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Politique agricole et aide au développement : Incohérences politiques et économiques

par Radu Nechita
jeudi 15 décembre 2005.

Article publié exclusivement sur le site de l’Institut économique Molinari.

Les responsables politiques européens et français manifestent leur préoccupation concernant la situation difficile des pays en développement. La solution qui retient leur attention est l’augmentation de l’aide internationale, en imaginant en ce sens de nouveaux impôts (Taxe Tobin, taxe sur les billets d’avion, taxe sur les flux de données sur Internet, etc.).

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Les responsables politiques européens et français manifestent leur préoccupation concernant la situation difficile des pays en développement. La solution qui retient leur attention est l’augmentation de l’aide internationale, en imaginant en ce sens de nouveaux impôts (Taxe Tobin, taxe sur les billets d’avion, taxe sur les flux de données sur Internet, etc.). Quelle que puisse être l’efficacité de l’aide internationale, il est contradictoire de prétendre aider les pays pauvres tout en pratiquant une politique agricole anticoncurrentielle.

Selon le Rapport mondial sur le développement humain, édition 2005, « le problème fondamental à aborder dans les négociations de l’O.M.C. sur l’agriculture peut être résumé en quelques mots : les subventions des pays riches. Lors du dernier cycle de négociations, les pays développés ont promis de supprimer les subventions à l’agriculture. Depuis lors, ils les ont augmentés ! Ils dépensent aujourd’hui un peu plus d’un milliard de dollars par an en aides à l’agriculture dans les pays pauvres et un peu moins d’un milliard de dollars par jour en subventions à la surproduction nationale – un échelonnage des priorités moins approprié est difficile à concevoir. Pour envenimer la situation, les subventions de pays riches détruisent les marchés dont dépendent les petits producteurs des pays pauvres, faisant chuter leurs prix et leur refusant ainsi une part équitable des bienfaits du commerce mondial. » [1]

Par leurs politiques agricoles, les pays riches bloquent l’accès à leurs marchés pour les produits en provenance des pays pauvres. Cela constitue un frein au développement de ces derniers. En effet, pour plusieurs pays pauvres, l’agriculture représente un des rares domaines où leurs entreprises sont compétitives. Selon le RMDH 2005, plus de 50 pays en développement dépendent de l’agriculture pour au moins un quart de leurs revenus provenant de l’exportation. Plus exactement, il s’agit de centaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants, car plus de deux tiers de ceux qui vivent avec moins d’un dollar par jour habitent et travaillent dans des régions rurales en tant que petits fermiers où travailleurs agricoles. (RMDH, 2005, p. 138).

Privés de la possibilité d’exporter des produits agricoles sur les marchés européens, américains, japonais, comment les peuples des pays pauvres pourraient-ils se procurer les devises pour importer la technologie nécessaire à leur développement ? « Ainsi, la marginalisation [dans le commerce mondial] peut se transformer en une marginalisation technologique qui portera préjudice à la répartition des revenus mondiaux et à la réduction de la pauvreté » (RMDH, 2005, p. 127). Plus important encore que la technologie, le cadre institutionnel existant dans les pays en développement augmente ou réduit leurs chances de rattrapage, selon qu’il permet une liberté économique plus ou moins grande. C’est la conclusion de deux rapports internationaux, Index of Economic Freedom et Economic Freedom of the World [2].

Le problème du protectionnisme agricole est aggravé par les surplus agricoles des pays riches. Dans le cas de la PAC, le mécanisme est le suivant : les agriculteurs européens bénéficient des prix garantis supérieurs aux prix de marché (environ quatre fois plus élevés, pour le sucre, par exemple). Cela génère un excédent de production qui peut être vendu seulement à l’étranger, à condition de réduire le prix de vente par des subventions à l’exportation (un milliard de dollars pour le sucre). Les excédents artificiels européens mettent la pression sur les marchés internationaux, font baisser les prix des produits agricoles et diminuent donc les recettes des pays en développement. Dans ces pays, où des centaines de millions de personnes ont un revenu inférieur à un dollar par jour, les conséquences d’une diminution des prix à l’exportation peuvent faire la différence entre la vie et la mort.

Une contradiction frappante existe entre les déclarations officielles qui mettent en avant la nécessité d’aider les pays pauvres et les politiques agricoles adoptées : l’aide internationale reçoit des ressources 100 fois inférieures aux aides agricoles qui, en fin de compte, ruinent l’agriculture des pays pauvres. En effet, au niveau mondial, les aides agricoles des pays développés s’élèvent à 350 milliards de dollars selon le RMDH 2005 ou 279 milliards de dollars selon l’O.C.D.E. Au niveau européen, selon le site de la Commission Européenne, le Budget 2005 de l’Union prévoit 53.723.619.509 euros pour l’agriculture et le développement rural, tandis que l’aide humanitaire s’élève à 513.300.380 euros.

Un nombre croissant de partenaires européens de la France partage cette analyse. Notre politique agricole est insoutenable à long terme et il serait temps d’admettre la réalité. Les pays pauvres ont assez subi les méfaits du protectionnisme agricole des pays développés. Si leur développement constitue vraiment une priorité pour nous, ouvrons nos marchés à leurs produits agricoles. La Conférence Interministérielle de l’O.M.C. qui a lieu en ce moment à Hong Kong (13-18 décembre 2005) pourrait constituer une occasion en ce sens.

Radu Nechita, Institut Economique Molinari

[1] RMDH 2005, p. 10.
[2] Voir www.heritage.org et, respectivement, www.fraserinstitute.org.



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