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Présentation de « Pour une vraie concurrence des monnaies » (Friedrich A. Hayek)

vendredi 16 octobre 2015.

Présentation de Guillaume Vuillemey, traducteur de l’oeuvre, publiée en exclusivité sur le site de l’Institut économique Molinari.

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Dans Pour une vraie concurrence des monnaies, Hayek propose une réflexion tout à fait inédite en théorie monétaire. Avant lui, toute la théorie économique a pris pour acquis, explicitement ou implicitement, l’idée selon laquelle une monnaie ne peut être émise que par un monopole. En d’autres termes, qu’il ne peut y avoir qu’une seule monnaie en circulation sur un territoire donné. Dans cet ouvrage, Hayek propose au contraire l’établissement d’une liberté monétaire et bancaire totale, qui se traduirait notamment par l’émission concurrentielle de monnaies distinctes.

Il faut être clair à ce sujet : des émetteurs en concurrence n’émettraient pas tous la même monnaie, mais des monnaies distinctes, ayant des noms et des propriétés potentiellement différentes. Chaque émetteur de monnaie serait donc incité à gérer sa monnaie, notamment la quantité de sa monnaie en circulation, de manière à satisfaire au mieux les besoins du public. Un émetteur qui imprimerait de trop grandes quantités de ses propres billets verrait l’acceptabilité de sa monnaie diminuer, car celle-ci perdrait de la valeur, de sorte que les épargnants seraient incités à s’en débarrasser. Sans corriger le tir, une telle monnaie disparaîtrait purement et simplement.

Hayek pense que la concurrence monétaire permettrait de garantir une stabilité monétaire plus grande que celle rendue possible par tout autre système monopolistique. Un système monopolistique, pour Hayek, est bien trop sujet à des pressions le poussant régulièrement à abuser de ses prérogatives en matière de création monétaire. Cette création monétaire altère le fonctionnement du système des prix, créée des bulles et des crises, et anéantit sur le temps long la confiance du public dans le marché libre. La concurrence monétaire agirait au contraire, dans le domaine monétaire comme en d’autres domaines, comme un « processus de découverte » : de nouveaux moyens de mieux garantir la stabilité monétaire émergeraient.

Face à un tel ouvrage, l’enjeu n’est pas tant de savoir si l’on est pour ou contre, mais de se laisser pénétrer par une réflexion riche et provocante. Si la concurrence est toujours bonne et le monopole toujours condamnable, pourquoi en serait-il différemment dans le domaine monétaire ? Voilà ce que nous demande Hayek.

La place de Pour une vraie concurrence des monnaies dans l’œuvre de Hayek est tout à fait singulière. Quand l’ouvrage parait au milieu des années 1970, Hayek a délaissé la théorie économique pure depuis longtemps, et se consacre essentiellement, après la Seconde guerre mondiale et jusque dans les années 1970, à sa théorie de l’ordre social, notamment à son maître-livre, Droit, législation et liberté. S’il revient à la théorie monétaire dans les années 1970, c’est parce que les questions monétaires sont liées à l’avenir de la société libre. Une création monétaire illimitée (en 1971, Nixon a suspendu la convertibilité-or du dollar américain, ouvrant la voie à de pures monnaies-papier inconvertibles) perturbe le système des prix, et anéantit sur le long-terme l’ordre de marché. L’État croît aux dépends du marché chaque fois qu’une nouvelle bulle éclate, et la société libre en sort diminuée. Hayek écrit son ouvrage dans l’urgence, et nous dit que « le futur de la civilisation » dépend de la question monétaire. Si la stabilité monétaire n’est pas retrouvée, le marché sera peu à peu anéanti.

Notons pour conclure que la concurrence monétaire est un sujet d’une actualité brûlante, et qui devrait prendre une importance de plus en plus grande dans les années à venir. Le développement de monnaies électroniques, telles que le bitcoin, en témoigne. Leur importance reste limitée aujourd’hui, mais le développement des technologies de cryptage ou la volonté de certaines institutions gouvernementales de tendre vers la suppression des espèces pourraient renforcer l’attractivité de ces nouvelles monnaies « sans État ». Les réflexions théoriques de Hayek sur la concurrence des monnaies sont indispensables pour penser ces enjeux.

Pour une vraie concurrence des monnaies , Friedrich A. Hayek, PUF, 2015. Traduit de l’anglais par Guillaume Vuillemey avec une préface par Pascal Salin.




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