Sur le site de l’IEM


Pour soutenir notre action :
Appuyer l'iem
Partager nos travaux :

Joignez notre groupe sur Facebook

Primaires de la droite : rencontre avec Hervé Mariton

par Patrick Coquart
lundi 20 juin 2016.

Texte d’opinion publié en exclusivité sur le site de l’Institut économique Molinari.

rien

Une dizaine d’associations et think tanks, sous l’égide de l’Aleps (Association pour la liberté économique et le progrès social) ont entrepris d’auditionner les candidats déclarés à la primaire de la droite et du centre. L’Institut économique Molinari (IEM) s’est associé à cette initiative. Vous trouverez ci-dessous les impressions de Patrick Coquart, chercheur associé. Elles ne constituent pas une prise de position en faveur ou défaveur d’un candidat et n’engagent pas l’IEM, qui ne prend parti pour aucun candidat, conformément à sa vocation d’éducation économique.

Hervé Mariton a été le premier à répondre à l’invitation, et c’est le 7 juin dernier qu’il s’est exprimé à la Maison des Mines et des Ponts et Chaussées. Présent dans l’auditoire, j’ai écouté attentivement ce qu’a dit le candidat. Mon propos n’est pas de passer en revue l’ensemble des réformes préconisées pour les juger et, au final, donner une bonne ou une mauvaise note.

En revanche, je pense que la mise en œuvre des changements nécessaires pour remettre la France sur les bons rails sera surtout une question de méthode. De conduite du changement, pour reprendre une expression qui fait florès dans les entreprises. C’est sur ce point que portera mon regard.

L’esprit général

Hervé Mariton a donné le ton dans une tribune publiée dans Les Échos du 24 mai 2016. Il y rangeait ses adversaires Sarkozy, Juppé, Fillon, Le Maire… dans la catégorie des « faux libéraux », partisans d’un « libéralisme jacobin ».

Mariton, lui, se définit comme défenseur d’une « logique de confiance dans la société civile et dans ses corps intermédiaires ». Dans son ouvrage, il défend « l’ordre spontané ». Il affirme vouloir recentrer « l’État sur ses missions régaliennes » et « faciliter l’émancipation des personnes et de la société civile ». Il y défend également la subsidiarité et veut « identifier le meilleur échelon décisionnel pour chaque sujet, en privilégiant l’échelon local chaque fois que c’est possible ».

Les mesures phares

Je l’ai dit ci-dessus, je ne vais pas regarder chacune des mesures proposées.

Citons, tout de même quelques mesures emblématiques ou originales :
-  l’instauration d’établissements publics sous contrat sur le modèle de ce qui se fait déjà pour l’enseignement privé afin de leur donner davantage d’autonomie ;
-  la participation des étudiants au financement de leur université une fois qu’ils ont obtenu un emploi ;
-  la suppression du code du travail, et la primauté donnée aux accords d’entreprises ;
-  la mise en place d’un impôt proportionnel sur le revenu (flat tax), exempt de toute niche fiscale ;
-  la mise en concurrence de Pôle Emploi.

La méthode

Dans son livre – « Le printemps des libertés. Les réformes qui sauveront la France » –, Hervé Mariton insiste sur la nécessité d’avoir « de la pédagogie et de la méthode ». Quelques lignes plus loin, il affirme proposer « un projet et une méthode ». Et il regrette que Sarkozy et Fillon n’aient pas mené à bien nombre de réformes « par manque de courage et de méthode ». Et le 7 juin, il a ajouté que « la méthode et le calendrier de la réforme sont indispensables ».

Quelle est donc cette méthode ? À vrai dire, je la cherche encore. J’ai bien écouté ce qu’a dit le député de la Drôme le 7 juin dernier, j’ai lu attentivement son ouvrage et je suis, il faut le dire, resté sur ma faim.

Certes, Mariton préconise de prendre les réformes dès le début du quinquennat pour « éviter l’opposition des corporatismes grâce à l’onction du suffrage universel ». Il dit vouloir « faire preuve de pédagogie tout au long de la campagne pour expliquer les réformes à venir ». Il entend débattre des domaines prioritaires dans lesquels l’action publique doit être repensée. Il défend l’idée d’expérimenter des mesures innovantes avant de les étendre. Il soutient le recours au référendum pour trancher des questions clivantes.

Mais comment supprimer le code du travail, abandonner la carte scolaire, réduire les effectifs de la fonction publique et réformer son statut, supprimer le collège unique, réaliser 100 milliards d’euros d’économies en cinq ans, supprimer l’ISF, supprimer les 35 heures, ne plus réévaluer le Smic tant que le chômage restera élevé, passer à la retraite à 65 ans, mettre fin au système des HLM, etc. sans jeter tous les corporatismes dans la rue, sans mobiliser tous les syndicats, sans mettre le pays à feu et à sang ?

On voit bien, avec la timide réforme El Khomri, comment certains sont capables de mener des actions parfois violentes. Bien sûr, on peut épiloguer des heures sur le moment et la façon dont cette réforme a été amenée et défendue par le gouvernement. Mais c’est bien pour cela que l’on attend de ceux qui briguent la magistrature suprême un minimum de réflexion sur le sujet.

À une question de Patrick Simon, le président de l’Aleps, sur la possibilité d’assigner en référé les syndicats pour réclamer des sanctions financières (astreinte par jour de blocage), Hervé Mariton a répondu qu’il fallait des alliés et que les corps intermédiaires étaient utiles dans un processus de réforme. « Une réforme ambitieuse, a-t-il dit, peut passer avec des alliés qu’on est allé chercher ».

Quels alliés ? On ne sait pas. On comprend qu’il pourrait s’agir des syndicats « réformateurs ». On rétorquera alors que le gouvernement actuel a l’appui de la CFDT et d’autres syndicats « modérés », mais que cela ne lui suffit pas.

Il semble donc que la méthode de Mariton consiste à mettre en œuvre, à côté de réformes libérales, des réformes conservatrices. C’est ce qu’il appelle « rassurer les Français sur certains sujets fondamentaux afin que l’idée de changement ne les plonge pas dans l’angoisse et l’insécurité ».

C’est ainsi qu’il souhaite, s’il est élu, par exemple, abroger la loi Taubira, construire 30 000 places supplémentaires de prison en dix ans, faire de la lutte contre la consommation et le trafic de drogue une priorité nationale ou encore supprimer le droit du sol.

Ce « libéral-conservatisme » suffira-t-il pour mener à bien les réformes ? On peut raisonnablement en douter. Il est fort probable, en effet, que certaines des mesures conservatrices contribuent, au contraire, à la désormais fameuse « convergence des luttes » et viennent enfler le cortège des manifestants.

Conclusion

Hervé Mariton a fait un réel travail sur son programme et propose d’ambitieuses et nombreuses réformes de fond. Mais j’aurais aimé de la part du candidat davantage de réflexion sur la nécessaire conduite du changement.

Patrick Coquart est chercheur associé à l’Institut économique Molinari.




Institut économique Molinari : proposer des solutions alternatives et  innovantes favorables à la prospérité de l’ensemble des individus composant la  société

Institut économique Molinari
Paris - Bruxelles - Montréal