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Pourquoi choisir la liberté économique

par Cécile Philippe
jeudi 3 décembre 2015.

Texte d’opinion publié en exclusivité sur le site de l’Institut économique Molinari.

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Alors que la liberté d’expression et plus généralement les libertés civiles sont plébiscitées par les Français, le libéralisme économique, quant à lui, continue de susciter la suspicion voire le rejet chez la plupart des gens, y compris à droite. Ce terme est, en effet, connecté à des questions difficiles comme la mondialisation, le profit, les délocalisations, la loi du plus fort, etc., et génère des sentiments négatifs comme la peur ou l’envie.

Du coup, pour pallier aux défauts d’un libéralisme « débridé », l’État apparaît comme le moyen d’en soigner les maux. Mais la régulation étatique présente un défaut majeur par rapport au libéralisme : elle est beaucoup moins réaliste. La philosophie libérale ne promet pas une société parfaite et ne prétend pas offrir des réponses idéales aux défis qui se posent à nous. Au contraire, partant de l’observation que nous ne sommes ni omniscients ni forcément vertueux, les solutions libérales offrent simplement davantage de flexibilité et de garde-fous. Cela permet de construire des sociétés qui, sans être parfaites, peuvent prospérer.

Évidemment, cela peut paraître moins attrayant d’offrir des solutions raisonnables et flexibles que d’offrir des solutions supposées idéales et parfaites. Là est une première impression dont il faut impérativement se libérer car comme nous le disent nombre de psychologues, c’est le moyen le plus sûr de créer son propre malheur voire de tomber en dépression. On peut d’ailleurs se demander si la forte consommation d’antidépresseurs en France n’est pas d’une façon ou d’une autre liée à cette recherche inaccessible de la perfection. C’est bien connu, chercher à obtenir quelque chose, qui par définition est impossible à avoir, ne peut que susciter frustration, colère et finalement apathie.

Or, le mépris pour la liberté dans le domaine économique vient certainement et au moins en partie de la croyance en un État parfait qui saurait trouver les solutions idéales à tout problème posé. Il suffit de voir la façon dont a été abordée la énième réforme du collège. Plutôt que de considérer que l’Éducation nationale a avant tout besoin de diversité, la nouvelle réforme impose à tous les collèges de France des programmes modifiés qui ne peuvent évidemment pas convenir à tous. Pourquoi décider de supprimer certaines disciplines – Latin, Grec, 1ère langue – qui, à défaut de convenir à tous, intéresseront certains élèves. De même, en matière de santé, conformément au vaste mouvement engagé dans les années 1990, le système perd de plus en plus de flexibilité au fur et à mesure que le pouvoir est concentré au sein des Agences régionales de santé publique.

Or, justement la société française souffre avant tout de son État qui à force de croître à tort et à travers, à force d’intervenir pour un oui ou pour un non, empêche les autres institutions concurrentes de jouer leur rôle et les individus d’exprimer leurs choix, d’être en contrôle de leur vie.

Ces institutions, de la coopérative fondée sur l’autogestion, à l’entreprise, à la famille, aux syndicats, en passant par les associations sans but lucratif ou autres mutuelles, ont vu leur rôle diminuer au fur et à mesure qu’on avançait dans le 20ème siècle.

Ce modèle institutionnel concurrentiel – défendu par des économistes français comme Bastiat, Comte ou Dunoyer ou encore le prix Nobel 1974 Friedrich Hayek – est le type même du choix libéral. Il reconnaît simplement qu’aucune institution n’est parfaite et capable à elle seule de résoudre les myriades de problèmes qui se posent à nous quotidiennement. C’est en quelque sorte un choix humble et pragmatique. Nos sociétés complexes ont un défi à surmonter, elles ne peuvent pas fonctionner sur le modèle de la tribu où tout le monde se connaît. Elles ont besoin d’outils sophistiqués comme l’institution de la propriété, qui génère la responsabilité, ou encore le système de prix.

Ces derniers sont essentiels à ce qu’on appelle le calcul économique, sans lequel le risque est de gaspiller les ressources de façon incommensurable. Or, justement, au fur et à mesure qu’une société s’étatise, les prix perdent de leur substance et se révèlent incapables d’orienter intelligemment l’allocation des ressources. La sphère publique, chargée de multiples objectifs souvent contradictoires s’éloigne des conditions réelles du marché et donc d’une gestion parcimonieuse des ressources. Dans le secteur public, les décisions sont prises par des individus qui n’assument pas patrimonialement les erreurs. La mise en place d’impôts supplémentaires peut permettre d’éponger les erreurs, ce qui limite fortement l’incitation qu’il y a à faire un usage efficace des ressources.

Il est temps de comprendre en France que le libéralisme économique s’inspire de la même philosophie que le libéralisme social bien compris. Ses solutions ne sont pas parfaites, mais elles créent un cadre institutionnel flexible et responsable qui favorise l’adaptation aux conditions réelles de l’existence.

Cécile Philippe est directrice générale de l’Institut économique Molinari et auteure de Trop tard pour la France ? Osons remettre l’État à sa place aux Belles lettres.




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