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En 2019, dernière année de reprise économique, l’État en France épuisait ses ressources le 4 novembre. 58 jours avant la fin de l’année, il avait épuisé toutes ses ressources. En 2020, les dérapages vont doubler, avec 114 jours non financés

Paris, le 3 novembre 2020 : L’Institut économique Molinari vient de calculer le jour où les États de l’Union européenne (UE) ont dépensé toutes leurs recettes annuelles en 2019 et les projections pour 2020 et 2021.

LA 6ÈME ÉDITION DE CETTE ÉTUDE MONTRE QU’EN 2019
L’ÉTAT FRANÇAIS ÉTAIT PARMI LES 3 CHAMPIONS DES DÉFICITS AU SEIN DE L’UE

L’administration centrale française avait dépensé l’intégralité de ses ressources le 4 novembre 2019, 58 jours avant la fin du dernier exercice budgétaire clos, ce qui représentait 11 jours de dépenses non financées de plus qu’en 2018.

Les administrations centrales de l’UE avaient épuisé en moyenne leurs ressources le 17 décembre, 15 jours avant la fin de l’année. Parmi les 28 administrations centrales de l’UE, 12 étaient en situation excédentaire l’an passé, 13 épuisaient leurs ressources en décembre, 3 avaient tout dépensé avant.

L’écart entre la France et la moyenne de l’UE était de 43 jours en 2019. Il a augmenté de 12 jours entre 2018 et 2019, en dépit d’une conjoncture économique à l’époque favorable.

Si la transformation du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) expliquait le creusement des déficits des administrations centrales l’an passé, l’effort de consolidation budgétaire était à l’arrêt en France avant même que la crise de la Covid-19 n’éclate. La France n’avait pas profité de 2019, et d’une manière générale des 7 dernières années, pour remettre en ordre ses finances publiques, contrairement à ce qu’on constatait dans le reste de l’Europe.

L’ÉTAT EN FRANCE N’ARRIVE PLUS À RÉSORBER SES DÉFICITS EN PÉRIODE D’EMBELLIE

Alors que les administrations centrales de l’UE ont profité des 10 dernières années pour résorber leurs déficits, ce n’est pas ce qu’on constate en France. Le mouvement de rééquilibrage des comptes post-crise, entamé à partir de 2009 dans l’Union européenne, s’est essoufflé en France dès 2013.

Depuis 2013, l’administration centrale française n’a plus résorbé son déficit, en le creusant même de 7 jours.

Dans le même temps, les pays de l’UE résorbaient en moyenne leurs déficits de 25 jours.

Si l’embellie de la fin des années 1970 avait permis d’équilibrer les comptes français, cette configuration ne s’est jamais reproduite dans les cinquante dernières années. Pire, les phases d’amélioration sont depuis systématiquement associées à des déséquilibres toujours plus importants : une vingtaine de jours de déficit à la fin des années 1980, une trentaine à la fin des années 1990, une quarantaine à la fin des années 2000 et plus de cinquante l’an passé.

En moyenne, le jour où toutes les ressources de l’État sont consommées a avancé de 1,5 jour par an entre 1980 et 2019. Indépendamment des chocs liés aux à-coups conjoncturels, la situation française ne cesse de se détériorer.

EN 2020 ET 2021, DES DÉFICITS RAPPELANT CEUX DES PÉRIODES DE GUERRE

Les projections réalisées par l’Institut économique Molinari montrent que la situation française se dégrade considérablement (les chiffres qui suivent ont été actualisés le 4 novembre suite à la présentation du PLFR4).

Les dépenses non financées de l’administration centrale française pourraient représenter 125 jours en 2020 et 89 jours en 2021. Toutes les recettes de l’année auraient été dépensées le 28 août 2020 et seraient dépensées l’an prochain le 4 octobre 2021.

Si on limite l’analyse aux seuls comptes de l’État selon le périmètre de la loi de finances, l’impasse budgétaire est encore plus significative. Toutes les recettes de l’année auraient été épuisées dès le 14 juillet 2020 et 170 jours de dépenses n’auraient pas été financés. Ce seuil des 170 jours non financés n’a été dépassé que 10 fois depuis le début du XXème siècle. A chaque fois, cela correspondait à des périodes de guerre : de 1914 à 1919, de 1939 à 1940 et de 1944 à 1945. En 2021, la situation resterait très dégradée, avec des recettes de l’année épuisées le 29 août et 124 jours de dépenses non financés.

L’ÉTAT GÉNÈRE L’ESSENTIEL DES DÉRAPAGES DES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES FRANÇAISES

Les comptes de l’État sont bien plus dégradés que ceux des autres administrations publiques.

