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G20 ou pas, pourquoi l’avenir de l’économie mondiale ne tient en réalité qu’à une décision de Barack Obama

par Cécile Philippe
mercredi 11 septembre 2013.

Interview publiée le 5 septembre 2013 dans Atlantico.

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Le président américain doit désigner prochainement le successeur de Ben Bernanke dont le mandat à la tête de la Banque centrale américaine se termine en janvier. En course : Lawrence Summers et Janet Yellen, deux visions économiques qui s’opposent au sein de l’institution.

Atlantico : S’ouvre ce jeudi le G20, à Saint-Pétersbourg en Russie. Parmi les nombreux dossiers abordés, celui des politiques monétaires sera primordial. Or, les marchés sont en réalité suspendus à la décision de Barack Obama quant au successeur de Ben Bernanke, le président de la banque centrale américaine. En quoi la décision de son successeur est d’une importance capitale pour l’économie mondiale et la sortie de crise ?

Nicolas Goetzmann : L’ouverture du G20 masque en effet le véritable enjeu de cette rentrée économique. Ben Bernanke est sur le départ et le nom de son successeur sera connu au courant des prochaines semaines. Cette décision incombe à Barack Obama et il n’est pas certain que le président américain se rende compte de l’importance de son choix.

La Fed traverse depuis quelques mois une période d’incertitude qui a été provoquée par l’annonce de son actuel président de la fin des politiques non conventionnelles. Étant donné que les raisons objectives qui conditionnent la fin de ces programmes sont incertaines, le choix du nouveau président vient ajouter de l’incertitude à l’incertitude. Et le marché n’aime pas ça. La problématique tient surtout au fait que Lawrence Summers, actuel favori, n’a pas été entendu sur les problématiques monétaires depuis plusieurs années, il est donc difficile de faire une idée précise de ses intentions.

L’enjeu est décisif pour l’économie mondiale car la ligne de pensée du président de la Fed est le catalyseur principal du niveau d’activité des États-Unis. La « demande » américaine est en effet sous contrôle de la Fed, le choix qui revient à Obama sera en fait la principale décision économique de son mandat, en terme de conséquences réelles. Voila pourquoi le G20 devrait se résumer à un jeu de lobbying de couloirs en faveur de tel ou tel candidat.

Cécile Philippe : Cette décision est, en effet, capitale car la monnaie dans nos sociétés est devenue une création purement institutionnelle. La crise financière de 2008 a clairement une origine monétaire, en particulier elle repose sur une politique laxiste de création monétaire de la part des banques centrales et de la Fed, en particulier. Or, la politique mise en œuvre depuis lors a consisté à accroître encore cette création plutôt que de tenter d’assainir la situation.

Comme la monnaie ne repose plus sur un étalon marchandise depuis 1971, sa création dépend d’entités comme les banques centrales. Compte tenu de la suprématie du dollar, le rôle de la Fed et de son président sont donc essentiels pour l’économie mondiale. Pour rappel, la monnaie sert de rouage, d’intermédiaire dans tous les échanges, y compris internationaux et une monnaie de mauvaise qualité ne peut que détériorer ces échanges. En quoi cela a-t-il une importance pour la sortie de crise ? Tout dépend du rôle que l’on donne à la monnaie dans l’origine de la crise.

Les deux candidats sont Lawrence Summers - qui aurait la préférence du président américain et des dirigeants de la zone euro - et Janet Yellen, actuellement vice-présidente de la Fed. Quelles sont les différences de position entre ces deux personnalités ? En quoi leurs politiques et visions monétaires diffèrent-elles l’une de l’autre ? Et de celle de Bernanke ?

Nicolas Goetzmann : Les deux personnalités sont souvent perçues comme étant des « doves », des « colombes » c’est-à-dire ayant une tendance à la souplesse monétaire. Pourtant, il faut se méfier de cette interprétation car une différence majeure oppose les deux candidats. Yellen soutient la politique de Bernanke depuis le début et serait même plutôt partisane d’une politique encore plus agressive afin de faire baisser le chômage rapidement. Lawrence Summers est quant à lui sur une position plus mesurée, et selon ses déclarations (qui datent de la crise), il ne croit pas en la capacité de la politique monétaire d’apporter un réel soutien à l’économie lorsque les taux d’intérêt sont déjà à 0. De plus, lors de son passage au poste de premier conseiller économique d’Obama, il n’a jamais perçu la nature monétaire de la crise.

Janet Yellen est le bon choix, il n’y a aucun doute, mais comme le résume bien le New York Times, Summers est un proche d’Obama et dispose du soutien de l’entourage du président. Face à cela, la discrète Janet Yellen n’a que peu de soutien politique. Un économiste de la BNP a pu mesurer l’impact de la décision sur la croissance américaine et donc sur l’emploi et estime la différence entre les deux candidats en termes d’emploi : 500 000 à la faveur de Janet Yellen.

Cécile Philippe : Lawrence Summers semble, en effet, avoir la préférence y compris celle d’économistes d’obédience keynésienne comme Brad de Long. Ce dernier pense qu’il sera plus créatif qu’un autre candidat, ce que la situation actuelle nécessiterait. Ils sont nombreux à le penser. Willem Buiter, chef économiste de Citigroup, accusait ainsi la BCE l’an passé d’être trop timorée dans sa politique monétaire. Les banques centrales auraient agi trop timidement.

