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La Géorgie : la féliciter c’est bien, s’en inspirer c’est mieux

Face à la pandémie du coronavirus, la Géorgie affiche un bilan satisfaisant. Comment expliquer cette gestion exemplaire, riche d’enseignements pour d’autres pays? Texte d’opinion par Vincent Bénard, chercheur associé à l’Institut économique Molinari, publié dans La Tribune.

Le 8 mai dernier, le président Emmanuel Macron félicitait Mme Salomé Zourabichvili, son homologue géorgienne, pour la performance de son pays dans la lutte contre le coronavirus. Le même jour, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) louait les résultats de cette république du Caucase. Avec 3,5 morts par millions d’habitants, ils sont de très loin les meilleurs de la région et des 48 membres du Conseil de l’Europe.

Comment ce petit pays – dont le PIB nominal par habitant vaut un dixième du nôtre – a-t-il pu si bien contenir la pandémie?

Ce pays de moins de 4 millions d’habitants a réussi à hospitaliser en chambre individuelle tous ses malades testés positifs et à financer la mise en quarantaine de 8.000 de ses citoyens de retour de l’étranger dans des hôtels confortables. À population égale, la France aurait dû traiter 140.000 passagers entrants pour réussir une performance comparable.

Un pays sorti de l’orbite de l’URSS

Ceci est d’autant plus remarquable qu’au début des années 1990, le système de santé géorgien – comme tous les autres secteurs de la société – était sinistré. Le pays sortant tout juste de l’orbite de l’URSS, était miné par une guerre civile. Le premier gouvernement démocratique du pays, dirigé par Eduard Shevardnadze (ancien ministre de Gorbatchev), s’est d’abord attaché, dès 1992, à reprendre le contrôle du pays tenu par des clans paramilitaires. Il a tenté de réformer l’économie en suivant une voie médiane entre libéralisation progressive et maintien d’un état dirigiste assurant une couverture sociale généreuse, du moins sur le papier, pour un pays dont le PIB par habitant tournait alors autour de 600 dollars. Cela ne suffit pas, et Shevardnadze fut chassé du pouvoir en 2003 suite à de grandes manifestations de mécontentement populaire.

Les progrès de la Géorgie au 21e siècle sont remarquables. Le pays a lancé à partir de 2004 une série de réformes économiques d’inspiration libérale, pro-business et anti-corruption, dont les résultats ont été économiquement positifs. La Géorgie occupe régulièrement l’une des 20 premières places du classement Doing Business de la Banque mondiale. Elle a réussi l’exploit de passer de la 130e place à la 41e en termes de corruption mesurée par l’ONG Transparency international en 2018. La Banque mondiale a constaté, nombreux indicateurs à l’appui, combien le secteur informel et la corruption avaient été réduits par les réformes.

Le taux de pauvreté a chuté de 30% à 19,5%

Résultat, l’hémorragie démographique, qui menaçait grandement le décollage économique du pays, s’est presque arrêtée. La Géorgie avait perdu 1 million d’habitants (sur moins de 5) entre 1990 et 2003. Elle n’en a perdu que 200.000 depuis. Le PIB par habitant, ajusté en pouvoir d’achat, représente désormais 27% de celui de la France en 2018. D’après des données de la Banque mondiale, le taux de pauvreté a chuté de 30 à 19,5%.

La réduction de la sphère d’intervention de l’Etat a été une des clés de la réussite. Les individus qui avaient largement profité de la corruption ambiante ont été emprisonnés ou ont dû rembourser (avec intérêts) le produit de leurs agissements illicites. Le nombre d’impôts est passé de 30 à 6. Leur taux n’est jamais supérieur à 20%. Les doubles taxations ont été éliminées en même temps que les niches fiscales ont été supprimées. Le consentement à l’impôt a ainsi été renforcé avec des recettes fiscales équivalentes à 25% du PIB depuis 2006. Ceci a permis de réduire la dette publique de 65% à 41%. Les infrastructures, qui en avaient bien besoin, ont également pu être modernisées.

Grâce à ce système fiscal simple et attractif, et à des taxes douanières pratiquement inexistantes, le pays est considéré comme l’un des plus ouverts au commerce international et aux investissements directs à l’étranger. Les permis et licences à l’importation y ont été aussi éliminés, sur la base de ce que tout produit homologué par une agence officielle d’un pays sérieux (USA, UE, etc…) est de facto commercialisable en Géorgie. Ceci a considérablement réduit les opportunités de corruption.

En matière de santé, cette politique d’homologation par les tiers a permis de disposer des meilleurs traitements occidentaux, sans souffrir de pénurie. L’environnement favorable aux affaires a permis à la Géorgie de pouvoir compter en pleine crise sur la présence de 4 fabricants de médicaments. En outre, suite à une série de réformes, le pays bénéficie d’un système de santé organisé autour d’une ossature privée, offrant à 90% de la population l’accès à un panier de soins hospitaliers indispensables. Les Géorgiens ont acquis une excellente opinion de leurs système hospitalier, quand bien même des progrès restent à accomplir en matière de médecine générale.

Liberté de choix de traitement pour les hôpitaux

Le gouvernement a laissé aux hôpitaux une totale liberté de choix de traitement et n’a pas cherché à accaparer la distribution de masques, de gels, etc. Tout le contraire de ce qu’a fait la France. Résultat : l’état d’urgence sanitaire, déclaré le 21 mars, a pris fin le samedi 23 mai et le pays va rouvrir ses frontières aux touristes internationaux dès le 1er juillet 2020.

Des observateurs s’inquiètent de l’impact que pourrait avoir le COVID-19 sur les principaux secteurs économiques, tels que le tourisme. Tous les pays seront économiquement touchés, mais le faible nombre de décès liés au COVID en Géorgie suggère qu’elle pourrait récupérer plus rapidement que d’autres.

Dans le même temps, l’OCDE a félicité le pays pour sa performance en matière d’éducation, jugeant son système d’enseignement à distance parmi les plus performants. Cela a été rendu possible par une politique volontariste de numérisation de l’administration sur le modèle estonien, et par une grande autonomie pédagogique donnée aux établissements scolaires, que les parents peuvent choisir librement, et dont le financement (public) est lié au nombre d’élèves inscrits. Le contraste avec l’hyper-centralisation française est une fois encore saisissant.

Malgré tous ces accomplissements économiques, des progrès démocratiques restent à concrétiser, et le niveau de polarisation de la politique géorgienne est encore élevé. Un accord du 8 mars ouvrant la voie à une importante réforme électorale – soutenu par les États-Unis et l’UE, et par tous les partis politiques géorgiens – laisse espérer une évolution positive en ce sens, sous réserve que tous les partis respectent leur engagement et adoptent la réforme au Parlement. Tout recul pourrait être mal accepté des chancelleries européennes ou de Washington et pourrait être préjudiciable à la conclusion de futurs accords politiques et économiques.

Il n’en reste pas moins que les réformes cohérentes et les politiques favorables au libre marché ont permis à la Géorgie de devenir un pays que l’on cite en exemple dans sa gestion de la pandémie, là où de grandes nations ont échoué. Le président Macron ne devrait pas se contenter de féliciter son alter ego géorgienne, mais chercher aussi dans son succès des sources d’inspiration.

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