistrées en 2019 s’expliquent par l’incapacité française à rééquilibrer durablement les comptes suite à la dernière crise.

Alors que les administrations centrales de l’UE ont résorbé leurs déficits depuis 2009, ce n’est pas ce qu’on constate en France. Le mouvement de rééquilibrage des comptes post-crise 2007-2008 s’est essoufflé plus vite qu’ailleurs, dès 2013. Depuis cette date, l’administration centrale française a creusé son déficit de 7 jours. Dans le même temps, l’UE prise dans son ensemble résorbait son déficit de 25 jours.

Si l’embellie de la fin des années 1970 avait permis d’équilibrer les comptes français, cette configuration ne s’est jamais reproduite dans les cinquante dernières années. Pire, les phases d’amélioration sont depuis systématiquement associées à des déséquilibres toujours plus importants : une vingtaine de jours de déficit à la fin des années 1980, une trentaine à la fin des années 1990, une quarantaine à la fin des années 2000 et plus de cinquante l’an passé.

En moyenne, le jour où toutes les ressources de l’Etat sont consommées a avancé de 1,5 jour par an entre 1980 et 2019. Indépendamment des chocs liés aux à-coups conjoncturels, la situation française ne cesse de se détériorer.

En 2020 et 2021, des déficits rappelant ceux des périodes de guerre

Les projections réalisées par l’Institut économique Molinari montrent que la situation française se dégrade considérablement.

Les dépenses non financées de l’administration centrale française pourraient représenter 125 jours en 2020 et 89 jours en 2021. Toutes les recettes de l’année auraient été dépensées le 28 août 2020 et seraient dépensées l’an prochain le 4 octobre 2021.

Si on limite l’analyse aux seuls comptes de l’État selon le périmètre de la loi de finances, l’impasse budgétaire est encore plus significative. Toutes les recettes de l’année auraient été épuisées dès le 14 juillet 2020 et 170 jours de dépenses n’auraient pas été financés. Ce seuil des 170 jours non financés n’a été dépassé que 10 fois depuis le début du XXème siècle. A chaque fois, cela correspondait à des périodes de guerre : de 1914 à 1919, de 1939 à 1940 et de 1944 à 1945. En 2021, la situation resterait très dégradée, avec des recettes de l’année épuisées le 29 août et 124 jours de dépenses non financés.

L’État génère l’essentiel des dérapages des administrations publiques françaises 

En 2019 les administrations locales françaises étaient en déficit d’un jour, après trois années consécutives d’équilibre. Les administrations de sécurité sociale françaises étaient excédentaires de 8 jours, soit un jour de plus qu’en 2018 et 5 jours de plus qu’en 2017.

Au global, toutes administrations publiques confondues, les administrations publiques françaises épuisaient leurs recettes 20 jours avant la fin de l’année 2019. C’est 5 jours plus tard que l’année d’avant ce qui témoigne d’une détérioration. Seuls la Grande Bretagne (21 jours de déficits), l’Espagne (25 jours de déficits) et la Roumanie (44 jours de déficit) ont fait pire.

Sur les 20 dernières années, les administrations publiques françaises ont été systématiquement déficitaires, caractéristique que l’on retrouve seulement en Hongrie, Italie, Pologne, Roumanie et Slovaquie.

L’échec d’une tentative de remise en ordre des comptes misant sur une hausse durable des recettes
plus que sur une baisse des dépenses

La tentative de remise en ordre des comptes publics post-crise de 2007-2008 misant sur la fiscalité est un échec:

  • Elle reposait aux 2/3 sur la fiscalité, la baisse des dépenses ne comptant que pour 1/3 en France.
  • La France a fait l’impasse sur la traditionnelle phase post-crise de réduction des dépenses publiques. Depuis le creux de la crise de 2007-2008, les dépenses publiques ont baissé 3 fois moins vite en France que dans l’UE. Elles ont peu reflué lors de la reprise de 2009 à 2019 (-1,6 %), alors qu’elles baissaient significativement dans l’UE (-4,4 %).
  • La France a tenté de résorber ses déséquilibres en jouant la carte des prélèvements obligatoires. Les recettes publiques ont augmenté 2 fois plus vite en France que dans l’UE (+2,6 % vs +1,4 %).

