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La concurrence au secours de l’homéopathie

A partir de l’année prochaine, l’homéopathie ne sera plus remboursée qu’à hauteur de 15% par la Sécurité sociale pour un arrêt total de son remboursement en 2021. Le gouvernement a rendu sa décision après un débat de longue date mais qui avait été ravivé récemment. Chronique de Cécile Philippe, présidente de l’IEM, publié dans La Tribune.

Un avis défavorable à son encontre de l’Académie des sciences européennes en septembre 2017, une tribune dans Le Figaro d’un collectif de 124 professionnels de la santé en mars 2018 et l’avis de la Commission de transparence de la Haute autorité de santé, en juin dernier, ont emporté la décision.

Comme on peut le lire dans l’avis de la Haute autorité de santé (HAS), une enquête réalisée par l’institut d’étude Odoxa entre décembre 2018 et janvier 2019, révèle que « concernant spécifiquement l’homéopathie, 72% des Français interrogés avaient une bonne image de l’homéopathie (contre 78% pour l’acupuncture et 82 % pour l’ostéopathie). » Cette bonne image est associée à l’idée d’une médecine globale, qui prend en compte tous les aspects de la personne et pas seulement un symptôme pris isolément.

En dépit de ce soutien populaire, le déremboursement de l’homéopathie a été décidé. Pour mettre les choses en perspective, on parle de la fin du remboursement à hauteur de 30% d’environ 113 millions d’unités vendues à la suite d’une prescription.  Or, les prescriptions homéopathiques ne représentent environ que 1 % de l’ensemble des prescriptions. Le sujet peut donc sembler anecdotique.

On ne devrait cependant pas négliger la leçon que nous enseigne cet épisode, à savoir qu’un assureur santé en situation de monopole total peut imposer sa vision unique de la santé au détriment du choix des patients. Or, la France a pris depuis plusieurs décennies le chemin de l’étatisation progressive du système au nom d’une maîtrise des coûts légitime, mais qui pourrait prendre une autre voie avec une concurrence régulée entre acteurs à l’image de ce qui se fait aux Pays-Bas.

Dans le cadre d’un monopole, une vision unique s’impose sans que puissent coexister des visions alternatives. Le choix du déremboursement de l’homéopathie par la Sécurité sociale impose ainsi la vision de la majorité des professionnels de la santé qui, dans le cadre de l’enquête Odoxa, n’étaient que 49% à avoir une bonne opinion de l’homéopathie. Leur opinion est forgée par une vision de la science qui exclut le placebo de la relation docteur-patient. Dans l’avis de la HAS, on lit que certains intervenants en défaveur du remboursement de l’homéopathie « ont développé l’idée qu’aujourd’hui l’utilisation consciente d’un placebo par le médecin n’est plus acceptable. »

Or, la question du placebo et de ses effets fait l’objet de découvertes scientifiques qui loin de le reléguer dans les oubliettes de l’histoire, le ramènent plus que jamais au cœur des mécanismes du guérison du patient. Plus précisément, des professeurs à la Harvard Medical School recherchent les mécanismes biologiques du placebo. Ils avancent qu’il emprunterait les mêmes circuits que les médicaments conventionnels, plaidant pour une vision globale du patient ne séparant pas l’esprit du corps. Kathryn Hall suggère même que, dans certains cas, les médicaments conventionnels pourraient interférés avec l’effet placebo, c’est-à-dire la capacité de l’esprit, générée dans le cadre du colloque singulier, d’être persuadé et de permettre au corps d’agir en concordance en faveur de sa guérison.

Des mutuelles ont annoncé qu’elles poursuivraient le remboursement d’une partie des dépenses en homéopathie afin de satisfaire les Français qui sont globalement attachés à l’homéopathie. Cette possibilité pourrait disparaître au fur et à mesure que se poursuivra la stratégie d’étatisation de l’ensemble du système de santé, diminuant le choix des patients et imposant une vision étriquée de la santé.

Le déremboursement de l’homéopathie n’est qu’un élément parmi d’autres mesures visant à régenter l’organisation de la relation patient-docteur. Rémunération à la performance, objectifs en termes de volumes de médicaments prescrits, dossier médical informatisé, utilisation de logiciels d’aide à la prescription certifiés, sont autant d’outils contestables dès lors qu’ils sont imposés par un système en situation de monopole, condamné à faire des économies en rationalisant.

Car si le colloque singulier est un acte moral dans lequel l’acte de sollicitude pratiqué par la médecine est tout aussi important que les médicaments prescrits alors il est crucial de ne pas bureaucratiser cette relation. Laisser la possibilité aux patients d’opter pour différentes polices d’assurance dans le cadre d’une concurrence régulée est un acte moral aussi bien qu’économique. Elle préserve une liberté fondamentale, stimule une pluralité d’approches en santé et peut se révéler économique comme cela a pu être décrit dans une étude du Conseil d’analyse économique et social de 2014.

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