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197 jours pour un rapport coût/qualité médiocre

L’étude réalisée depuis treize ans par l’Institut économique Molinari avec EY sur la pression fiscale et sociale des pays européens montre que la France est toujours plus mal classée : avant-dernière en Europe, elle prélève en effet plus de la moitié de la valeur de ce qu’un salarié produit, sans proposer pour autan t un meilleur niveau de service. Chronique par Cécile Philippe, présidente de l’Institut économique Molinari, publiée dans Les Échos.

Comme chaque année depuis treize ans, nous avons publié notre étude annuelle sur la pression sociale et fiscale sur les salariés moyens au sein de l’Union européenne. Réalisée en partenariat avec EY, elle permet de dégager pour chaque pays un Jour de libération fiscale. Cela permet, d’un côté de savoir combien de jours par an un salarié peut dépenser ce qu’il gagne comme il l’entend, et de l’autre, le nombre de jours de travail qu’il consacre à financer la protection sociale et les services publics.

Cette année encore, la France reste mal placée – elle est avant-dernière en Europe – car elle prélève plus de la moitié de la valeur de ce que le salarié produit, sans que cela garantisse un meilleur niveau de service.

En théorie, le salarié français moyen est particulièrement bien payé par son employeur avec 54. 594 € avant charges et impôts. Mais son travail est si fiscalisé (54,1 %) qu’il ne lui reste que 25.032 € net de charges et impôts. Seule l’Autriche fait pire !

Libéré de ses obligations fiscales et sociales seulement le 17 juillet cette année (contre le 15 avril pour Chypre, le 14 mai pour le Royaume-Uni, le 7 juin pour l’Espagne ou le 6 juillet pour l’Allemagne… les Autrichiens seuls étant plus mal lotis, à un jour près : 18 juillet !), le salarié français finance une part considérable de services publics organisés de manière collective et obligatoire. Ce choix, questionnable en termes de libertés individuelles, pourrait être bon en termes économiques avec des salariés gagnants si le rapport coût/qualité des services collectifs était au rendez-vous.

La France n’est pas plus attractive en termes de bien-être

La mesure de la qualité des services publics par rapport au montant consacré à leur financement n’est pas un sujet facile à appréhender. Contrairement aux entreprises privées, qui peuvent faire faillite si la clientèle déserte, les services publics ont des clients captifs : les citoyens. Pour autant, nombre de travaux montrent que la France, en dépit de l’importance des prélèvements et des dépenses publiques, n’est pas plus attractive en termes de qualité ou de bien‐être.

Nos dépenses d’assurance-maladie, qui absorbent 20 % des dépenses publiques, sont particulièrement mal allouées. En dépit de leur importance, les Français ont subi une multitude de pénuries au début de la pandémie de Covid-19 et la situation continue de se dégrader. L’espérance de vie en bonne santé des Français est décevante. Elle représente soixante-cinq années, soit à peine un an de plus que la moyenne européenne et huit ans de moins que les Suédois, champions d’Europe.

Qualité de vie : la France 13e sur 27 pays de l’UE

De même, les indicateurs de qualité de vie montrent que notre positionnement est médiocre. L’indicateur de satisfaction de l’Union européenne indique que les Français sont moyennement satisfaits (7,3 sur 10). Au sein de l’Union européenne, la France était treizième sur 27 pays. Onze pays avec une pression sociale et fiscale moindre ressortent mieux. C’est le cas de l’Allemagne, de la Belgique, du Danemark, de la Finlande, de l’Irlande, du Luxembourg, de Malte, des Pays‐Bas, de la Pologne, de la République tchèque et de la Suède.

On retrouve des résultats du même ordre avec le World Happiness Report 2022. Ce travail place la France à la vingtième place sur 146 pays étudiés. Au sein de l’UE, la France est onzième sur 27 pays. Dix pays avec une pression sociale et fiscale moindre ressortent donc mieux.

L’enjeu en France reste d’apprendre à faire mieux sans augmenter les prélèvements obligatoires. Pour bien dépenser, il faut avoir le courage de corriger le tir quand le rapport coût/qualité n’est pas au rendez-vous. Or nous avons totalement perdu l’habitude de faire cette démarche de bon sens.

 

Cécile Philippe

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