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Polémique autour de Notre-Dame, l’égoïsme non refoulé

Texte d’opinion publié le 27 avril 2019 dans La Tribune.

L’incendie de Notre-Dame a eu un effet révélateur pour beaucoup de personnes. Nombreux sont ceux qui, fort de ce sentiment collectif, veulent réparer la cathédrale pour préserver le lien sociétal nous unissant. Ceux et celles qui passent à côté de cette dimension collective font preuve d’un individualisme et d’un égoïsme qu’ils sont parfois les premiers à critiquer.

Vous m’auriez demandé il y a une dizaine de jours quel était mon symbole pour la France, j’aurais sans doute répondu le vin, la bonne cuisine, les polémiques, sans penser à Notre-Dame de Paris. Or, lorsque j’ai découvert qu’elle brûlait, mon sang n’a fait qu’un tour. Une évidence s’imposait à moi, j’assistais à une réelle catastrophe. Cet incendie pouvait déboucher sur une perte irrémédiable. La constatation des dégâts et les polémiques sur les dons en vue de la reconstruction de la cathédrale permettent de départager deux approches. D’un côté, ceux qui sentent appartenir à la collectivité et la valorisent. De l’autre, ceux qui par leurs propos indignés, accusateurs et parfois envieux, pratiquent l’individualisme forcené qu’ils sont parfois les premiers à dénoncer.

Symbole puissant

L’incendie de Notre-Dame a eu un effet révélateur pour beaucoup de personnes, en France comme ailleurs. En un instant, il était évident que la cathédrale de Paris, que des millions de touristes visitent chaque année, est un symbole puissant de notre histoire française et humaine. Cet édifice, qui a traversé les âges, est emblème de nos racines. Comme l’explique Paul Bloom, nous sommes des essentialistes. Nous avons cette capacité à donner du sens aux choses et préférons toujours l’original à la copie. Dans un Ted Talk, il dit : « Nous ne réagissons pas uniquement aux choses comme nous les voyons, ou les ressentons, les entendons. Plutôt nos réactions sont conditionnées par nos convictions, concernant ce qu’elles sont vraiment, d’où elles viennent, ce dont elles sont faites, leur nature cachée ». Ce qu’il y a d’incroyable avec Notre-Dame, c’est que ce sens était effectivement en partie caché. L’incendie nous a aussi permis de réaliser que nous le partageons avec beaucoup d’autres.

Ce sentiment collectif à l’égard Notre Dame est d’une puissance sans nom, n’en déplaise à ceux qui prétendent qu’un bâtiment ne mériterait pas toutes nos attentions. En effet, ce genre d’émotions constitue le ciment qui nous unit, les uns avec les autres, et nous permet chaque jour de vivre ensemble. Comme le rappelle Paul Seabright dans La société des inconnus, notre niveau de coopération entre individus ne partageant aucun gène est presque miraculeux. Dans le monde animal, il est inhabituel entre espèces ne partageant pas de liens du sang. L’espèce humaine est tout à la fois extrêmement sociale et extrêmement antisociale. Ces tendances opposées nous sont tout aussi naturelles l’une que l’autre. Fort heureusement, nous arrivons à surmonter nos instincts naturels dans de nombreuses situations. Et n’en déplaise à certains, force est de constater que Notre-Dame s’inscrit dans cette logique. La force de ce symbole explique l’afflux de dons pour sa reconstruction. Nombreux sont ceux qui, fort de ce sentiment collectif, veulent réparer la cathédrale pour préserver le lien sociétal nous unissant.

Recherche de la décence

A côté, les polémiques qui entourent les motivations des dons, leur origine ou les supposées pertes à gagner pour l’Etat font pâle figure. Cela vaut néanmoins la peine d’en dire quelques mots. Moi aussi, lorsque j’ai vu les millions providentiels affluer, j’ai expérimenté une étincelle de frustration au-delà de l’émotion. Mon institut vit de dons et je me suis mis, une fraction de seconde, à rêver à ce qu’il pourrait faire s’il était capable d’attirer une portion de cette générosité. L’envie est naturelle, mais la recherche de la décence nous apprend à ne pas y céder et, à fortiori, à ne pas en faire un étendard. L’envie fait partie des sentiments qu’il faut savoir taire, pour contempler quelque chose de plus grand que nos propres projets individuels.

Ceux et celles qui passent à côté de la dimension collective de la reconstruction de Notre-Dame font preuve d’un individualisme et d’un égoïsme qu’ils sont parfois les premiers à critiquer. En pointant du doigt sur le milliard versé à la reconstruction de la cathédrale, tout en oubliant de mentionner les centaines de milliards qui sont versés en faveur des démunis, des chômeurs, des pays en développement, ils font au mieux preuve de myopie à l’égard de ce qui nous unit. Au pire, ils cherchent à favoriser la désunion.

Contresens magistral

En prétendant que ces dons correspondent à une logique égoïste et réduiront les rentrées fiscales, ils font aussi un contresens magistral. Tous ces dons pour reconstruire la cathédrale sont autant d’impôts en moins. Tous ceux qui ne valorisent pas ce que représente Notre-Dame devraient se réjouir de cet afflux de générosité, permettant de réduire le recours à l’argent public.

A défaut de la pluie qui aurait pu éteindre l’incendie, nous devrions tous nous réjouir sincèrement de ces millions qui pleuvent. Ils symbolisent qu’il existe dans notre pays un lien indescriptible, insaisissable qui nous dépasse et nous aide à vivre ensemble.

Cécile Philippe est présidente de l’Institut économique Molinari.

Cécile Philippe

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