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Apprendre à positiver les dividendes

Les dividendes sont à leur niveau le plus élevé depuis 2009 et progressent bien plus vite d’une année sur l’autre en France (+3,1%) que dans le monde (+1,1%). Une réalité qui, loin d’apparaître comme une bonne nouvelle, pose pour certains des questions sociétales. N’est-ce pas, une fois de plus, la marque d’un accroissement des inégalités, les profits des uns ne bénéficiant pas nécessairement au plus grand nombre ? La réponse dépend, comme souvent de la perspective qu’on se donne. Chronique de Nicolas Marques, directeur général de l’Institut économique Molinari, publiée sur Capital.fr.

Selon le Janus Henderson Global Dividend Index, les dividendes ont atteint 514 milliards de dollars américains dans le monde au cours du 2ème trimestre 2019. Ils sont à leur niveau le plus élevé depuis 2009 mais leur taux de croissance s’est réduit drastiquement d’une année sur l’autre. La hausse des dividendes est de 1,1% entre les 2èmes  trimestres 2018 et 2019, alors que la société de gestion d’actifs anglaise constatait une augmentation de 14,3% entre les 2èmes  trimestres 2017 et 2018. Cette inflexion serait la marque du ralentissement de l’économie mondiale, avec une contraction des sommes distribuées dans plusieurs pays comme la Suisse (-14 %), la Suède (-7 %) ou l’Allemagne (-0,7 %).

La publication de cet indicateur trimestriel a suscité des critiques dans l’Hexagone, le taux de croissance des dividendes versés par les sociétés françaises (+3,1 %) apparaissant bien supérieur à la moyenne mondiale (+1,1 %). Un certain populisme économique conduit, en effet, de plus en plus à décrier les grandes entreprises distributrices de dividendes. Elles sont accusées de tous les maux : elles ne partageraient pas les profits, elles privilégieraient les dividendes au détriment des investissements, cela générerait un enrichissement anormal des actionnaires et obérerait le potentiel de développement des entreprises.

Pour autant, force est de constater que les entreprises françaises ne sont pas les seules à offrir des progressions significatives des dividendes. Les chiffres de Janus Henderson attestent qu’entre les 2èmes trimestres 2018 et 2019, les versements ont augmenté de façon notable aux Etats-Unis (+3,9 %), au Royaume-Uni (+8,6 %), au Japon (+10,1 %) ou au Canada (+10,6 %).

Surtout les données du gestionnaire d’actifs anglais montrent que la croissance des dividendes français depuis 2009 (+2,4 % par an) est bien inférieure à la moyenne mondiale (+7,5 %). Loin d’être atypique, la progression des dividendes versés par les entreprises hexagonales est d’autant plus raisonnable que les chiffres de Janus Henderson ne portent que sur une période de reprise, 2009 marquant le creux de la dernière crise.

Une étude du cabinet EY montre a contrario que le niveau de dividendes distribués par les entreprises du CAC 40 en 2007 n’a été dépassé qu’en 2015, soit 8 ans après le début de la dernière crise. Ils ont progressé en moyenne de 2 % par an entre 2007 à 2018, un ordre de grandeur inférieur au chiffrage de Janus Henderson et une progression moins significative que les dépenses de personnel des entreprises du CAC 40 (+2,3% par an).

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Aussi on peut considérer que les derniers chiffres de Janus Henderson témoignant d’une croissance plus rapide des distributions de dividendes en France indiquent un phénomène de rattrapage rassurant.

Et contrairement aux idées reçues, la présence de dividendes est une bonne chose si l’on considère la contribution globale des entreprises au développement de nos sociétés. Les derniers chiffrages de l’Institut économique Molinari montrent que pour 1 euro de dividende net d’impôt distribué aux actionnaires des entreprises du CAC 40, on compte 7 euros distribués aux salariés et 2 euros aux Etats. En 2018, les 40 entreprises du CAC avaient généré 265 milliards d’euros de richesse pour les salariés, 72 milliards d’euros pour les États et 36 milliards d’euros nets pour les actionnaires. Leurs 5,2 millions d’employés étaient les 1ers bénéficiaires de cette création de richesse, avec 260 milliards d’euros de dépenses de personnel, 4 milliards d’euros d’épargne salariale et 1 milliard d’euros de dividendes liés à l’actionnariat salarié.

Les États français et étrangers étaient les 2èmes bénéficiaires avec 29 milliards d’impôts de production, 33 milliards d’impôts sur les sociétés, 10 milliards d’euros de fiscalité sur les dividendes. Les actionnaires arrivaient en 3èmes avec 36 milliards d’euros de dividendes nets d’impôts. Loin de s’accaparer l’essentiel des profits, ils avaient participé à une chaîne de création de richesse collective représentant 373 milliards d’euros, soit 10 fois plus que leurs gains individuels.

Le dividende, loin d’être la marque d’une économie qui ne profite qu’à une minorité d’épargnants, est l’arbre qui cache la forêt. Alors apprenons à les positiver…

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Nicolas Marques

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