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La crise du Covid vue d’Inde : “Les pays les plus riches ne s’en sortent pas forcément mieux”

Le professeur Sunil Raina analyse les erreurs, mais aussi les réussites épidémiologiques du premier pays confronté au variant Delta. Tout en démentant certains clichés… Propos recueillis par Cécile Philippe, présidente de l’Institut économique Molinari, pour L’Express.

Quelles leçons pouvons-nous tirer de la gestion de différents États dans le monde face au Covid-19 ? L’Express, en partenariat avec l’Institut Molinari, a décidé d’interroger des experts internationaux qui font le point sur la situation sanitaire dans leur pays, comme sur les différentes mesures qui y ont été prises.

Sunil Raina est médecin-chercheur, professeur et chef du département de médecine communautaire au Dr Rajendra Prasad Government Medical College dans le nord-ouest de l’Inde. Outre l’enseignement et la formation des étudiants en médecine, il gère aussi deux centres de santé (un rural et un urbain). Il a été impliqué très tôt dans la gestion de la crise sanitaire. Personnalité publique, il a reçu plusieurs prix pour ses travaux ou son implication. Le dernier en date vient de lui être remis par le chef du gouvernement de l’État de Himachal Pradesh pour le remercier de sa contribution à la gestion de la crise du Covid.

Ce qui est frappant à propos de l’Inde, c’est que jusqu’à la flambée du nombre de cas en avril-mai 2021 sous l’influence du variant Delta, le pays avait réussi à contenir le virus de manière assez efficace. Les choses s’améliorent de nouveau actuellement mais Sunil Raina pense qu’il y aura de nouvelles vagues tant que les Indiens laisseront le virus circuler et ne seront pas en mesure de remonter toutes les chaines de contamination. Entretien.

L’Express : Jusqu’à l’explosion du nombre de cas Covid en avril dernier, la gestion de la crise en Inde forçait l’admiration. Comment l’expliquez-vous?

Sunil Raina : L’Inde a eu la clairvoyance d’imposer un confinement strict dès le début de la pandémie, alors que le nombre de cas était très faible. L’Inde n’a enregistré ses premiers cas qu’en mars 2020, et le gouvernement central n’a pas attendu que les cas s’accumulent. Au contraire, il a agi rapidement et fermement. Il a mis en place des contrôles très stricts aux frontières du pays, avec une quarantaine de 14 jours, ainsi que des contrôles stricts aux frontières des États. L’Inde compte 28 États et huit territoires, et il était impossible de passer d’un État à l’autre sans une autorisation délivrée en ligne sous la forme d’un e-pass. Toute personne entrant dans un État était censée se soumettre à une quarantaine obligatoire de 14 jours, organisée initialement dans une institution, puis à domicile avec le recours aux tests. Pendant la première phase de la crise, nous avons atteint un maximum de 98 000 cas quotidiens en septembre 2020, puis les cas ont diminué.

Comment un pays jugé comme pauvre a-t-il pu faire face à un confinement strict?

De nombreux Indiens sont très pauvres, en effet mais ils ont tendance à stocker des céréales à la maison leur permettant de tenir quelques jours en ville et quelques semaines à la campagne. Par ailleurs, le programme alimentaire (Antyodaya Anna Yojana) géré en temps normal par le gouvernement indien par le biais d’un gigantesque système de distribution publique a été étendu. Subventionnant normalement l’achat de nourriture pour 25 millions de familles parmi les plus pauvres, il a été ouvert à 800 millions de personnes, soit 60 % de la population, autorisées à recevoir gratuitement 5 kg de céréales par personne et par mois.

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Cécile Philippe

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