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La France, ce pays qui ne sait plus compter

Nous pensons trop souvent qu’il suffit de jeter la richesse sur un problème pour le résoudre, et nous avons oublié que bien investir, c’est se doter d’une vision et vérifier ex-post que les comptes sont bons. Texte d’opinion par Cécile Philippe, présidente de l’Institut économique Molinari, publié dans Les Échos.

La crise sanitaire – sans doute parce que c’est la première crise profonde à laquelle je suis confrontée – m’a ouvert les yeux sur une des raisons du déclin économique français et européen. Forts de notre richesse accumulée au fil des décennies, nous confondons aujourd’hui les conséquences et les causes.

Nous pensons trop souvent qu’il suffit de jeter la richesse sur un problème pour le résoudre, alors que l’argent n’est au final que la conséquence d’un investissement malin qui a produit des résultats concrets. Nous avons aujourd’hui la fâcheuse croyance qu’il suffit d’aligner les euros pour voir se produire les résultats que l’on attend. Nous avons oublié qu’il fallait une stratégie et se montrer tactique pour la déployer efficacement.

Un système ruineux

Le sujet des retraites, à nouveau dans l’actualité , illustre parfaitement le manque d’investissement dans le financement de l’après travail. La France persévère à essayer de financer les retraites par répartition dans le privé et par l’impôt dans le public. C’est la façon de faire la plus coûteuse qui soit puisqu’il faut 1 euro de prélèvements obligatoires pour distribuer 1 euro de pension.

Quand les nouvelles générations ne sont plus suffisamment nombreuses pour remplacer les anciennes, cela devient ruineux. Nous avons tout simplement oublié qu’il était possible d’investir dans la retraite en capitalisant les cotisations de sorte qu’elles financent à moindres frais les retraites. Cela s’appelle les fonds de pension.

Dans le domaine de l’éducation, nous sommes tout aussi dispendieux. Alors que les résultats des élèves français dans les indicateurs internationaux ne cessent de baisser , nous continuons à dépenser des sommes considérables sans nous assurer que les dépenses correspondent à des investissements avisés. Une de nos études montrait que, en 2019, la France dépensait 155 milliards d’euros par an, pour n’être qu’en 17e position parmi les 27 pays européens passés au crible dans le domaine éducatif. Si la France se rapprochait des pays les plus efficaces dans l’adéquation avec le marché de l’emploi, elle pourrait économiser jusqu’à 43 milliards d’euros par an.

Accepter des sacrifices

La gestion de la crise sanitaire est le dernier avatar d’un pays qui ne sait plus compter et construire l’avenir. Les pays zéro Covid qui nous ressemblent, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ont enregistré des taux de croissance significatifs (+1,8 % et +1,6 %) lors du premier trimestre 2021 alors que, en France, la croissance est restée légèrement négative (-0,1 %).

Loin d’être une anomalie, ces chiffres confirment que leur stratégie est payante. En 2020, le recul économique y a été 5 fois moins important qu’en France, 4 fois moins qu’en Belgique et 7 fois moins qu’en Espagne. La stratégie d’élimination coûte évidemment, mais elle est bien moins coûteuse pour l’économie et la société que notre stratégie d’atténuation qui n’évite pas les morts et ne préserve pas les libertés.

On en revient donc au final à la notion d’investissement qui suppose d’accepter des sacrifices aujourd’hui pour obtenir des gains supérieurs demain. Bien investir, c’est se doter d’une vision et vérifier ex-post que les comptes sont bons. Or, nous avons perdu l’habitude de vérifier que nous en avons bien pour notre argent. Certains rêvent de la décroissance. Dans la réalité, nous y sommes déjà. Reste à réapprendre à investir pour inverser la donne.

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Cécile Philippe

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