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Les boomers ont-ils spolié les jeunes ?

La réforme des retraites est suspendue ? Un mauvais coup des boomers ! Le gouvernement n’ose pas désindexer les retraites ? Une démonstration de plus de la préférence pour les seniors ! Déclarations, émissions, éditos, livres fustigeant un choix des seniors au détriment des jeunes : c’est la petite musique qui monte. Mais que disent réellement les chiffres et qu’en penser ?  Une analyse de Nicolas Marques, directeur général de l’Institut économique Molinari.

D’abord, soulignons qu’il est bien vrai que les retraités vivent essentiellement de transferts des actifs. C’est la conséquence mécanique du recours quasi exclusif à la répartition, qui finance 98 % des 370 milliards de prestations retraite. En répartition, les cotisations ne sont pas placées : elles sont immédiatement utilisées pour financer les pensions. Ce transfert représente une charge significative pour les actifs, ainsi que pour les finances publiques, car une partie des régimes de retraite est déficitaire (le régime général, les retraites des fonctionnaires et des entreprises publiques…).

Comme il y a de moins en moins d’actifs pour financer les retraités, les cotisations retraite ont explosé. Elles représentent désormais 28 % du salaire brut dans le privé et 89 % du traitement indiciaire pour les fonctionnaires de l’État (qui ont un régime à part particulièrement déséquilibré). C’est bien plus qu’à la fin du baby-boom : les cotisations retraite étaient de 20 % dans le privé et de 32 % pour les fonctionnaires en 1978.

Les anciens ont proportionnellement moins cotisé. Oui, mais c’était parce que le nombre de cotisants par retraité était plus élevé qu’aujourd’hui et, aussi, parce qu’ils ont travaillé plus. Pour les générations 1945-1965, la retraite à taux plein nécessite en moyenne 66 000 heures de travail. C’est plus que pour les jeunes (environ 61 500 heures pour la génération 1995).

Ce décalage est lié à l’entrée précoce dans la vie active des boomers, qui faisaient des études plus courtes. La génération de 1945 a terminé sa formation initiale vers 17 ans alors que la génération de 1990 terminait ses études à près de 21 ans. Cette évolution montre que nos aînés ont investi dans la jeunesse, ce qui devrait conduire à relativiser les discours présentant les boomers comme des « égoïstes ».

Depuis 1975, le niveau de diplôme a progressé de façon spectaculaire. La proportion de bacheliers dans une génération était de 30 % en 1985, elle est de 80 % aujourd’hui. Plus d’un jeune sur deux de 25 à 34 ans est diplômé de l’enseignement supérieur, alors qu’ils étaient moins de 20 % dans la génération 1945. De même, la dépense moyenne d’éducation par personne a doublé depuis 1980 (passant de 5 520 euros constants à 10 920 euros), tandis que la part du financement direct par les ménages a baissé de 11 à 8 %.

Bien sûr, tous les jeunes ne sont pas nécessairement gagnants. Ne pas être diplômé est plus problématique qu’avant (30 % des jeunes sans diplôme sont au chômage, contre 22 % en 1982) et, à diplôme égal, les perspectives professionnelles sont parfois moins intéressantes. Mais on ne peut pas accuser les anciens d’avoir mégoté sur l’éducation. Les effets indésirables que l’on constate sont la conséquence de la politique de massification de l’éducation promue par Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Éducation de François Mitterrand, et jamais remise en cause. Le nivellement par le bas (avec l’adoption de méthodes moins pertinentes comme en témoigne la baisse du niveau dans toute une série de classements internationaux) et l’érosion de la valeur des diplômes se retourne contre la jeunesse, comme l’anticipaient dès les années 1980 toute une série de spécialistes de l’éducation, tels que le sociologue libéral Raymond Boudon.

Le vrai sujet n’est pas la pseudo « spoliation » de la jeunesse par les anciens, mais l’incapacité à s’adapter collectivement aux nouvelles donnes.

Autre critique fréquemment formulée à l’encontre des boomers : ils accapareraient une part accrue du patrimoine. Il est vrai que les 50 ans et plus ont un patrimoine significatif, avec en moyenne 350 000 euros par ménage. C’est plus que les 40-49 ans (qui ont 30 % de moins), les 30-39 ans (60 % de moins) et, à fortiori, les 20-29 ans (3 fois moins). Mais c’est logique : les plus anciens ont épargné pendant leur vie active pour faire face à la baisse des revenus à la retraite. Contrairement aux idées reçues, les pensions ne sont pas exceptionnelles (70 % du dernier salaire net en moyenne, contre 68 % dans l’UE). C’est grâce à l’épargne qu’une partie significative de la population arrive à préserver son niveau de vie à la retraite. Présenter les retraités comme des nantis relève du parti pris. Selon les derniers chiffres de l’INSEE, le niveau de vie du retraité moyen est inférieur de 1 % à celui de l’ensemble de la population et de 11 % à celui des actifs en emploi. En moyenne, le retraité a le même niveau de vie qu’un trentenaire.

Le vrai sujet n’est pas la pseudo « spoliation » de la jeunesse par les anciens, mais l’incapacité à s’adapter collectivement aux nouvelles donnes.

Durant les Trente Glorieuses, la croissance était poussée par la natalité, la reconstruction et la compétitivité dans une France qui pensait à long terme.

Depuis la fin du baby-boom, la croissance s’est ralentie et les politiques publiques ont contribué à détériorer la création de richesse. La surfiscalité et la surréglementation ont affaibli le tissu productif et incité les entreprises à délocaliser les productions. De mauvais choix de politiques publiques ont appauvri la population (temps de travail, retraites, logement, énergie, assistance…) et déséquilibré les finances publiques.

Le sujet n’est pas que les aînés aient spolié la jeunesse, mais que nos politiques publiques ne sont pas à la hauteur des enjeux, ce qui se retourne contre la société dans son ensemble.

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