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Les consommateurs paient cher la réglementation des soldes

par Mathieu Bédard
jeudi 5 février 2009.

Une version de cet article est parue sur LeMonde.fr, le 3 février 2009.

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En période de soldes, l’idée revient régulièrement dans l’actualité de laisser aux commerçants la liberté de solder leurs produits au moment où ils le jugent opportun au lieu d’attendre les dates fixées par le ministère de l’Économie. Sans changer le nombre total de semaines de soldes, la dernière réforme avec ses 2 semaines de soldes flottants à utiliser au choix des commerçants offre davantage de flexibilité. Mais pourquoi cependant ne pas aller plus loin ? Cette réglementation a un coût qui est supporté par le consommateur par des prix plus élevés le reste de l’année et mérite, comme le proposait le rapport Attali en 2008, d’être simplement supprimée.

Dans le système des soldes deux fois l’an, les commerçants doivent attendre pour écouler les marchandises qui n’ont pas trouvé preneur au prix initialement proposé. Désormais, avec la réforme de 2008, ils ont deux semaines de soldes flottants, en dehors des périodes fixées par le gouvernement, pour solder leur marchandise. Ce système, même s’il est moins rigide, continue d’entraîner des coûts importants de stockage et d’immobilisation de trésorerie pour les commerçants. Ces coûts pèsent sur les opérations de ces derniers qui les répercutent dans leurs marges et dans les prix de vente.

Reporter la vente des invendus à une période ultérieure n’est pas sans conséquence. Les invendus devant rester sur les étagères ou en entrepôt jusqu’aux prochains soldes immobilisent des fonds qui auraient servi à augmenter l’offre de marchandise.

Déréglementer les soldes augmenterait l’offre de deux façons. D’une part en mettant en concurrence toute l’année les marchandises soldées avec les articles réguliers, et d’autre part, en libérant de la trésorerie pour renouveler son inventaire et offrir un plus grand choix de nouvelles marchandises.

Si les commerçants doivent attendre la période des soldes pour écouler leur marchandise, c’est parce qu’ils ne peuvent pas baisser leurs prix et revendre éventuellement en dessous de prix d’achat le reste de l’année, y compris, par exemple, lors de « promotions », ces dernières étant aussi très strictement réglementées.

Seules les périodes de soldes sont libres de toutes ces contraintes. Étendre leur durée à toute l’année offrirait donc plus de flexibilité de gestion aux commerçants.

Le recours aux soldes toute l’année autoriserait de facto la « vente à perte » interdite par le Code du commerce. C’est un enjeu important, car la « vente à perte » n’est pratiquée que là où la concurrence est telle qu’il est impératif pour le commerçant de se défaire d’une marchandise et qu’il est obligé de le faire en dessous du prix d’achat.

C’est alors que la valeur que leur accordent les clients est passée en dessous de ce que la marchandise a coûté, et la vendre à ce prix vise justement à limiter les pertes. C’est donc dire qu’interdire la vente à perte entraine donc des pertes encore plus grandes pour le commerçant, et entrave un processus tout à fait normal de concurrence qui est, au bout du compte, profitable aux consommateurs.

Il est parfois avancé que la possibilité de vendre à perte désavantagerait les petits commerces par rapport aux grandes enseignes. La pratique que plusieurs redoutent est en fait celle des « prix prédateurs », visant à faire disparaitre ses concurrents avec une revente à perte pour augmenter ses prix par la suite.

Pourtant, même si une enseigne arrivait à déloger un concurrent en revendant à perte, un nouveau rival apparaîtrait aussitôt que celle-là les aurait augmentés, en profitant même éventuellement des locaux et équipements laissés par la faillite du concurrent précédent. Pire, le commerçant ayant pratiqué les prix prédateurs serait alors gravement désavantagé par les pertes qu’il a réalisées.

Enfin, on justifie parfois la réglementation sur les soldes pour des raisons de « repères et de lisibilité » des prix dans un magasin et donc de protection du consommateur. Mais comment accepter une telle affirmation à l’heure où les consommateurs ont déjà l’habitude de comparer la myriade de prix différents qui sont proposés sur Internet par des boutiques situées dans des pays différents et souvent en devises étrangères ?

Si les pouvoirs publics veulent plus de concurrence dans le commerce au détail et des prix plus bas pour les consommateurs, les réformes des soldes doivent aller plus loin et offrir plus de flexibilité aux commerçants. Alors que la crise rend critique la question du pouvoir d’achat, il devient plus que nécessaire et opportun de laisser la concurrence baisser les prix.

*Mathieu Bédard est chercheur à l’Institut économique Molinari.




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