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Obama relance l’État-providence, pas l’économie !

par Guillaume Vuillemey, Valentin Petkantchin
jeudi 22 janvier 2009.

Article publié dans Le Figaro le 22 janvier 2009. Une version de cet article a aussi été publiée par CFO-news.com le 23 janvier 2009.

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Devant plus de deux millions de personnes venues l’acclamer, Barack Obama a réaffirmé sa volonté de redresser les États-Unis. S’il a conscience que « l’économie américaine est sévèrement affaiblie », il est néanmoins resté évasif sur les moyens de retrouver la croissance et le plein-emploi. Dans son esprit, l’enjeu majeur tient à la relance de la consommation. Mais derrière le plan conçu pour y parvenir, se cache en réalité une série de programmes sociaux dont la rentabilité économique est loin d’être évidente.

Dans son discours d’investiture, Barack Obama a brièvement évoqué la « nécessité de mesures audacieuses et rapides ». Il s’agit là d’une référence au plan de relance dont il a eu l’initiative et dont le Congrès devrait débattre prochainement. De quoi s’agit-il ? Au total, 825 milliards de dollars ; soit 5,8% du PIB, seront dépensés sur deux ans pour tenter de relancer la consommation et, in fine, la croissance. Obama espère créer au passage entre trois et quatre millions d’emplois.

Ce plan se décompose lui-même en deux volets. D’une part, une série de dépenses sociales et d’investissements. Les premières, soit 342 milliards de dollars, constituent l’essentiel des mesures qui seront prises : extension de l’assurance-maladie et des droits d’assurance chômage, hausse des dépenses d’éducation.

La part consacrée aux investissements est, elle, relativement modeste comparée à l’enveloppe globale : « seulement » 144 milliards de dollars, soit un sixième du total. Ces fonds permettront de réaliser de grands travaux d’infrastructures, pour accélérer les économies d’énergies, moderniser les transports, construire des routes et des ponts, ou développer l’informatisation médicale.

L’ensemble s’apparente donc davantage à un ensemble de mesures sociales qu’à un plan de relance tel qu’on le conçoit par exemple en France. Ceci est d’autant plus vrai que les « baisses d’impôts » (pour environ 275 milliards de dollars, soit un tiers du plan), qui constituent le deuxième volet du plan, ne sont pas de vraies baisses d’impôts.

Tout d’abord, il s’agit d’un crédit d’impôt, d’un « chèque » – de 500 dollars par personne ou de 1000 dollars par couple – qui sera envoyé même si la personne ne paie aucun impôt. Par conséquent, pour une partie de cette somme, il s’agira en réalité d’une nouvelle dépense publique au lieu d’une véritable baisse d’impôt. Et pour la financer, des ressources fiscales devront bien être prélevées ou empruntées ailleurs, et rendues ainsi indisponibles pour les entreprises sur le marché.

D’autre part, de telles baisses d’impôt pourraient bien redistribuer du pouvoir d’achat. Mais elles ne seront pas une solution pour sortir l’économie américaine de la crise. Une grande partie des Américains les dépenseront sans doute pour acheter des produits étrangers, auquel cas cela sera sans effet pour les États-Unis et n’aura qu’un effet éphémère à l’étranger.

Mais plus important encore. Contrairement à des baisses des taux d’imposition – par exemple de l’impôt sur les gains en capital, de l’impôt sur les sociétés ou de l’impôt sur le revenu – les « baisses » d’Obama ne changent pas fondamentalement les incitations à investir, entreprendre et produire davantage. Sans un tel changement, la reprise économique ne sera pas au rendez-vous comme elle l’a été après les baisses des taux d’imposition de Kennedy dans les années 1960 ou de Reagan dans les années 1980.

Au-delà des dépenses d’investissements en infrastructures – dont l’efficacité aussi reste critiquable –, il s’agit de la création de nouveaux programmes sociaux, dont la rentabilité économique ne peut même être revendiquée. N’est-il pas insensé de penser relancer l’économie – et de créer des emplois pérennes – en dépensant ainsi, de manière non rentable ?

Au final, on assiste donc à un renforcement prononcé de l’État-providence. Une réalité qui contraste avec certains aspects du discours. Barack Obama a ainsi vanté « les individus qui ont prit des risques et ceux qui ont entrepris ». Il a en outre plaidé pour une « utilisation efficace de l’argent public ».

L’État américain s’endettera pourtant pour jeter des milliards afin de favoriser la consommation de ses citoyens, déjà très fortement endettés eux-mêmes. Le déficit public ainsi explosera passant de 3 % en 2008 à 8 % en 2009. Cet endettement et les dépenses publiques qui s’ensuivront auront pour conséquence inévitable de distordre davantage le marché et l’appareil de production.

La course mondiale à l’endettement, dans laquelle les États-Unis sont dans le peloton de tête, risque d’assécher les ressources à la disposition des entreprises. Le risque d’une nouvelle bulle des dettes de l’État pourrait bien prendre forme, avec des conséquences désastreuses pour la sortie de la crise actuelle. Risques qu’Obama s’est bien gardé de mentionner lors de son discours d’investiture.

Valentin Petkantchin, directeur de la recherche, Institut économique Molinari, et Guillaume Vuillemey, chercheur, Institut économique Molinari.




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