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Vu de Taïwan : “La plupart des Taïwanais ont choisi de porter les masques en toute circonstance”

Le professeur Shu-Ti Chiou explique comment l’île a su reprendre le contrôle de l’épidémie grâce à une opinion publique volontariste, mais alerte contre le retard vaccinal. Propos recueillis par Cécile Philippe, présidente de l’Institut économique Molinari, pour L’Express.

Quelles leçons pouvons-nous tirer de la gestion de différents Etats dans le monde face au Covid-19 ? Alors que la France fait face à une quatrième vague et que les polémiques s’intensifient autour du passe sanitaire, L’Express, en partenariat avec l’Institut Molinari, a décidé d’interroger des experts internationaux qui font le point sur la situation sanitaire dans leur pays, comme sur les différentes mesures qui y ont été prises.

Le professeur Shu-Ti Chiou a été commissaire à la santé de Taipei pendant l’épidémie de SRAS en 2003. Elle a dirigé l’agence pour la promotion de la santé sous le ministère de la Santé entre 2009 et 2016. Elle est ensuite devenue présidente de la Fondation pour la santé et le développement durable. En parallèle, elle est professeur adjoint à l’Université nationale Yang Ming Chiao Tung de Taipei et vice-présidente mondiale pour le renforcement des capacités à l’Union internationale de promotion de la santé et d’éducation pour la santé.

Après avoir réussi à éliminer le virus de son territoire pendant de nombreux mois, en mai 2021, Taïwan a dû faire face à une remontée rapide des cas. Le taux de couverture vaccinale était alors extrêmement faible. Le système de santé a été rapidement débordé, le taux de létalité atteignant l’un des niveaux les plus élevés au monde. Le niveau d’alerte, après une pression énorme de la part du public et des gouvernements locaux, a finalement été relevé au niveau 3, ce qui équivaut à un confinement partiel. Au bout de soixante-dix jours, Taïwan a finalement réussi à maîtriser la propagation du virus et est revenu au niveau d’alerte 2. Début août, le nombre de nouveaux cas domestiques confirmés n’était que de 6 pour toute l’île.

Pendant de nombreux mois, Taïwan a été considéré comme un modèle pour le monde entier. Le pays a fait un excellent travail en éliminant le virus de l’île. Comment pouvez-vous expliquer de si bons résultats, du moins jusqu’en mai dernier ?

Shu-Ti Chiou : On s’attendait à ce que Taïwan enregistre l’un des plus grands nombres de cas importés, compte tenu de sa proximité avec Wuhan où a débuté l’épidémie. Si nous avons été capables de bien gérer les choses, c’est parce que nous avons tiré des leçons importantes de notre expérience en 2003 avec le SRAS. Nous avons alors compris qu’il était important de bien contrôler les frontières et combien il pouvait être difficile d’empêcher la propagation de ce type d’infection qui ressemble à tant d’autres infections très courantes. Cette possibilité n’avait pas été envisagée en 2003 et l’infection s’était propagée chez des personnes n’ayant pas voyagé en dehors de l’île au point de rendre nécessaire par la suite des contrôles très stricts et rigoureux. Pour éviter ce scénario, il faut imposer des contrôles précoces aux frontières. En outre, nous avons, à cette époque, élaboré des procédures standard pour la recherche des contacts, la mise en quarantaine, l’isolement, le suivi sanitaire du personnel et le port du masque généralisé.

Ainsi, au premier trimestre 2020, nous étions prêts. En plus de mettre en place des contrôles stricts aux frontières, nous savions que des cas importés circulaient sans doute déjà silencieusement. Le gouvernement a donc mis en place un système d’information intégrant les informations collectées par l’Agence nationale de l’immigration aux fichiers de l’assurance maladie. Les patients symptomatiques ayant voyagé ont tous été soumis à des tests, puis isolés en même temps qu’étaient recherchés tous les cas contact possibles et qu’était pratiquée la mise en quarantaine des cas confirmés.

Au sein de la communauté, des mesures ont été mises en oeuvre à plusieurs niveaux pour éviter la propagation d’infections cachées : prise de température dans tous les lieux publics, suivi sanitaire des étudiants et des actifs, port du masque généralisé, distanciation sociale et hygiène des mains. Initialement, bon nombre de ces mesures sont restées volontaires. Après avoir ramené le nombre de cas à zéro, le gouvernement a poursuivi des contrôles stricts aux frontières avec la mise en place d’une quarantaine pour tous les voyageurs entrants tandis que la population continuait à porter le masque. Des études ont montré que ces deux mesures sont au coeur du succès taiwanais dans la première phase de la crise sanitaire. Le port du masque est devenu progressivement obligatoire à l’automne 2020.

Au cours de l’année 2020, les chiffres étaient absolument incroyables, avec aucun cas domestique pendant 253 jours entre avril et décembre, les seuls cas détectés ayant été importés, une absence de décès pendant plusieurs mois et un réel dynamisme de l’économie. Taïwan est ainsi devenu un modèle de gestion de la crise.

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Cécile Philippe

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