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Capitaliser pour renforcer la défense en Europe

Jusqu’à un cinquième des dépenses militaires européennes dans certains pays finance les pensions des retraités de la défense. Inspirons-nous des Pays-Bas pour proposer un système qui allie souveraineté et intérêts des retraités. Chronique par Cécile Philippe, présidente de l’Institut économique Molinari, publiée dans Les Échos.

Alors que la pression sur la capacité de défense des pays européens s’accentue du fait de la guerre en Ukraine et des tensions avec les Etats-Unis, la capacité des Etats européens à financer leur mission principale consistant à défendre l’intégrité de leur territoire se pose. Face à la difficulté de trouver des financements, une voie très prometteuse est d’utiliser la capacité des Etats à emprunter pour constituer des fonds souverains et autofinancer à terme les retraites des militaires qui représentent des dépenses contraintes nécessaires mais incapables de générer de la puissance de feu.

Avec le vieillissement, nombre d’Etats occidentaux ont vu leurs dépenses de retraite mais aussi de santé (maladies chroniques) s’envoler de manière alarmante. Ce constat est vrai pour toutes les administrations publiques, mais dans le domaine de la défense, à l’heure où il faut réinvestir le régalien, le poids du financement des retraites limite grandement les capacités à monter en puissance sur de la dépense militaire utile.

En effet, si aujourd’hui les dépenses militaires de 23 des 32 pays membres de l’Otan atteignent 2 % de leur PIB contre seulement 6 pays en 2021, cela ne signifie pas pour autant que cela soit de la dépense qui finance la capacité immédiate d’agir et réagir aux menaces. En effet, la dépense retraite est comptabilisée dans le calcul des 2 % de la dépense. En Europe, le versement des pensions aux retraités de la défense mobilise jusqu’à 20 % des budgets militaires en Belgique et 16 % en France (9 milliards d’euros en 2024 sur un effort de défense de 58 milliards d’euros).

Rogner sur cette dépense n’est pas envisageable. Non seulement, elle est nécessaire pour assurer une vie décente aux anciens militaires, mais elle est aussi indispensable pour garder le métier attractif. Pour autant, cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas aligner l’intérêt des retraités et la souveraineté.

Fonds souverains dédiés

Certains pays européens sont en meilleure position sur ce plan avec des pensions mobilisant, par exemple, aux Pays-Bas, à peine 8 % du budget. Ceci est possible parce qu’une partie significative des retraites des militaires néerlandais est autofinancée par les dividendes et plus-values générés par un fonds de pension dédié aux fonctionnaires (ABP).

Il serait donc judicieux de faire de même dans tous les pays qui n’utilisent pas encore cette manne financière. Il faudrait provisionner les dépenses de retraite des militaires dans des fonds souverains dédiés, à défaut de pouvoir recourir à des fonds ouverts à tous les fonctionnaires comme ce fut le cas aux Pays-Bas. L’amorçage pourrait se faire par des emprunts. Financièrement, l’opération serait créatrice de richesse puisque les sommes empruntées seraient intégralement placées à long terme et généreraient un rendement supérieur au coût de la dette publique.

16 %

C’est la part des budgets militaires en France qui est consacrée aux pensions de retraite.

Bien sûr, il faudra plusieurs décennies pour arriver à un provisionnement intégral. Mais une telle démarche générerait des effets immédiats, en permettant d’accumuler des capitaux placés, dont une partie pourrait être investie dans l’industrie de défense européenne grâce à des investissements en actions ou en private equity.

Vu l’urgence des défis géopolitiques actuels, cette démarche gagnerait à être organisée au plus tôt afin de rendre à terme à la dépense militaire sa puissance de feu entière et utile, tout en aidant immédiatement les industries de défense à se développer.

 

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