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Pourquoi ne pas essayer la radicalité préventive contre covid-19?

La radicalité préventive, ou stratégie d’élimination du covid, produit des résultats intéressants en Australie et Nouvelle-Zélande, à la fois sur les plan sanitaires, sociétaux et économiques. Ces populations réussissent à éradiquer le virus, pour des périodes allant de plusieurs semaines à plusieurs mois, avec à la clef un confort de vie et des économies mieux préservées. Texte d’Anne Bimar, présidente de Cognitions, Conseil stratégique aux décideurs, et de Cécile Philippe, présidente de l’Institut économique Molinari, publié dans L’Opinion.

Face au virus Covid-19 et à ses nombreuses mutations, continuons d’interroger sur l’efficacité de notre stratégie pour le combattre, dans la mesure où nous n’avons pas évité en France, les décès, la saturation de l’hôpital, l’arrivée de nouvelles mutations, la fatigue des populations et évidemment le ralentissement majeur de l’économie. On observe pourtant dans le monde un ensemble de pays qui suivent une stratégie différente et radicale d’élimination du virus. Ils parviennent à vivre relativement normalement pendant des périodes longues, seulement interrompues par des confinements stricts quand la situation l’exige. Cette radicalité est peut-être la clé de leur succès. Elle peut être nécessaire dans la gestion des crises les plus graves, y compris dans les entreprises.

La stratégie zéro-virus peut sembler impossible. Elle est néanmoins mise en œuvre par de nombreux pays de la Nouvelle-Zélande, à l’Australie en passant par le Vietnam, Taiwan, la Corée du Sud mais aussi la Norvège ou l’Islande. Vingt-sept pays, selon le physicien et expert de la complexité Yaneer Bar Yam, jouissent actuellement de leur succès dans la mise en œuvre de cette stratégie. Au Vietnam qui n’a enregistré que quelques dizaines de nouveaux cas au cours des 14 derniers jours, les nouvelles souches ne suscitent pas l’attention des media.

Yaneer Bar Yam est physicien, expert des systèmes complexes. Il y a 15 ans, il commença à appliquer son travail en physique et systèmes complexes aux pandémies. Il y a quelques années, il participa activement à l’endiguement de l’épidémie Ebola en Afrique de l’ouest. Au début de la crise sanitaire, contacté par Nassim Nicholas Taleb, ils copublient un papier énumérant les mesures d’endiguement à mettre en œuvre. Par la suite, abandonnant ses autres projets, il se consacre au mouvement, endcoronavirus.org, qu’il a créé pour mobiliser les communautés autour de leur rôle pivot dans la non-dissémination du virus et les moyens de garder une longueur d’avance sur le virus.

Il explique la stratégie préventive du zerocovid, ses aspects techniques, scientifiques, éthiques et pratiques. Il prodigue ses conseils aux Nations, aux communautés, aux familles et aux entreprises pour éliminer le virus chaque fois qu’il resurgit et revivre normalement dès qu’on y est parvenu. La stratégie repose sur des confinements sévères et stricts allant jusqu’à 5 semaines, parfois plus courts comme en Australie du Sud qui n’a eu besoin de confiner très sévèrement que 6 jours en novembre dernier pour éliminer un début de propagation du virus.

Cette stratégie est radicale. Elle consiste à mettre en place des quarantaines autour des communautés, à confiner strictement le temps nécessaire en ne maintenant que les services essentiels. Une fois le confinement réalisé, il est impératif de protéger les communautés d’une importation du virus en mettant en place des quarantaines et en recourant à des tests. Mais au sein des espaces réellement libérés du virus, il est possible de retrouver une vie normale avec les cafés, les bars, les restaurants, les salles de sport, de concert, de spectacles ouverts. On retrouve une vie normale tout en restant très attentif à une reprise de la contagion tant, par exemple, qu’une masse critique de la population n’a pas été vaccinée et immunisée contre le virus.

Cette liberté retrouvée a des conséquences positives évidentes sur l’état psychologique de la population. Goûter de nouveau le plaisir de s’attabler à une terrasse pour boire un café, visiter des musées, aller à des concerts, dîner au restaurant, telles sont les promesses de la stratégie radicale préventive.

La radicalité de cette stratégie est réelle. Elle est clé dans son succès. Elle devient un outil efficace en cas de crise prolongée. Quand la situation est grave, que son évolution et sa durée sont méconnues, il vaut mieux parfois décider vite, le plus clairement possible et surtout, radicalement.

