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Sciences et techniques : le règne de la suspicion

par Patrick Coquart
lundi 18 juillet 2016.

Texte d’opinion publié en exclusivité sur le site de l’Institut économique Molinari.

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L’Académie des technologies vient de publier un rapport intitulé « La perception des risques. Un enjeu pour les sciences et les technologies ». Les auteurs – Gérald Bronner et Étienne Klein – y mettent à jour l’inquiétude, la méfiance, voire la défiance envers toute nouveauté. Une peur, souvent injustifiée, qui entrave le progrès technique.

Il fût un temps, pas si lointain, où l’on considérait que les sciences et techniques amélioraient la vie quotidienne de tout un chacun. Elles rimaient alors avec progrès. Aujourd’hui, le terme semble oublié ; on lui préfère celui d’innovation.

Mais si les innovations sont porteuses d’avancées, elles sont, dans le même temps, immédiatement critiquées car grosses de risques potentiels : environnementaux, sanitaires, éthiques, etc.

On pourrait rétorquer que tout cela n’est pas bien neuf. De tous temps, les découvertes ont, à la fois, effrayé et enthousiasmé. Cependant, notre époque présente quelques particularités qu’il convient de bien appréhender pour comprendre la suspicion à l’égard de la science et de la technologie. En voici quelques-unes.

Premièrement, le progrès aujourd’hui, écrivent les auteurs du rapport, « devient une affaire de valeurs qui s’affrontent et non plus de principes, que ceux-ci soient éthiques ou normatifs. Or, les valeurs sont en général moins universelles que les principes (la valeur d’une valeur n’est pas un absolu puisqu’elle dépend de ses évaluateurs), de sorte que plus les principes reculent, plus les valeurs tendent à s’exhiber et à se combattre ».

Deuxièmement, la parole des scientifiques est mise en doute. Ils sont soupçonnés de cacher la vérité sur la catastrophe annoncée. De toute façon, ils sont à la solde d’intérêts industriels ou économiques. Ils ne sont pas impartiaux. Et des militants associatifs, la plupart du temps ignorants du sujet dont il est question, sont (auto-) déclarés « experts indépendants ». On est même venu à « inventer la notion oxymorique ‘d’expertise ignorante’… ».

Ce phénomène est renforcé quand nos concitoyens pensent connaître le sujet dont il est question. « Ainsi 25 % [d’entre eux] seulement affirment ne pas faire confiance aux experts des sciences du cerveau, mais ils sont 71 % à confesser ne pas y comprendre grand-chose. En revanche, 58 % déclarent ne pas faire confiance aux scientifiques pour dire la vérité dans le domaine des OGM ou du nucléaire, mais ils ont le sentiment de bien connaître la question (63 % pour les OGM, 67 % pour le nucléaire) ». Donc, plus ils s’estiment informés et compétents, plus les Français doutent de la parole des scientifiques !

Troisièmement, les craintes focalisent l’attention, car elles sont mises en avant. Bronner et Klein parlent même « d’embouteillage des craintes ». Les médias, en effet, diffusent des alertes sur tel ou tel danger. Mais, si les arguments du soupçon sont aisés à produire et à diffuser, ce n’est pas le cas des démentis sérieux. Le rythme de la science n’est pas celui de l’information. Et les médias, qui aiment plutôt vendre de la peur, ne relaient que mollement les démentis qui pourraient apaiser les craintes.

Quatrièmement, internet amplifie le phénomène avec « la propagation d’une forme de démagogisme cognitif qui voit peu à peu s’imposer les points de vue intuitifs et parfois erronés sur toutes sortes de sujets ». Il est vrai que ce sont ceux qui sont le plus motivés sur un sujet qui s’engagent le plus et donnent de leur temps pour occuper « l’espace de parole ». Du coup, ils arrivent à instaurer « une sorte d’illusion de majorité qui peut affecter le jugement de nos concitoyens les plus indécis ou bien qui n’ont pas le temps de défaire les arguments qui sont, par ailleurs, en apparence convaincants ». Cécile Philippe l’a récemment montré avec le cas du glyphosate.

Cinquièmement, le principe de précaution vire au « principe de suspicion ». Il faut dire que le principe de précaution, tel qu’il est compris, consiste « à revendiquer le droit de vivre tranquillement, autrement dit de ne pas être exposé à une inquiétude, et de réduire non pas le danger mais l’inquiétude, le souci, l’angoisse ». Par conséquent, tous ceux qui entreprennent quelque chose doivent prouver, par avance, que leur activité est sans risque. Ce n’est pas seulement la catastrophe qu’il faut éviter à tout prix, « mais également l’ombre de toute catastrophe possible ». Ce qui est évidemment illusoire.

Les technologies se diffusent dans tous les interstices de la vie quotidienne, nous rendant des services dont on aurait du mal à se passer dès l’instant où on les a essayés. Et, dans le même temps, on voit naître une résistance de plus en plus forte à ces mêmes technologies. Cette opposition se retrouve parfois chez une même personne. Tout le monde connaît quelqu’un qui utilise un Smartphone tout en s’opposant à l’installation d’une antenne relais près de chez lui.

L’obscurantisme serait donc de retour. Pour en sortir, il est nécessaire que les scientifiques, et les intellectuels en général, communiquent davantage, fassent preuve de pédagogie, suscitent des débats contradictoires. Il faut aussi que les consommateurs, les citoyens aient le soin de s’informer vraiment, sans aller au plus visible ou au plus sensationnel. Enfin, il est indispensable que les politiques fassent preuve de discernement en ne légiférant pas à tout va au moindre doute ou à la moindre crainte. C’est peut-être sur ce point que les choses auront le plus de mal à évoluer dans le bon sens.

Patrick Coquart est chercheur associé à l’Institut économique Molinari.




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