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Pourquoi l’inflation officielle et votre pouvoir d’achat divergent ?

mardi 3 mai 2011.

Article de Simone Wapler publié dans le MoneyWeek, le 5 avril 2011.

rien

« Écrire à propos de l’inflation consiste à écrire sur la capacité sans limite des gens à se faire duper par les politiciens ». Je prends cette citation à Irwin Schiff*.

Souvenez-vous… 2007, le pétrole s’approche des 80 $ le baril et la grogne monte. Les chiffres de l’inflation ne correspondent plus à l’expérience quotidienne. Le futur président Nicolas Sarkozy – alors en campagne – nous diagnostiquait un « problème de pouvoir d’achat ».

Quatre ans plus tard, même malaise… et mêmes causes. Mais avant de plonger dans les causes, permettez-moi une petite mise au point.

À graver dans le marbre : l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire

L’inflation est créée par ceux qui battent monnaie.

Pour ce faire, c’est très simple : on crée de la monnaie à partir de rien, de la monnaie qui ne correspond à aucune richesse, aucun travail, aucune valeur ajoutée. « Out of thin air », disent joliment les Anglo-saxons, « à partir de rien ».

Même du temps où la monnaie était métallique, l’inflation existait. Très simplement : on rognait les pièces, on trichait sur la taille, sur la pureté du métal. Le procédé était assez vite repéré par la population. Savez-vous que si les pièces sont devenues crantées sur la tranche, c’est justement pour que la rogne se repère ? Si on mordait les pièces, c’était pour reconnaître du bon or pur (et donc tendre) d’un autre alliage jaune.

Pourquoi l’inflation ?

Quand un roi s’engageait dans une mauvaise guerre dispendieuse, il recourrait à l’endettement, puis à l’inflation dans la mesure où il ne pouvait pas dépouiller ou emprisonner ses créanciers. Jacques Coeur et Fouquet sont deux célèbres cas de créanciers qui ont mal fini.

En principe, une monnaie a trois rôles :
– Instrument de mesure comptable
– Instrument d’échange
– Instrument de stockage de la valeur

L’inflation permet de détruire insidieusement la troisième fonction de la monnaie. Elle favorise donc le débiteur (l’État, celui qui bat monnaie) et lèse le créditeur (le peuple, le prêteur). Elle fait croire au créditeur qu’il « en a toujours pour son argent » alors, qu’en fait, il en a moins.

Son argent perd du pouvoir d’achat au fil du temps. L’inflation dépouille sournoisement le bon peuple de ses économies, de la valeur du travail qu’il veut stocker pour l’utiliser au moment qu’il juge opportun.

L’inflation est malhonnête puisqu’elle s’apparente à de la fausse monnaie. D’une façon générale, tous les États le reconnaissent et punissent les faux-monnayeurs.

C’est le garant de la monnaie qui mesure l’inflation : cherchez l’erreur

Aujourd’hui, la monnaie n’est plus métallique, elle est de papier, fiduciaire et certains rêvent même qu’elle soit entièrement dématérialisée. Pour conserver la confiance dans la monnaie, les autorités ont créé des mesures de l’inflation. Cette mesure ne provient pas d’agences indépendantes, elle provient d’organismes publics de statistique qui mesurent précisément ce que leur autorité de tutelle leur demande de mesurer.

Vous avez déjà compris le problème : l’inflation provient de la création monétaire. La mesure de l’inflation est commandée par ceux qui la provoquent !

Elle repose sur des biais simplificateurs qui sont source d’erreur.

L’inflation pour esprit pur

Dans ce biais, on néglige l’énergie et l’alimentation. On mesure donc une hausse des prix pour esprits purs qui n’ont pas besoin de se nourrir et de s’alimenter. Ce chiffre précis et inutile permet de « communiquer » sur une valeur faible et rassurante. Si jamais les citoyens s’inquiètent, on leur ressort d’autres statistiques qui vont lui démontrer :
– Qu’il a de la chance d’être un ressortissant de pays riche et que son budget alimentation est donc très faible par rapport à celui d’un ressortissant de pays émergent ou pauvre.
– Qu’il vit dans une économie développée qui produit beaucoup de valeur ajoutée sans consommer beaucoup d’énergie.

L’effet qualité

Ce biais est beaucoup plus subtil que le précédent. Supposez une voiture d’entrée de gamme sans direction assistée, sans airbag et sans GPS qui coûte 10 000 euros. Si vous choisissez de rajouter ces options, vous devez débourser 3 000 euros supplémentaires. Une voiture équipée vaut donc 13 000 euros. Mais peut vous chaut, l’entrée de gamme vous convient parfaitement. L’année suivante, le constructeur ne vend plus la voiture d’entrée de gamme qu’avec les options direction assistée, airbag et GPS au prix de 12 000 euros.

