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Marché postal : le contre-exemple français

par Guillaume Vuillemey
mardi 7 juillet 2009.

Article publié dans l’AGEFI, le 22 mai 2009.

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Le paradoxe du marché postal est une question plus universelle encore que le service dont tout le monde rêve. En France, la réforme de la Poste piétine une nouvelle fois. Après avoir installé une « commission pour le développement de la Poste » à l’automne dernier, le gouvernement vient de reporter la transformation de l’opérateur public postal en société anonyme. Pourtant, l’échéance prévue en 2011 pour la libéralisation du marché se rapproche à grands pas. Afin de faire face à l’ouverture à la concurrence, la Poste doit être libérée de la tutelle de l’État et devenir une entreprise concurrentielle comme une autre. Si tel n’était pas le cas, les consommateurs et les contribuables seraient les premiers à payer le prix de l’immobilisme.

Lorsqu’un secteur de l’économie est libéralisé, on entend généralement un concert de protestations la concurrence, explique-t-on, entrainera une dégradation du service et une augmentation des prix. Qu’en est-il réellement ? En vérité, si un monopole public était véritablement apte à offrir les meilleurs services aux meilleurs prix, il n’aurait aucune raison de craindre la concurrence, puisqu’il écraserait alors tous ses concurrents potentiels. Sur un marché libre, une entreprise ne peut subsister que si les services qu’elle offre satisfont les consommateurs. Contrairement à une idée trop répandue, la concurrence est un processus qui bénéficie aux consommateurs, pour peu qu’elle ne soit pas entravée par des réglementations qui en amoindrissent les effets. Les marchés postaux obéissent à la même logique. En Suède, ils ont été libéralisés en 1993, ce qui a entrainé des efforts de modernisation et de rationalisation favorables aux consommateurs. En Nouvelle-Zélande ou en Australie, des baisses de prix ont pu être constatées.

De manière similaire à ce qui s’est produit en Suisse, la perspective de l’ouverture à la concurrence a déjà conduit la Poste française à accomplir des efforts significatifs. Ainsi en 2007, 82,5 % des lettres prioritaires arrivaient en J+1, contre 65,7 en 2003. Malgré ses progrès importants, la Poste doit encore améliorer la qualité de ses services pour réussir l’échéance qui l’attend en 2011. En effet, une bonne part des services en apparence avantageux qu’elle est aujourd’hui en mesure d’offrir est en fait financée par les contribuables, via des subventions directes, ou par certains consommateurs qui paieraient des prix plus faibles sur un marché libre. A cet égard, il est important de souligner que l’organisation actuelle de la Poste implique des mécanismes de subventions croisées : par exemple, les consommateurs des zones urbaines financent une part des services offerts aux consommateurs habitant dans des régions enclavées. Il n’y a donc pas de services « gratuits » ou « moins chers » : le prix payé n’est pas le prix réel. C’est ainsi que s’expliquent les hausses apparentes de prix qui surviennent parfois après une libéralisation : en vérité, les prix réels ont baissé.

Les services aujourd’hui offerts sont définis entre la Poste et l’État français dans le cadre d’un contrat pluriannuel prévoyant des dotations de l’État. En outre, dans le cadre d’une prochaine augmentation de capital, l’État devrait apporter 1,2 milliard d’euros à l’entreprise publique, soit environ 43 euros par actif ; de son côté, la Caisse des Dépôts (CDC), un organisme public, apportera 1,5 milliard d’euros. Quant au régime de retraite des postiers, il n’est pas viable à lui seul. Si, après l’ouverture du marché, la Poste devait provisionner ces régimes, il pourrait en résulter une augmentation des prix liée, en apparence, à la libéralisation, mais en réalité causée par la sous-provision actuelle des régimes. Sans le soutien de l’État, c’est-à-dire des contribuables qui financent par leurs impôts une part de ses activités et de son développement, la Poste est donc encore loin d’être viable sur un marché concurrentiel. C’est pourquoi elle doit se moderniser et rationaliser davantage ses services et ses effectifs.

Pour cela, la transformation en société anonyme est une première étape mais qui n’est pas suffisante si l’État la CDC restent les propriétaires exclusifs de l’entreprise. À terme, il faut envisager la privatisation de la Poste. Dans une situation de pleine indépendance et de pleine responsabilité, la direction – contrôlée par les actionnaires – disposera des outils lui permettant de concurrencer les grands acteurs européens comme Deutsche Post ou TNT.

Si de telles réformes ne sont pas engagées, il est à craindre que l’État , après 2011, multiplie les contraintes (réglementaires ou fiscales) sur les nouveaux opérateurs, afin de protéger la Poste contre une concurrence qu’elle ne pourra affronter. Les contribuables, en tant que consommateurs cette fois, seraient alors à nouveau les grands perdants de cette re-réglementation. La Suisse, qui prépare également l’ouverture de son marché postal pour 2012, doit s’inspirer de ces leçons.

Plutôt que de brider la dynamisme des marchés potentiel des marchés postaux, les deux pays devraient privilégier un scénario semblable à celui connu par France Télécom au cours des dernières années. Majoritairement privatisé, l’ancien monopole public a pu faire face à l’ouverture des télécommunications à la concurrence survenue en 1998. Celle-ci a permis une innovation technologique forte ainsi que l’offre de services plus nombreux à des prix plus faibles.

La France est actuellement à un tournant en matière postale. En jouant pleinement le jeu de la concurrence, c’est-à-dire en transformant la Poste en société anonyme puis en la privatisant, il est possible de créer une dynamique positive qui résultera dans l’amélioration des services aux consommateurs. Dans le cas contraire, on observerait très certainement une sclérose des marchés postaux, financée par les contribuables et au détriment des consommateurs. La Suisse, quant à elle, doit observer son voisin français pour ne par répéter les erreurs qu’il est en train de commettre.

*Guillaume Vuillemey est chercheur à l’Institut économique Molinari.



Documents
l’AGEFI - 22 mai 2009
Type : PDF (160.4 ko)
Mis à jour le : 22 mai 2009




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