L’UE a fait dans son ensemble une démarche diamétralement inverse, avec un ajustement reposant aux ¾ sur la baisse des dépenses publiques et pour ¼ sur la fiscalité.

Le choix français est loin d’être gagnant. Avant même que la crise de la Covid-19 n’éclate, la France avait moins bien récupéré ses marges de manœuvre financières que le reste de l’UE :

  • Fin 2019, le déficit public était 4 fois plus élevé en France (3 % du PIB) que dans l’UE (0,8 % du PIB).
  • La crise de 2007-2008 laissait un impact trois fois plus important sur les finances publiques. Les dépenses et recettes publiques ont augmenté de l’ordre de 3 points de PIB, contre 1 point en moyenne dans l’UE entre 2007 et 2019.
  • La permanence des déficits montre l’ampleur des blocages à surmonter pour rééquilibrer les comptes publics et laisse à penser que la crise liée à la Covid-19 représente un danger redoutable pour les finances publiques françaises.

OBJECTIF DE L’ÉTUDE

L’objectif de cette étude est de comparer les recettes et les dépenses des administrations centrales des pays membres de l’Union européenne (UE) pour déterminer le jour à partir duquel elles ont épuisé toutes leurs recettes annuelles et commencent à vivre à crédit.

Ce travail est fait au niveau des 28 pays membre de l’UE l’an passé, à partir des dernières données annuelles d’Eurostat, mises à jour le 22/10/2020. Il permet de mesurer l’évolution des déséquilibres dans le temps et de comparer la situation des différents pays.

Cette approche vise à éclairer les enjeux pour les citoyens, dans un domaine particulièrement difficile à suivre pour un non spécialiste.

Les déficits sont fréquemment exprimés en pourcentage du PIB, notion complexe à appréhender. Les débats liés aux procédures budgétaires étatiques portent sur des milliards d’euros, tandis que le grand public est habitué à raisonner en centaines ou milliers d’euros. Les chiffrages des économies mis en avant par les pouvoirs publics sont souvent réalisés avec des hypothèses de croissance tendancielle, et non pas avec les dépenses réellement enregistrées. Cela brouille la compréhension des choses. Les « économies » ne se traduisent, en effet, pas mécaniquement par une réduction des dépenses.

Ajoutons que le débat sur ces sujets complexes se résume fréquemment à des prises de position déconnectées des enjeux réels. C’est périodiquement le cas en France, avec la multiplication de discours fustigeant une « austérité budgétaire ». Cette étude montre que ces discours n’ont pas d’assise factuelle, dans un pays où les dépenses publiques augmentent en période de crise et diminuent moins vite qu’ailleurs en période de reprise.

D’où l’intérêt d’une démarche permettant au grand public de visualiser, clairement et simplement, l’ampleur des enjeux et de suivre leur évolution dans le temps.

SPÉCIFICITÉ DE LA DÉMARCHE

Cette étude permet une meilleure compréhension des dérapages des administrations centrales, que l’on qualifie dans le langage courant d’États, grâce à une méthode solide et accessible. Les recettes sont divisées par les dépenses et multipliées par 365, pour exprimer les dérapages financiers en jours sur une année. Cette méthode s’apparente aux usages financiers, les analystes ayant par exemple l’habitude de présenter le Besoin de fonds de roulement (BFR) en jours de chiffre d’affaires. Elle présente aussi l’avantage d’être significative pour tout individu s’étant demandé comment « boucler ses fins de mois ».

Ce travail est axé autour des administrations centrales, c’est-à-dire sur les organismes administratifs de l’État et les autres organismes centraux dont la compétence s’étend normalement sur la totalité du territoire. Au niveau de l’UE, il s’agit des administrations présentant les comptes les plus déséquilibrés. Néanmoins, les chiffrages portent aussi sur les autres administrations (États fédérés, collectivités locales et sécurité sociale). Cela permet d’apporter un éclairage complémentaire, tous les pays n’étant fort heureusement pas déficitaires au niveau de chacune de ces administrations.

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