L’an passé les administrations locales françaises étaient en déficit d’un jour, après trois années consécutives d’équilibre. Les administrations de sécurité sociale françaises étaient excédentaires de 8 jours, soit un jour de plus que l’année d’avant et 5 jours de plus qu’en 2017.

Au global, toutes administrations publiques confondues, les administrations publiques françaises épuisaient leurs recettes 20 jours avant la fin de l’année 2019.

  • C’est 5 jours plus tard que l’année d’avant, ce qui témoigne d’une détérioration.
  • Seuls la Grande Bretagne (21 jours de déficits), l’Espagne (25 jours de déficits) et la Roumanie (44 jours de déficit) ont fait pire.

Sur les 20 dernières années, les administrations publiques françaises ont été systématiquement déficitaires, caractéristique que l’on retrouve seulement en Hongrie, Italie, Pologne, Roumanie et Slovaquie.

L’ÉCHEC D’UNE TENTATIVE DE REMISE EN ORDRE DES COMPTES MISANT SUR UNE HAUSSE DURABLE DES RECETTES PLUS QUE SUR UNE BAISSE DES DÉPENSES

La tentative de remise en ordre des comptes publics post-crise de 2007-2008 misant sur la fiscalité est un échec:

  • Elle reposait aux 2/3 sur la fiscalité, la baisse des dépenses ne comptant que pour 1/3 en France.
  • La France a fait l’impasse sur la traditionnelle phase post-crise de réduction des dépenses publiques. Depuis le creux de la crise de 2007-2008, les dépenses publiques ont baissé 3 fois moins vite en France que dans l’UE. Elles ont peu reflué lors de la reprise de 2009 à 2019 (-1,6 %), alors qu’elles baissaient significativement dans l’UE (-4,4 %).
  • La France a tenté de résorber ses déséquilibres en jouant la carte des prélèvements obligatoires. Les recettes publiques ont augmenté 2 fois plus vite en France que dans l’UE (+2,6 % vs +1,4 %).

L’UE a fait dans son ensemble une démarche diamétralement inverse, avec un ajustement reposant aux ¾ sur la baisse des dépenses publiques et pour ¼ sur la fiscalité.

Le choix français est loin d’être gagnant. Avant même que la crise de la Covid-19 n’éclate, la France avait moins bien récupéré ses marges de manœuvre financières que le reste de l’UE :

  • Fin 2019, le déficit public était 4 fois plus élevé en France (3 % du PIB) que dans l’UE (0,8 % du PIB).
  • La crise de 2007-2008 laissait un impact trois fois plus important sur les finances publiques. Les dépenses et recettes publiques ont augmenté de l’ordre de 3 points de PIB, contre 1 point en moyenne dans l’UE entre 2007 et 2019.
  • La permanence des déficits montre l’ampleur des blocages à surmonter pour rééquilibrer les comptes publics et laisse à penser que la crise liée à la Covid-19 représente un danger redoutable pour les finances publiques françaises.

AURTES ENSEIGNEMENTS EUROPÉENS

Plus de 3 mois d’écart entre l’administration centrale la plus excédentaire et la plus déficitaire :

  • Les champions étaient le Danemark (excédent équivalent à 36 jours de dépenses), la Bulgarie (excédent de 27 jours) et l’Allemagne (excédent de 19 jours). Leurs recettes 2019 leur ont permis de financer toutes les dépenses de l’année et de se désendetter et/ou financer des dépenses exceptionnelles.
  • On trouve en queue de classement la Lettonie (déficit de 34 jours), la France (déficit de 58 jours) et la Roumanie (déficit de 64 jours).
  • La France et la Roumanie sont coutumières des contre-performances. La France figure parmi le trio des États les plus déséquilibrés depuis 4 ans, la Roumanie depuis 3 ans.

Les administrations centrales, principale source des déficits publics dans l’UE :

  • En dépit de la conjoncture favorable, les États centraux restent le point noir des finances publiques européennes. Au niveau de l’UE, les administrations centrales expliquent l’essentiel des dérapages des comptes publics avec 15 jours non financés.
  • Les administrations d’États fédérés sont équilibrées depuis 2017 et ont généré 4 jours d’excédent en 2019.
  • Les administrations locales sont légèrement déséquilibrées, avec 2 jours de déficit l’an passé, ce qui les ramène au niveau de 2013
  • Les administrations de sécurité sociale sont équilibrées depuis 2016 et ont engrangé 5 jours d’excédent l’an passé.
  • Les administrations publiques étaient, au global, déficitaires de 6 jours, un niveau comparable à ce que l’on observait en 2000.

RESSOURCES

L’étude intitulée « Le jour où les États de l’Union européenne ont dépensé toutes leurs recettes annuelles » est disponible sur notre site.

Des infographies européennes (Datawrapper) sont fournies :


https://www.datawrapper.de/_/E0XFs/


https://www.datawrapper.de/_/HObuv/

CITATIONS

Nicolas Marques, directeur général de l’Institut économique Molinari (IEM) et co-auteur.