Il s’agirait par exemple de réduire tous leurs taux à zéro, d’inventer des techniques d’assouplissement quantitatif encore plus agressives ou de procéder à un stimulus fiscal et monétaire direct auprès des particuliers et des entreprises afin de contourner des banques timorées. De ce point de vue, Larry Summers pourrait être un candidat plus enclin à poursuivre une politique de création monétaire laxiste mais les deux candidats ne différent pas vraiment dans le fond. Si différence il y a, c’est plus dans le style et le caractère.

Quoi qu’il en soit, tout ralentissement de la création monétaire rendra les « malinvestissements » visibles. Cela se traduira par des faillites et une remontée du chômage. Ce sont malheureusement des maux nécessaires pour assainir la situation. Il est cependant peu probable que la Fed se tienne à une politique monétaire restrictive si cela se produit. C’est inquiétant car l’économie mondiale a besoin pour, repartir sur des bases saines, de cesser cette politique monétaire qui alimente des bulles qui finissent toujours par exploser.

Alors que les monnaies des grandes économies émergentes se sont effondrées ces dernières semaines face au dollar américain, elles envisageraient la mise en place de réserves communes de devises pour peser davantage sur l’évolution des changes sur les marchés, et ainsi mieux se protéger. Comment la Chine, l’Inde ou la Russie se préparent-elles à la décision de la Fed ? Quelles en seront les conséquences pour elles ?

Cécile Philippe : La politique monétaire particulièrement laxiste de la Fed depuis le début de la crise a permis à tous les pays du monde de créer de la monnaie afin de bénéficier des avantages d’une monnaie faible. En ce sens, une « guerre des devises » à basse intensité a commencé avec la crise. Nombre de pays émergents ont bénéficié d’un afflux de dollars qui leur a permis de booster leurs investissements et de créer de la monnaie sans que celle-ci s’effondre.

La fin de cette politique de la Fed pose évidemment une contrainte importante quant à la politique de création monétaire de l’ensemble des autres banques centrales. L’idée de constituer des réserves de devises pour faire face à une politique moins expansionnistes de la Fed vise en fait à s’épargner de devoir ajuster en douleur la création monétaire.

Or, au-delà du fait qu’il est vraiment difficile de voir comment un tel système pourrait émerger quand les intérêts des diverses parties sont très divergents, il ne pourra sans doute pas faire l’affaire. En effet, seul un ajustement des politiques monétaires des autres banques centrales pourra éviter un effondrement durable des monnaies concurrentes du dollar. Car cet effondrement à terme tiendra à la politique plus ou moins laxiste des autorités en la matière.

Si l’on pense qu’il est grand temps d’envisager de relever les taux d’intérêt pour redonner du souffle à nos économies, la volonté de la Fed est de bon augure. Il est évident que les principaux partenaires commerciaux des États-Unis doivent s’y préparer et la meilleure façon de faire n’est pas de constituer des réserves mais sans doute de rendre leurs économies le plus flexible possible afin d’encaisser le choc d’une politique monétaire plus sage. La politique de la Fed est décisive tout simplement parce que les échanges continuent encore – compte tenu de la puissance de l’économie américaine – à se faire principalement en dollars et par conséquent, une véritable guerre monétaire est hors de question. Personne n’a les moyens ni intérêt à s’attaquer au dollar comme monnaie de réserve mondiale tant que les marchés du monde entier continuent d’en vouloir.

Nicolas Goetzmann : S’il reste un enjeu au G20, il s’agit bien des économies émergentes et de leur politique monétaire. Le Brésil, l’Indonésie, l’Inde, etc., se préoccupent malheureusement bien plus de leur taux de change que de leur politique monétaire stricto sensu. Au contraire, les États-Unis se soucient de leurs données économiques internes. Si les pays émergents veulent éviter d’être impactés par les décisions de la Fed, ils peuvent réagir en conséquence.

Cette volonté d’adopter un fonds de soutien dédié au marché des changes sera au mieux inefficace. Il suffirait d’adopter un régime d’objectif de PIB nominal afin de se prémunir contre de telles fluctuations. Il revient en effet à chaque banque centrale de choisir d’importer ou non la politique monétaire du voisin [voir notre article dédié : Croissance (nominale) : et si la vraie boîte à outils pour sortir de la crise était là, sous nos yeux ?]. Mais la partie la plus visible reste le taux de change, ce qui explique les récentes décisions, souvent inopportunes.

La probabilité croissante de la nomination de Lawrence Summers est une des causes principales de la chute actuelle des monnaies émergentes. Il est en effet perçu comme étant plus enclin que Yellen à resserrer les vannes monétaires de la Fed. Summers pourrait encore surprendre tout le monde en adoptant une ligne plus proche de celle de son opposante, ce qui pourrait l’aider dans son chemin vers la présidence de la Fed.

Cécile Philippe est directrice générale de l’Institut économique Molinari. Nicolas Goetzmann est stratégiste macroéconomique et auteur d’un rapport sur la politique monétaire européenne pour le compte de la Fondapol.



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Pourquoi l’avenir de l’économie mondiale ne tient qu’à une décision d’Obama | Atlantico
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Mis à jour le : 5 septembre 2013




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