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Covid-19: où sont les données sur les écoles françaises?

Texte d’opinion par Cécile Philippe, présidente de l’Institut économique Molinari, publié dans L’Express.

La Belgique, qui connait une reprise rapide de l’épidémie, a fermé ses écoles le 28 octobre. En Suède, les jeunes de plus de 16 ans étudient depuis chez eux depuis le début de la crise. En France, après la mise en place de nouvelles mesures de confinement, il a été décidé de laisser les écoles ouvertes avec quelques aménagements, dont le port du masque à partir de 6 ans et un renforcement du protocole sanitaire là où cela est possible. Tous les enfants ont retrouvé le chemin de l’école lundi 2 novembre, tandis qu’on fermait toute une série de commerces et d’activités, ce qui aura nécessairement des conséquences économiques et sociétales délétères.

La question se pose de savoir si ce choix différencié est pertinent, eu égard aux efforts énormes demandés par ailleurs au reste de la société. Soit effectivement, les enfants sont faiblement contaminés et contagieux et dans ce cas, il est important de maintenir les écoles ouvertes. Soit, ils contribuent à la diffusion du virus et dans ce cas l’ouverture indifférenciée des écoles risque de rendre les autres mesures moins efficaces. Au lieu de soulager la société et l’économie, elle contribuerait à retarder la décrue de la pandémie et serait un choix contre-productif fort coûteux.

En France, la scolarisation de tous les élèves est considérée comme une nécessité absolue pour éviter le décrochage scolaire, maintenir un lien social entre les enfants et permettre aux parents de travailler. Toutes ces raisons sont évidemment extrêmement importantes mais il convient de savoir si, par ailleurs, les écoles sont des lieux de contagion importants, susceptibles de favoriser la diffusion de la pandémie.

Concernant les enfants et le coronavirus, il y a un consensus international sur le fait que la Covid-19 est extrêmement peu létale pour les jeunes. Ils n’en meurent quasiment jamais et ne développent que très rarement des formes graves de la maladie. C’est heureux et un vrai soulagement pour les parents. Cela ne clôt cependant pas la question au niveau sociétal. Car les enfants sont généralement asymptomatiques et très peu symptomatiques. Par conséquent, leur contamination peut passer inaperçue et générer un danger pour les adultes, avec des transmissions extra-scolaires et intra-familiales.

Or, la question de la prévalence du virus dans les écoles et de son effet sociétal n’est pas résolue. Elle continue de faire débat dans la littérature scientifique et on manque cruellement de données en France. On sait pourtant que fin septembre, le milieu scolaire et universitaire était la première « collectivité » de circulation du virus, et qu’il représente plus de 20% des clusters actifs sur les six semaines écoulées. Pourtant, Santé publique France ne publie pas de données différentiant les écoles, les collèges, les lycées et les universités. Ces structures sont considérées comme un tout par l’agence nationale de santé publique alors qu’il est possible d’avoir un niveau d’information assez fin à propos d’autres catégories de services collectifs. Force est de constater qu’il n’a pas été considéré comme prioritaire de se doter de données précises en matière de prévalence du virus dans les établissements scolaires. Il semble qu’aucune campagne de dépistage massif n’ait été organisée pour faire le constat objectif de ce qui s’y passait et l’incidence sur la diffusion du virus dans la société.

Les données disponibles en France et qui concluent à une faible prévalence du virus chez les enfants et chez les jeunes datent de la première vague, période pendant laquelle les tests étaient très peu répandus, les écoles fermées puis rouvertes dans des conditions partielles. Ces données aussi utiles soient-elles, nous disent malheureusement peu de choses des conditions de prévalence du virus dans des conditions de fonctionnement pratiquement normal des écoles.

Restent les données en provenance de l’étranger. Elles ne sont pas toutes rassurantes. Une étude publiée le 30 juillet dans la revue médicale JAMA Pediatrics réalisée auprès de personnes testées positives a montré que les enfants âgés de moins de 5 ans présentant des symptômes légers (par rapport aux deux autres groupes constitués des 5-17 ans et 18-65 ans) avaient des charges virales 10 à 100 fois plus élevées. Une étude publiée le 22 octobre par The Lancet indique que l’ouverture et la fermeture des écoles jouerait un rôle dans la transmission du virus. Les auteurs estiment eux que « la fermeture des écoles à elle seule pouvait réduire la transmission de 15% au jour 28, tandis que leur réouverture des écoles peut augmenter la transmission de 24% au 28ème jour ».

Ces éléments pourraient éclairer le récent choix Belge. Conformément au conseil du spécialiste du coronavirus Marc Wathelet, les écoles ont fermé en Belgique le 28 octobre. La Belgique, comme la France, manque de données mais il y existait des indices troublants. Willy Demeyer, le bourgmestre de Liège, ville qui affichait le 23 octobre un taux de positivité de 30%, notait qu’« on observe une différence dans les courbes entre la Flandre, qui a opté pour une rentrée en code orange, avec moins de présence physique sur les campus et dans les écoles, alors que la Fédération a mis le curseur sur le jaune ».

Le rôle des enfants dans la transmission du coronavirus sera probablement sujet à discussions scientifiques pour des mois, mais deux questions pragmatiques se posent dès à présent.

La première a trait au caractère potentiellement contreproductif de l’approche indifférenciée, avec tous les élèves scolarisés au moment où l’on organise la réduction des activités économiques et sociales. Si l’enjeu est d’éviter le décrochage scolaire, avec une explosion des inégalités éducatives, ne vaut-il pas mieux privilégier l’accueil en présentiel des enfants en difficultés et le distanciel pour les autres ? Si l’enjeu est de ne pas mettre en difficulté professionnelle les parents et de minimiser l’impact sur l’économie, ne peut-on pas inciter les familles ayant moins de contraintes à garder leurs enfants ?

La deuxième a trait au dispositif de surveillance qu’il convient de mettre en place pour mieux appréhender la situation dans les écoles. Cette question a été abordée récemment par le Conseil scientifique. Dans une note du 26 octobre, il suggère l’organisation d’une surveillance reposant sur les tests d’infection « pour s’assurer que les établissements scolaires et universitaires ne deviennent pas un haut lieu de circulation du virus ». Selon lui, l’enjeu est de s’organiser pour une « suppression généralisée » du virus. Cette stratégie, déjà à l’œuvre dans des pays comme l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, suppose de frapper fort et vite dès que le nombre de cas dépasse un seuil faible. Elle permet d’éviter la saturation du système de santé et en bout de ligne les décès. Elle permet aussi de minimiser la durée des efforts demandés et leurs effets délétères sur la société et l’économie.

Pour s’assurer que les efforts, très significatifs, consentis par les Français seront utiles le plus rapidement possible, il est probable qu’on doive cesser de considérer les écoles comme un non sujet. Elles sont des lieux de brassage intense et les enfants qui les fréquentent, interagissent avec leurs familles et leurs proches. On devrait rechercher les solutions qui permettraient d’en faire des lieux où la contagion est sous contrôle, le temps d’enrayer le développement du virus. Faire l’impasse sur ces enjeux risque d’accroître nos problèmes économiques et sociétaux au lieu de les soulager.

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Cécile Philippe

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