« En 2020, les déficits français doublent avec 114 jours de dépenses non financées. La covid-19 n’explique que la moitié de ce dérapage inédit depuis 1945. Les finances publiques françaises, souffrant de comorbidités lourdes, étaient déjà gravement malades avant que la pandémie n’éclate.

L’État épuisait ses ressources dès le 4 novembre 2019, soit 58 jours avant la fin de l’année. Par comparaison nos voisins épuisaient leurs recettes 17 décembre, soit à peine 15 jours avant la fin de l’année.

Depuis 1980, tous les budgets ont été déséquilibrés et la date à laquelle toutes les ressources des administrations centrales sont consommées a avancé de 1,5 jour par an. L’administration française est devenue experte en cavalerie financière. Elle n’arrive plus à faire des excédents permettant de rembourser les dettes qu’elle contracte pour financer ses dépenses courantes. Conséquence, la dette publique française s’emballe. Elle représente maintenant 35 000 euros par habitant, sans compter les 130 000 euros de dette implicite liées aux promesses faites au titre des retraites par répartition.

L’expérience malheureuse de nos voisins du sud lors de la précédente crise de 2007-2008 a montré que l’absence de marges de manœuvre financières expose à un coût social et des ajustements douloureux en période de crise.

Aussi la remise en ordre de l’économie et des finances publiques aurait dû être la priorité de la précédente phase d’embellie. Mais la France a été incapable d’organiser une décrue rapide de la fiscalité, ce qui a anémié sa croissance. Les hauts niveaux de prélèvements ont nui à la reprise économique et à la résorption du chômage. Loin d’aider à résorber les déficits, ils ont amplifié les problèmes, nos dérapages publics ne générant pas de croissance durable.

L’habitude de vivre au jour le jour, en finançant des dépenses courantes par l’endettement et des hauts niveaux de fiscalités, rend la France excessivement fragile avec cette nouvelle crise. Les années qui viennent seront difficiles. Il faut espérer que nous apprendrons des erreurs passées et comprendrons qu’une fiscalité trop élevée sur la création de richesse nuit à la croissance. »

Cécile Philippe, présidente de l’Institut économique Molinari (IEM) et co-auteur.

« Pour faire face à la pandémie, outre le fait d’être capable de changer rapidement de logiciel mental, il faut pouvoir compter sur de la redondance. Il y a de nombreuses manières d’en créer, en particulier en veillant toujours à se garder des marges de manœuvre financières. Du point de vue des États, cela signifie avoir des réserves, sous la forme d’excédents budgétaires susceptibles d’être mobilisés dans les situations extrêmes.

Il n’est ainsi pas étonnant de constater des finances publiques saines parmi les pays qui gèrent efficacement la crise sanitaire. L’Allemagne, avec des excédents, est ainsi en meilleure position face à la gestion de la crise. Elle est en situation de mobiliser des ressources rapidement pour les allouer là où elles sont le plus urgemment nécessaires. La France ne dispose malheureusement pas de ce matelas de sécurité. Depuis le milieu des années 1970 et en dépit de phases d’embellie économique, les comptes publics restent déséquilibrés, avec un décalage très significatif par rapport à la majorité des pays de l’Union européenne. Depuis la dernière crise financière, la France a moins bien récupéré ses marges de manœuvre financières que le reste de l’UE, la crise ayant eu un impact trois fois plus important sur ses finances publiques.

Ne nous y trompons pas, l’absence de surplus budgétaires n’est pas anodine et sans conséquences. Elle est l’une des multiples facettes de notre impréparation. Elle nuit à notre réactivité et notre capacité à dépenser au moment où se posent des questions de vie et de mort dans nos établissements de santé publics et privés. »

POUR TOUTE INFORMATION OU INTERVIEW, CONTACTER :
Nicolas Marques, directeur général, Institut économique Molinari
(Paris, langue française)
nicolas@institutmolinari.org
+ 33 6 64 94 80 61
Ou Cécile Philippe, présidente, Institut économique Molinari
(Paris, Bruxelles, langue française ou anglaise)
cecile@institutmolinari.org
+33 6 78 86 98 58

À PROPOS DES AUTEURS ET DE l’IEM
L’étude est écrite par Nicolas Marques et Cécile Philippe de l’Institut économique Molinari. Docteurs en économie, ils sont respectivement Directeur général et Présidente de l’Institut économique Molinari.

L’Institut économique Molinari (Paris-Bruxelles) est un organisme de recherche et d’éducation indépendant. Il vise à stimuler l’approche économique dans l’analyse des politiques publiques, en proposant des solutions alternatives et innovantes favorables à la prospérité de l’ensemble des individus composant la société.

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