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N’ayons pas peur de la concurrence des caisses automatiques dans les supermarchés !

par Edmond Fitte
jeudi 17 mai 2007.

Article publié exclusivement sur le site de l’Institut économique Molinari.

Les manifestations du 13 avril dernier de caissières syndiquées contre l’arrivée des caisses automatiques dans les supermarchés ont suscité une certaine émotion dans les médias. Selon la CFDT, ce phénomène supprimerait dans les cinq ans la moitié des 400 000 emplois de la grande distribution, qui nécessiteraient donc d’être « protégés ». Pourtant, au-delà de l’émotion, ce type de « protectionnisme » serait un mauvais choix économique.

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Les manifestations du 13 avril dernier de caissières syndiquées contre l’arrivée des caisses automatiques dans les supermarchés ont suscité une certaine émotion dans les médias. Les emplois qui seraient « menacés » concerneraient essentiellement des femmes, avec de petits contrats et souvent en situation de foyer monoparental. Selon la CFDT, ce phénomène supprimerait dans les cinq ans la moitié des 400 000 emplois de la grande distribution, qui nécessiteraient donc d’être « protégés ». Pourtant, au-delà de l’émotion, ce type de « protectionnisme » serait un mauvais choix économique.

La peur de la machine qui menace l’emploi est loin d’être nouvelle : au début du dix-neuvième siècle déjà, le mouvement des « Luddites » se révoltait contre la mécanisation des métiers à tisser. L’argument consistait à dire que les machines concurrençaient de manière déloyale les ouvriers – qui se retrouvaient sans travail – tout en détruisant le savoir-faire d’un métier.

Cette mécanisation a pourtant induit une baisse considérable du coût de production du textile et de son prix, et donc permis aux populations – notamment les plus pauvres – d’avoir accès à des vêtements très bon marché. Mais les bénéfices ne s’arrêtaient pas là car cela leur permettait de pouvoir changer leurs habits et de les laver plus souvent : un grand pas donc en avant en termes d’hygiène, de bien-être, etc. Bref, autant d’arguments oubliés par les Luddites.

Dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, seul le verdict des consommateurs pourra nous dire s’il s’agit d’une réelle innovation ou pas. Si le client n’est pas mieux servi par les machines, les enseignes elles-mêmes n’hésiteront pas à conserver les emplois des caissières, sans qu’il y ait donc besoin d’une intervention quelconque des pouvoirs publics pour les « protéger ».

Mais il ne faut évidemment pas oublier les effets positifs possible d’une telle innovation. Les clients pourraient en effet gagner directement à l’installation des caisses automatiques : réduction de l’attente pour faire ses courses avec un plus grand nombre de caisses disponibles, une plus grande diversité dans les possibilités de paiement, etc. Par une meilleure qualité ou une baisse des coûts, le progrès technique a historiquement toujours permis d’échanger plus, d’échanger mieux et donc contribué à la croissance et à l’emploi.

Même si les caisses actuelles peuvent nous sembler difficiles à manipuler pour l’instant, s’opposer au progrès technique en voulant protéger les emplois des caissières n’est pas la solution. Imaginez si un jour nous avions des puces intégrées à l’emballage permettant de détecter les produits achetés et de débiter automatiquement votre carte de paiement de manière fiable, le temps de franchir la sortie du magasin. Au lieu de rester dans une file d’attente, les clients auraient plus de temps disponible pour se retrouver en famille ou se consacrer à une autre activité !

Mais, la production et la maintenance de ces automates génèrent aussi de nouveaux emplois – que le « protectionnisme » empêcherait d’être créés – dans une ou plusieurs nouvelles branches. Rappelons-nous que les pertes d’emplois dues à l’apparition du métier à tisser mécanique au début du dix-neuvième siècle ont été plus que compensées par des emplois dans de nouvelles industries. Aurait-il fallu interdire l’automobile pour protéger les emplois des fabricants de charrettes ou l’électricité pour protéger ceux des fabricants de bougies ?

Cependant, si les caisses automatiques permettent des gains de productivité et se transforment en réduction de coûts pour servir les clients, cela dégage du pouvoir d’achat permettant de financer de nouveaux projets, y compris dans le domaine de la grande distribution. Ils devraient logiquement inciter, par exemple, les grandes surfaces à s’agrandir, à ouvrir des structures supplémentaires ou à proposer de nouveaux services et donc créer de nouveaux emplois.

Cette création est cependant largement entravée par le marché du travail français, qui est extrêmement rigide. Le coût du travail est élevé et le droit du travail bien complexe, à cause, entre autres, des 35 heures ou de nombreuses dispositions faisant obstacle au licenciement et à une gestion plus flexible de la main-d’oeuvre.

Paradoxalement les législations « sociales » induisent un effet pervers en augmentant le coût de la main-d’oeuvre qu’elles imposent aux entreprises. Non seulement elles freinent la possibilité d’embauches et la création de nouveaux emplois mais elles poussent littéralement à remplacer le travail – rendu trop « cher » – par des machines !

La concurrence des caisses automatiques devrait être perçue comme une opportunité – dont seules la liberté d’entreprendre et la liberté de choix des consommateurs nous dira si elle est réelle – pour consacrer notre énergie à des tâches plus valorisantes et donc à créer plus.

Si les syndicats voulaient effectivement aider les emplois des caissières, ils auraient mieux fait de remettre en question la rigidité de la législation sur le marché du travail au lieu de s’attaquer aux machines. Malheureusement, vouloir s’y accrocher nous empêche de saisir ces opportunités de progrès et de dynamisme économique, et même pire : elle nous a peu à peu habitués à refuser de les voir.

Edmond Fitte, Institut économique Molinari




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