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Mittal : hostile ou amical ?

par Pierre-Louis Boitel
jeudi 9 février 2006.

Article publié exclusivement sur le site de l’Institut économique Molinari.

En offrant de racheter la société Arcelor, les dirigeants de Mittal Steel ont provoqué l’effervescence dans les milieux financiers et politiques. Arcelor, à capitaux européens, est le numéro un mondial de l’acier en terme de chiffre d’affaire.

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En offrant de racheter la société Arcelor, les dirigeants de Mittal Steel ont provoqué l’effervescence dans les milieux financiers et politiques. Arcelor, à capitaux européens, est le numéro un mondial de l’acier en terme de chiffre d’affaire. Mais Mittal Steel, société presque entièrement bâtie de la main de l’industriel d’origine indienne Lakshmi Mittal, le dépasse sur le plan du tonnage.

Les voix ne manquent pas pour critiquer l’opération en levant l’étendard du « patriotisme économique » : à les entendre, cette offre d’achat serait « hostile », effectuée « sans concertation » ; une « bataille » serait engagée entre les deux géants de l’acier : bref, il faudrait « sauver » Arcelor du « prédateur » étranger. Cette rhétorique guerrière est tout à fait inappropriée. Elle a pour conséquence de faire passer pour violents des actes pacifiques et de brouiller l’idée que les gens se font de ce genre d’opérations.

Tout d’abord, la différence entre une une offre publique d’achat (OPA) « hostile » et une OPA « amicale » est bien ténue : elle ne porte que sur l’avis des dirigeants de l’entreprise cible. C’est en effet le conseil d’administration de celle-ci qui qualifie après examen l’offre d’hostile ou d’ amicale : celui qui la fait n’en sait rien à l’avance.

En réalité, une OPA ne peut pas être fondamentalement hostile [1]. Comme son nom l’indique, il s’agit d’une simple proposition, par laquelle les dirigeants de Mittal Steel proposent d’acheter les actions Arcelor à leurs propriétaires. Personne ne contraint les actionnaires actuels à les vendre. Ils sont parfaitement libres de refuser l’offre. Une fois celle-ci officiellement déposée, elle deviendra irrévocable mais à durée limitée. Les actionnaires d’Arcelor décideront alors, individuellement, de vendre ou non leurs titres. Il n’y a donc rien de particulièrement menaçant dans cette opération.

Les réactions de la classe politique, qui voudrait bien empêcher cette opération, sont encore moins pertinentes : « un naufrage » pour les uns, une opération « absurde » pour les autres.

Ces commentaires sont à juger à la lumière de l’histoire même du groupe Arcelor qui depuis au moins trente ans n’est qu’une longue succession de fusions, d’absorptions et d’OPA internationales, comme l’absorption de Maxhütte et d’Ucin par Arbed, celle de Sollac, Ugine et Cockerill-Sambre par Usinor, la fusion de Sacilor et Usinor et celle qui a donné naissance à Arcelor en 2002, la fusion d’Arbed, Aceralia et Usinor. Mentionnons enfin qu’en septembre 2005, Arcelor lançait une OPA hostile sur la société canadienne Dofasco !

Toutes ces opérations passées ont-elles été autant de « naufrages » et « d’absurdités » ?

En réalité, il n’y a pas de raison particulière de s’inquiéter du devenir d’Arcelor en tant qu’entreprise, si Mittal en prend le contrôle. Après tout, Monsieur Mittal a prouvé par les faits qu’il était l’un des meilleurs experts actuels de l’industrie sidérurgique. Et surtout, il engage ses propres biens dans cette affaire, de sorte que c’est lui qui subira personnellement l’essentiel des pertes financières en cas d’échec. Il a donc tout intérêt à ce qu’Arcelor prospère de plus belle une fois sous son contrôle, et soit réellement un fleuron de l’industrie européenne et mondiale.

[1] Il s’agit en réalité ici d’une offre mixte OPA – OPE (offre publique d’échange), dans laquelle le paiement se fera partiellement en titres de la société Mittal, mais cela ne change rien à notre propos.



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