Refuser les demi-mesures, agir vite, clairement et fermement permet ne pas entamer davantage la confiance. C’est bien là le rôle du décideur : se situer au-delà des peurs, évaluer l’état d’acceptabilité de ceux et celles qu’il représente, avoir le courage de prendre des décisions fortes, les assumer complètement une fois qu’elles sont prises et se mettre au service de ceux qui en bout de ligne doivent prendre les choses en main, à savoir nous tous. Car ce qui va permettre de stopper l’épidémie, ce sont nos choix individuels d’empêcher la transmission du virus. Pour cela, il faut soutenir inconditionnellement les actions visant à se protéger et à protéger les autres par des moyens financiers, des soutiens psychologiques, de la souplesse dans les façons de travailler, etc.

La décision de se donner une stratégie radicale implique pour celui qui la prend de reconnaître le moment où elle doit être prise alors même que le déni et les résistances légitimes au sein de la population demeurent et se critallisent. Le décideur a été choisi pour sa capacité à voir plus loin que les autres, à faire confiance à son intuition, à analyser correctement l’environnement et à pouvoir décider en conséquence. Le rôle du décideur réside justement dans le fait de faire passer sa responsabilité décisionnelle avant l’acceptabilité de ses décisions. Et cette responsabilité qui incombe à tout vecteur d’autorité consiste à protéger, parfois contre son gré, les personnes concernées.

Quand la crise se prolonge, les mesures radicales ont forcément un niveau d’acceptabilité faible. C’est pourquoi la prise de décision radicale implique du courage car elle heurte forcément une partie du public auquel elle s’adresse. Elle implique aussi de reposer sur un socle démocratique fort pour ne pas être taxée de mesure autoritaire. Elle entraîne donc de faire confiance à l’Institution qui la prend alors même qu’en période de crise longue, cette confiance est déjà étiolée. La radicalité n’est pas anti-démocratique. Radicalité ne signifie pas à extrémisme. Dans cette épreuve que nous traversons, la France doit faire confiance à son socle de valeurs et aux garde-fous existants. Dans ce moment où les démocraties occidentales ont tendance à s’affaiblir, montrons que nous disposons des ressorts nécessaires pour prendre des mesures radicales sans basculer dans un excès autoritaire.

Dans la crise actuelle, faute d’avoir réussi à bloquer la circulation du virus, l’urgence maintenant est de tenir dans le temps et de ne pas relâcher tous les efforts. Comment peut-on se donner une chance de ne pas sombrer dans la déprime et le découragement? Comment se régénérer ne serait-ce que pour un temps, et reprendre un peu de l’oxygène qui nous manque depuis des mois?

La fatigue psychologique qui s’ajoute à l’angoisse du déclin économique et à l’impossibilité de se projeter, impliquent d’organiser des moments de respiration que justement la stratégie zerocovid peut offrir. Elle est pratiquable car elle limite les efforts et les récompense. « Ce qui ne se régénère pas, dégénère » nous dit Edgard Morin.

Nous sommes partis pour une plongée, mais en apnée. Si nous ne reprenons pas régulièrement notre respiration, nous étoufferons. Il ne faudrait pas opposer sans cesse les considérations économiques aux considérations sociales. Nous arriverons à un point où l’essentiel est de préserver notre santé psychologique. Pour tenir bien sûr dans la durée et surtout pour pouvoir, le moment venu, repartir.

Tout faire pour que cette pandémie soit vaincue grâce à la vaccination et aux tests, mais aussi avec des mesures radicales préventives promettant de retrouver des espaces de liberté indispensables pour éteindre ce sentiment de non-vie qui nous impacte et se régénérer.

Face à la propagation de la variante anglaise du virus, tenue pour plus contagieuse et plus mortelle, la communauté médicale demande un nouveau confinement. Beaucoup de nos concitoyens, aussi, semblent prêts à l’accepter. Ce nouveau confinement devrait être l’occasion de tester une stratégie différente visant l’élimination du virus de sorte que nous puissions ensuite, après un effort intense mais limité dans le temps, reprendre des vies normales et équilibrées. Plutôt que de chercher des compromis sans doute intenables face à la dynamique du virus, nos pouvoirs publics devraient décider le confinement, soutenir psychologiquement les individus dans ce processus en promettant ce que légitimement nous parviendrons collectivement à gagner : la réouverture des cafés et des restaurants, des universités, des écoles, des salles de concert, le retour sur les lieux de travail pour tous ceux qui le souhaitent et surtout les retrouvailles entre amis.

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Cécile Philippe

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