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Inciter au télétravail en baissant les charges sociales

Le télétravail n’est pas toujours la panacée. Mais dans un contexte de pandémie, il permet à un nombre significatif de salariés de continuer à travailler. La perte de productivité qu’il peut néanmoins engendrer devrait être compensée par l’État afin que la compétitivité des entreprises n’en souffrent pas. Chronique par Cécile Philippe, présidente de l’Institut économique Molinari, publiée dans Les Échos.

Face à l’explosion du nombre de nouveaux cas liés au Covid-19, le gouvernement français instaure des mesures restrictives qui sont loin de faire l’unanimité. Pourtant, face à une épidémie qui sature les services de santé au risque de ne plus pouvoir traiter tous les malades, il n’est pas possible de ne rien faire.

La question reste de trouver de manière préventive les moyens les moins coûteux sur les plans financiers et humains pour contenir l’épidémie. Parmi eux, et pour faire face aux difficultés du recours au télétravail, il serait intéressant de l’accompagner d’une mesure incitatrice comme la baisse des charges sociales.

Perte de productivité

Le télétravail n’est pas toujours la panacée. Dans un contexte de pandémie, il permet à un nombre significatif de salariés de continuer à travailler. Cependant, il peut engendrer une perte de productivité réelle et cela ne doit pas être négligé dans le contexte français avec des entreprises qui font face à des charges très importantes.

Dans le domaine social – notamment parce que le financement de notre protection repose avant tout sur les actifs – la France est pénalisée par des cotisations qui pèsent lourdement sur la rentabilité des entreprises et le pouvoir d’achat des ménages. Elles sont 65% supérieures à la moyenne de l’Union européenne et contribuent à comprimer les excédents nets d’exploitation.

Par conséquent, les entreprises, par ailleurs pénalisées par des impôts de production hors normes, sont extrêmement sensibles à toute perte – même à la marge – de productivité. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles nombre d’employeurs ont voulu ramener le plus vite possible les équipes au bureau pour rattraper le temps perdu lors du déconfinement. Ceci a évidemment du sens, en temps normal, mais s’avère problématique, dans le contexte d’une reprise rapide de l’épidémie.<

Nos pouvoirs publics ont réagi sur le plan économique en déployant un arsenal d’aides qui ne comptent malheureusement pas suffisamment de mesures permettant d’aligner les impératifs économiques et sanitaires. Une baisse des charges sociales pour les entreprises ayant recours télétravail irait dans ce sens.

Aligner objectifs économiques et sanitaires

Si le télétravail est un coût pour l’entreprise, mais utile sur le plan sanitaire et générateur d’économies pour l’Assurance-maladie, il faut inciter les employeurs à y recourir plus largement et aussi longtemps qu’il sera nécessaire pour s’adapter à cette nouvelle situation. L’absence de marges de manœuvre financières des entreprises rend plus difficile leur adaptation souple et rapide à ce contexte inédit de pandémie. Aussi, il est utile et légitime de leur redistribuer une partie des économies que l’on pourra faire si le virus circule moins en raison d’une moindre circulation des salariés. En réduisant les charges patronales pour les salariés en télétravail, on avancerait sur un alignement des objectifs économiques et sanitaires.

Telle est l’une des règles d’or de l’expert en gestion de crise et univers chaotique Patrick Lagadec. Dans son livre « Le Temps de l’Invention à l’intention des femmes et hommes d’Etat », il écrit qu’il faut dans les situations de grave crise « faire montre d’une capacité essentielle, à savoir la prise de recul, le discernement à haute vitesse, et l’engagement sur des pistes de grande créativité ». La baisse des charges sociales pour le télétravail pourrait contribuer à alléger les contraintes dans des systèmes sous tensions.

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Cécile Philippe

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