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Nous sommes médecins, de grâce, laissez-nous travailler !

mercredi 3 juillet 2013.

Texte d’opinion de René Frydman, Laurent Sedel et Guy Vallancien publié le 28 juin 2013 dans Les Échos.

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Nous, chirurgiens et médecins, témoins ou acteurs d’innovations marquantes dans nos domaines d’expertise, sommes désemparés devant l’attitude de l’agence sanitaire en charge de la sécurité des produits médicaux.

Échaudée par de multiples affaires, du Mediator aux prothèses mammaires PIP, où son autorité ne brilla guère, l’administration tente aujourd’hui de se refaire une virginité en agressant violemment un fabricant de prothèses de hanche, industriel respectable et respecté, dont le crime majeur fut de ne pas fournir les documents administratifs d’un produit déjà marqué et vendu, dont une modification mineure n’exposait en rien les opérés, mais était susceptible d’améliorer la longévité du matériel implanté. Nul décès, nulle reprise opératoire, nul retrait du matériel, ladite agence clamant elle-même haut et fort l’absence de tout danger sanitaire !

Délire médiatique insupportable pour se rattraper d’avoir manqué d’autres contrôles autrement utiles, aux conséquences inévitables et malheureuses. Avec comme conséquence l’inquiétude de centaines de malades qui marchent avec cette prothèse et un risque vital pour l’entreprise française mise en cause publiquement. Une simple régularisation eût été possible sans alerter sciemment les médias.

Surprotéger en appliquant à tout-va le fameux principe de précaution est délétère dans le champ d’action qui est le nôtre, la chirurgie. La prothèse cardiaque inventée en France et produite par un industriel français sera testée ailleurs, les prothèses de hanche revêtues d’un produit antibactérien original n’ont pas le droit d’être essayées chez nous. Pourquoi ? Qui s’arroge la compétence d’en décider ainsi ?

Après de nombreuses études en laboratoire, les essais cliniques sont initiés avec l’accord des patients, qui ont parfaitement le droit de refuser. Mais qui décide de leur interdire l’accès à un éventuel progrès ? Des administratifs frileux et des experts éloignés des réalités, séparés des industriels décrétés comme étant de vulgaires corrupteurs, plus enclins à se protéger qu’à accompagner les innovations.

La France prend du retard, alors que les chirurgiens et les patients, comprenant les bénéfices qu’ils peuvent tirer des innovations, gardent le courage d’essayer, de tenter pour progresser. Pour innover dans notre domaine, il faut une certaine dose d’anticonformisme et de courage. Les prothèses, les dispositifs médicaux, les stratégies thérapeutiques innovantes ne rentrent pas facilement dans un système normé réglementaire. On ne possède pas a priori toute la connaissance. Il nous faut tâtonner, adapter, réviser.

Les premières transplantations rénales, cardiaques et hépatiques, les premiers cristallins artificiels, les premières fécondations in vitro, les premières opérations par coelioscopie, les premières greffes faciales, les premières valves cardiaques biologiques, le remplacement de la trachée par une aorte ou les premières prothèses de hanche, souvent françaises, sont devenues des opérations de « routine » parce que quelques-uns avaient osé se lancer pour la première fois.

Refusons-nous tout contrôle ? Non, bien sûr. Il est nécessaire d’encadrer et de vérifier les innovations, mais pas n’importe comment, ni par n’importe qui. Une administration doit d’abord être compétente pour pouvoir évaluer, comme nous, les avantages et les risques, dont les patients doivent être informés, y compris des incertitudes consubstantielles à l’innovation. Mais, de grâce, qu’il soit « interdit d’interdire » a priori et sans retour. Sinon, les essais seront faits ailleurs, la médecine française y perdra en renommée et en qualité et l’industrie française y perdra en visibilité et en emplois.

Principe de précaution pour le citoyen, peut-être, mais probable perte de chances pour le malade. La vraie précaution n’est-elle pas justement d’aller de l’avant, d’explorer les voies nouvelles sans peurs irraisonnées ? La peur n’évite pas le danger. Elle peut, en l’occurrence, le créer !

René Frydman est professeur émérite d’obstétrique à l’université Paris Sud. Laurent Sedel est pofesseur émérite de chirurgie orthopédique à l’université Paris Diderot. Guy Vallancien est professeur d’urologie à l’Université Paris Descartes.



Documents
Nous sommes médecins, de grâce, laissez-nous travailler !, Points de vue
Type : HTML (20 octets)
Mis à jour le : 28 juin 2013




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