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Quelles retraites voulons-nous demain ?

par Aurélien Véron
vendredi 30 avril 2010.

Article publié le 23 avril 2010 dans Le Monde.

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Les conclusions alarmantes du Conseil d’orientation des retraites confirment le diagnostic établi il y a vingt ans par Michel Rocard dans son « Livre blanc ». Notre système de retraite est en train de s’effondrer sous les yeux de notre classe politique tétanisée. Comme il l’avait aussi prédit, le sujet est une poudrière qui a déjà fait sauter un gouvernement. Déjà fragilisée par un niveau excessif d’endettement public, la France aura du mal à résister à l’ardoise supplémentaire de 2 600 milliards d’euros, déficit cumulé estimé des retraites d’ici 2050. Plutôt qu’un rabibochage de notre système de répartition avec des bouts de ficelle, nous devons avoir l’ambition de refonder notre modèle social. La Suède, l’Australie, la Suisse et bien d’autres pays ont fait le choix de sauver leur système de retraite en recourant à l’épargne retraite individuelle. Pourquoi ne pas élargir le débat et envisager à notre tour ces solutions qui ont fait leurs preuves ?

Loin de constituer un lien de solidarité intergénérationnelle comme les syndicats le prétendent, le système par répartition est intrinsèquement porteur d’injustices pour ceux qu’il couvre. Il n’est pas performant : les cotisants n’en ont pas pour leur argent. S’ils avaient placé l’équivalent de leurs cotisations en obligations d’État, les retraités actuels recevraient presque le double de leur pension. Il ne permet pas non plus de choisir l’âge du départ à la retraite, fixé arbitrairement pour tous. Avant l’heure administrative, les prestations sont lourdement amputées. Après l’heure, il n’est pas possible – dans les faits – de continuer à travailler pour un employeur ; et tout le monde n’est pas sénateur ou membre du Conseil économique et social pour profiter d’une retraite dorée. Or, nous n’avons pas tous les mêmes préférences, ni la même résistance physique au terme de nos parcours professionnels. Avec sept ans d’espérance de vie en moins par exemple, les ouvriers du bâtiment ne devraient pas avoir à cotiser aussi longtemps que les cadres et fonctionnaires, et plus longtemps que les bénéficiaires des régimes spéciaux.

Enfin, en prélevant environ un quart du revenu brut pour la seule retraite, la répartition bride la capacité d’épargne des ménages, surtout de ceux qui ont de faibles revenus. Au lieu de permettre à chacun d’accumuler du capital pour ses vieux jours, et d’assurer à ses héritiers un patrimoine protecteur, la répartition ne garantit aucune prestation définie, et ne transmet rien aux enfants. Il s’agit là d’une atteinte fondamentale au moteur d’une société capitaliste : constituer un patrimoine personnel et le transmettre en espérant que chaque génération le fera fructifier. La répartition a injustement stoppé ce processus naturel. Cet élément clef de notre modèle social se révèle en fait un mécanisme de paupérisation de la société qui explique en partie la panne de l’ascenseur social en France.

Devons-nous tenter de préserver la répartition ? Augmenter et allonger la durée de cotisation amplifierait la nocivité de ses vices. La diminution des prestations retraite n’est pas politiquement envisageable, les personnes âgées constituant l’électorat le plus mobilisé. Menacer ce qu’elles ressentent comme un dû des jeunes générations à leur égard serait un pur suicide politique. La proposition d’Alain Madelin de passer à la retraite à points – comme en Suède – fut un premier pas dans la bonne direction. Ses préconisations étant de plus en plus souvent reprises, cela prouve qu’il avait vu juste en répondant à l’une des préoccupations des cotisants. Cela restera insuffisant pour assurer la pérennité du système. Nous avons le devoir de refonder un modèle pour qu’il soit juste, viable financièrement et performant pour les générations futures.

Le passage progressif à des fonds d’épargne retraite répond aux attentes des Français. Dans un sondage récent, 46 % des Français se sont déclarés favorables aux fonds de pension. Pour rassurer les plus hostiles à la capitalisation, on peut envisager un minimum de diversification du portefeuille individuel, ainsi qu’une assurance de place envers les fraudes qu’on ne peut jamais exclure. Chaque salarié pourrait alors affecter ses cotisations vieillesse à un ou plusieurs fonds spécifiques de son choix. Intérêts et dividendes seraient capitalisés sans prélèvements obligatoires pour faire grandir cette épargne personnelle. Sur le plan pratique, nous pouvons nous inspirer des nombreux pays qui l’ont instaurée, partiellement sous la forme de retraites par piliers, ou intégralement. L’essentiel consiste à rendre les citoyens directement libres et responsables de leur retraite, l’État continuant bien entendu à assurer un minimum vieillesse à tous.

Osons abattre notre mur de Berlin en passant du système opaque de la répartition aux fonds d’épargne retraite. Ce changement de paradigme ne préserverait pas seulement l’avenir de nos retraites, il réconcilierait les Français avec l’économie en matérialisant le lien entre épargne de long terme et investissement durable. En étant majoritairement investis dans l’économie française, les fonds d’épargne retraite augmenteraient considérablement le potentiel de croissance du pays .

Aurélien Véron est président du Parti libéral démocrate.




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