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Covid-19 : pourquoi la France est toujours en retard sur les tests de dépistage

Après un départ raté, la France ne parvient pas à rattraper son retard dans le dépistage du coronavirus. Nous sommes toujours dans le brouillard alors que d’autres pays savent mieux s’organiser. Or, ce ne sont pas les moyens et les bonnes volontés qui manquent. C’est plutôt l’absence de vision politique et l’incapacité à adapter les règles en situation de pandémie, avec à la clef le risque de nous faire rater la phase de déconfinement. Extrait d’un article de Cécile Philippe, présidente de l’Institut économique Molinari, publié par l’Express le 9 mai et mis à jour le 11 mai.

A quelques jours du déconfinement, nous restons en France loin derrière les autres pays européens avec 1,3 test pour 100 habitants, soit deux fois moins que les pays européens, en moyenne à 2,8 tests pour 100 habitants. Des moyens pour faire des tests, nous en avons. Ce qui fait défaut, c’est leur mobilisation. Le premier écueil, c’est la conception hospitalo-centrée. Elle a conduit au début de la pandémie à réserver les tests aux laboratoires hospitaliers et à laisser de côté les laboratoires de ville. Un calcul simple permet d’évaluer que si le secteur privé en biologie médicale avait été intégré à sa juste part dès le départ, on aurait à ce stade 2 fois plus de tests de dépistage en France.

Ensuite, force est de constater que la collaboration avec la biologie vétérinaire reste embryonnaire, en dépit du potentiel qu’elle représente. Les vétérinaires ont la double caractéristique de bien connaître les coronavirus et d’avoir l’habitude de pratiquer des dépistages massifs. Si les choses ont évolué, à ce jour, leur secteur privé n’est toujours pas utilisé dans le dépistage, qu’il s’agisse des PCR ou des sérologies. Les PCR permettent de savoir si une personne est contaminée ou pas, les sérologies indiquent si un contaminée a développé une immunité. Ces deux types d’informations sont cruciales. Elles permettent de savoir si l’on est malade ou immunisé et d’adopter un comportement individuel approprié. Elles sont aussi fondamentales pour une politique de santé publique responsable, avec un confinement sélectif et un déconfinement réussi.

Jean-Louis Hunault, président du syndicat des entreprises en santé animale (SIMV), estime que les entreprises représentées par son syndicat pourraient réaliser chaque semaine 300 000 tests PCR et 1 million de tests sérologiques. Or, à ce jour, déplore-t-il, ces capacités n’ont toujours pas été utilisées.

Concernant les PCR, permettant de cibler le confinement aux seuls malades, les choses avancent lentement. Trois entreprises se sont portées volontaires dès le 13 mars. Au 5 mai, ces entreprises ont fait enregistrer leurs tests auprès de l’institut Pasteur, mais n’ont toujours pas reçu de commande, ni du public, ni du privé. Certains obstacles administratifs ont été levés mais le parcours est semé d’embûches, découvertes au fur et à mesure. Par exemple, un décret du 5 avril autorise les préfectures à solliciter les laboratoires d’analyses vétérinaires et laboratoires publics sous supervision des laboratoires de biologie médicale. Il ne suffit cependant pas. Pour être sollicités, il faudrait que les fournisseurs de tests de santé animale soient aussi enregistrés auprès de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et qu’un arrêté soit publié au Journal officiel. Jean-Louis Hunault confirme qu’un des adhérents du SIMV a testé la procédure et a échoué. Une fois enregistrée à l’ANSM, les entreprises devraient être enfin autorisées par le Ministère de la santé à fournir leurs tests. A qui ? ce n’est pas encore précisé… Les choses avancent, mais pas au point de permettre aux entreprises du SIMV de s’engager au service des besoins de la France.

Concernant les tests sérologiques, le dossier d’homologation de l’entreprise susceptible d’en réaliser 1 million par semaine n’aurait pas encore été ouvert à l’institut Pasteur. Or à ce stade, l’INSEE estime que le confinement non sélectif ralentit l’économie française de 35 %, ce qui représente un manque à gagner de 72 milliards d’euros par mois. A 3,4 milliards la journée travaillée perdue, on se dit que le déblocage des tests devrait être la priorité, en particulier quand nos laboratoires français arrivent à vendre ailleurs en Europe leurs prestations de dépistage. Les processus d’homologation français semblent inadaptés aux périodes de crise.

Au contraire, l’une des raisons du succès sud-Coréen a été la capacité à déployer immédiatement une capacité de tests à très grande échelle. Or, ceci a été possible grâce à une réduction drastique du processus d’autorisation. Lors de la crise du Mers en 2015, il a ainsi « été décidé de raccourcir le délai d’homologation des kits de test en période de crise par un amendement de la loi relative à l’équipement médical en 2016. Grâce à cette évolution, un des premiers kits de test développé par un laboratoire privé coréen pour le coronavirus a obtenu l’homologation en 1 semaine, alors que les délais habituels sont environ 18 mois. »

Nous gagnerions à nous imprégner de cette prouesse de pragmatisme.

Notre démocratie libérale met l’individu au centre de ses réflexions. Elle aurait dû comprendre immédiatement l’intérêt des tests, outils individuels d’une stratégie collective. Si nous avons perdu du temps, il n’est évidemment pas trop tard pour bien faire et lever les obstacles nous empêchant de déployer plus de tests. Ils sont à une portée de main et clefs pour un bon déconfinement.

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Cécile Philippe

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