Vous pensez que le prix de la voiture d’entrée de gamme, nécessaire au maintien de votre niveau de vie a augmenté de 20% (12 000 / 10 000). Pauvre naïf ! La voiture a baissé de 8% ! Son prix est passé de 13 000 euros à 12 000 euros.

Vous gémissez que vous ne voulez pas de ces équipements supplémentaires, que la ceinture de sécurité vous suffit, que l’airbag vous gonfle, que vos biceps vous permettent de vous passer de la direction assistée, que votre conjoint sait lire une carte routière et que vous voulez une voiture à 10 000 euros.

L’effet d’auto-ascèse

Ce troisième biais est très amusant tant il est niais. Vous avez pris l’habitude de mettre de la brioche au menu du petit-déjeuner du dimanche. Mais voilà la brioche augmente. Elle passe de 1,20 euro à 1,50 euro. 25% d’augmentation, cela vous attriste, mais, courageusement, vous décidez que votre famille se passera désormais de brioche, au moins un dimanche sur deux.

Votre organisme statistique le sait ! Votre panier moyen va contenir moins de brioche. Le poids (statistique) de la brioche dans votre panier va diminuer. Vous consommez deux fois moins de brioche, donc on se fiche que la brioche augmente. Exit la brioche de l’écran radar de votre organisme statistique.

L’effet pondération

Un quatrième biais, très classique tient au dosage. Les indices statistiques adorent mesurer des prix qui baissent, mais qui concernent des objets que vous consommez peu : téléphones mobiles, tablettes, télévisions à écran plat, gadgets divers réalisés dans des pays à bas coûts de main-d’oeuvre.

En revanche, en France, par exemple, les indices estiment que vous ne consacrez que 13% de votre budget à l’habitation. Visiblement, aucun fonctionnaire de l’INSEE n’a eu à attester que le prix du loyer de l’appartement qu’il visait (ou les remboursements de l’emprunt qu’il demandait) pesait moins de 30% de ses revenus nets !

L’effet d’omission

Un cinquième biais évite de prendre en compte de multiples dépenses auxquelles on vous contraint, sous peine de sanction. Dépenses liées à votre sécurité ou même impôts parfois déguisés : dans cette case rentrez les assurances, les taxes diverses sur icelles, les travaux de sécurité que votre copropriété ou la loi vous impose. Pensez au plomb, à l’amiante, aux termites, aux entourages de piscine, aux portes d’ascenseur, aux ramonages de cheminées, aux changements de normes électriques, aux obligations de ventilation dans les pièces humides… tous ces dangers pour lesquels il vous faut payer.

La révolte gronde

Un phénomène de ras-le-bol tend à se généraliser, même dans les pays dits riches et développés, pourtant peu prompts à la révolte.

C’est que le grand écart est de plus en plus difficilement tenable. Car autrefois, l’inflation des batteurs de monnaie fiduciaire c’était la hausse des prix ET des salaires. Avec juste un petit retard dans le temps des salaires sur les prix. Cela favorisait les emprunteurs privés. Ceux qui ont vécu la période 1974-1985 se souviennent d’avoir acheté de l’immobilier sans avoir trop souffert.

Mais maintenant c’est différent. L’inflation c’est la hausse des prix SANS la hausse des salaires. D’où la grogne puisque personne n’y trouve son compte.

Un Google de la hausse des prix

En novembre dernier, le Massachusetts Institute of Technology a libéré les premières données de son Billion Prices Project ou « 1 milliard de prix ». Il s’agit d’un programme qui traque les prix sur le web.

Objectif selon ses promoteurs, deux professeurs de la Sloan School of Management du MIT, Robert Rigobon et Alberto Cavaloo : faire mieux que le Bureau of Labor Statistics. Cet organisme traque 20 000 prix physiquement ou par téléphone et les agrège pour sortir tous les mois le CPI (Consumer Price Inflation) officiel des États-Unis.

Le Billion Prices Project collecte quotidiennement les prix en ligne de 5 millions d’articles en provenance de 70 pays : produits électroniques de consommation courante, produits alimentaires et biens vendus dans les supermarchés, vêtements, transports, voyages…

Le logiciel scanne les codes des pages web pour les prix et examine les données sur la description du produit, les tailles, les marques.

Alberto Cavallo, d’origine argentine, a connu un pays en faillite et en hyperinflation, et espère bien que son projet essaimera « pour compléter les méthodes traditionnelles » !

Quant à nous, à MoneyWeek, nous avons décidé de mesurer certains prix et de les publier régulièrement afin que vous puissiez cerner objectivement ce que vous coûte le maintien de votre niveau de vie. Un indice à retrouver tous les mois dans MoneyWeek.

(*) Je conseille à tous ceux qui veulent approfondir la question de l’inflation de commander l’excellent ouvrage d’Irwin Schiff Le Royaume de Moltz.



Documents
Pourquoi l’inflation officielle et votre pouvoir d’achat divergent | MoneyWeek
Type : HTML (75.4 ko)
Mis à jour le : 5 avril 2011




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