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Vers un « miracle économique » en Géorgie ?

par Guillaume Vuillemey
jeudi 17 avril 2008.

Article publié exclusivement sur le site de l’Institut économique Molinari.

Année après année, la transition de la Géorgie d’une économie collectivisée vers une économie de marché s’opère. Les réformes importantes qui ont été engagées ont permis de redresser le pays grâce à un important dynamisme économique.

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Lors du dernier sommet de l’OTAN, réuni début avril à Bucarest, la Géorgie a été pendant quelques jours sous le feu des projecteurs. Ce petit pays du Caucase, ancienne République socialiste dans le giron de Moscou, espérait être invité à rejoindre le Membership Action Plan (MAP), un préalable à son entrée dans l’Alliance Atlantique. Appuyant sa candidature, le président géorgien Mikheil Saakachvili a rappelé quelques éléments de la transition de son pays d’une économie collectivisée et administrée vers une économie de marché. À de nombreux égards, les résultats sont prometteurs. Parlera-t-on prochainement d’un « miracle économique géorgien » comme nous parlions, il y a quelques années, du « miracle économique estonien » ?

Bien évidemment, tout n’est pas encore parfait dans ce pays qui ambitionne de devenir « le Hong-Kong de la Mer Noire », selon les termes de son ministre de l’Économie. Mais qui peut croire qu’il soit possible d’effacer plusieurs décennies de communisme en seulement quelques années ?

Certaines parties de la population vivent toujours avec peu de revenus. Une crise politique a secoué le pays en novembre 2007. De surcroît, la Géorgie doit faire face à des problèmes géopolitiques majeurs liés essentiellement à son indépendance encore récente. La corruption demeure à un niveau élevé mais a très fortement diminué.

Selon la Banque Mondiale, le nombre d’entreprises dénonçant la corruption comme un obstacle majeur à leur activité économique a chuté de 60 % à 39 % entre 2002 et 2005. Plusieurs classements internationaux ont salué les mesures entreprises par le gouvernement pour lutter contre la corruption. Il s’agit là d’un premier indicateur des changements importants à l’oeuvre dans le pays. Mais ce n’est pas le seul.

Pour mesurer toute l’importance de ceux-ci, revenons brièvement en arrière. En novembre 2003, Edouard Chevardnadze, ancien ministre des Affaires étrangères de l’URSS, est réélu à la présidence de la Géorgie (qu’il occupe alors depuis 1992) au terme d’une élection truquée. Ses opposants appellent la population de la capitale, Tbilissi, à descendre dans la rue. Après plusieurs journées de troubles, il démissionne. C’est la « Révolution des Roses ». Lors des élections organisées en janvier 2004, le leader de l’opposition, Mikheil Saakachvili, est élu. Symbole important : dès son élection, le nouveau président fait appel à Mart Laar, l’architecte du « miracle estonien », pour le conseiller. En quelques mois, de profondes réformes économiques sont mises en place.

Nommé ministre de l’Économie après l’arrivée au pouvoir de Saakachvili, Kakha Bendukidze a mis en place une vaste politique de privatisations. De très larges pans de l’économie ont été mis sur le marché : transports, production et distribution d’énergie, télécommunications, infrastructures diverses. Si les objectifs sont atteints, plus de 1800 entreprises auront été privatisées entre 2004 et la fin de l’année 2008. Les terres, très largement publiques, ont elles aussi été mises en vente. Ces privatisations expliquent pour une large part la baisse de la corruption. Car ainsi que l’explique Saakachvili, « le moyen le plus sûr pour lutter contre la corruption, c’est de privatiser. Plus l’État est petit, moins il y a de bureaucrates, et moins il y a des personnes à corrompre ».

Depuis la Révolution des Roses, tout a été fait pour attirer les investisseurs. L’environnement économique s’est considérablement amélioré. Le pays connaît une croissance d’environ 9 % par an depuis 2004. Le nombre de formalités administratives et le poids de la bureaucratie ont été fortement réduits. Le marché du travail a été assoupli, notamment en facilitant les procédures de licenciement. Un site internet en anglais, www.investingeorgia.org, fournit aux investisseurs étrangers toutes les informations nécessaires pour s’implanter en Géorgie, ou entrer au capital des entreprises en cours de privatisation. Dans son rapport Doing Business 2008 (qui classe les pays selon la facilité à y créer et à y faire prospérer une entreprise), la Banque Mondiale place la Géorgie au 18ème rang, bien devant la France, 31ème, ou l’Italie, 53ème. En quatre ans, le pays a bondi de 119 places. Au cours de la même période, le nombre d’entreprises a aussi été multiplié par quatre.

Les changements en matière fiscale sont également spectaculaires. En 2005, un nouveau Code fiscal a été mis en place. Il prévoyait un abaissement des taux de très nombreux impôts et le remplacement de l’impôt progressif par une flat tax. La Géorgie a ainsi rejoint le club très restreint des pays qui, comme la Russie, la Slovaquie, la Macédoine, la Serbie, les Pays Baltes, ou la Roumanie, ont fait le choix d’un impôt à taux unique. Au 1er janvier 2008, l’impôt sur le revenu a été augmenté à 25 %, compensant de fortes baisses de l’impôt sur les bénéfices des sociétés et des charges sociales. En quelques années, la fiscalité géorgienne est devenue l’une des plus attractive d’Europe Centrale et Orientale. Le nombre d’impôts a été réduit de vingt-deux à sept. Pour l’anecdote, le nombre de pages du nouveau Code fiscal est inférieur de 95 % à celui du précédent.

En outre, la Géorgie a fortement abaissé ses barrières protectionnistes pour se tourner vers le libre-échange. De très nombreux biens d’équipement et matières premières sont déjà exonérés de droits de douane. Le mouvement d’abolition des barrières douanières devrait se poursuivre cette année. La question d’une intégration prochaine dans l’Union Européenne partage le gouvernement. Certains, comme Kakha Bendukidze, y voient une source inutile de réglementations, un facteur d’uniformisation et, au final, un risque de sclérose.

Année après année, la transition de la Géorgie d’une économie collectivisée vers une économie de marché s’opère. Les réformes importantes qui ont été engagées ont permis de redresser le pays grâce à un important dynamisme économique. Mais si de tels changements ont pu être introduits en Géorgie ou en Estonie, pourquoi ne le seraient-ils pas en France, ou ailleurs en Europe ? Pourquoi ne permettraient-ils pas de redynamiser d’autres économies qui en ont cruellement besoin ?

Guillaume Vuillemey, chercheur associé, Institut économique Molinari




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