Sur le site de l’IEM


Pour soutenir notre action :
Appuyer l'iem
Partager nos travaux :

Joignez notre groupe sur Facebook

Le protectionnisme aggravera la crise

par Mathieu Bédard
mardi 21 juillet 2009.

Article publié exclusivement sur le site de l’Institut économique Molinari.

rien

Alors que la crise fait rage, les tentations protectionnistes commencent à pointer dans les discours politiques, que ce soit celui du président Sarkozy ou de ses homologues étrangers. La plupart des gouvernements du G20 ont même déjà introduit, ou sont sur le point d’introduire, des barrières commerciales par le biais, entre autres, de procédures antidumping. Or, l’histoire du protectionnisme en temps de crise, notamment durant la période de la Grande Dépression, nous enseigne qu’il n’y a pourtant rien à gagner avec de telles mesures.

Le protectionnisme projette le mirage de la protection de l’industrie et de l’emploi domestique. On croit les protéger en les mettant à l’abri de la concurrence étrangère. C’est d’abord oublier que les pays étrangers sont alors tentés d’ériger des barrières identiques en représailles. Les exportations de l’industrie domestique se heurtant à ces barrières, l’industrie ne s’en porte pas mieux, au contraire !

Votée environ un an après le crash de 1929, la Loi Smoot-Hawley a démontré les effets dévastateurs du protectionnisme en temps de crise en imposant plus de 20 000 produits à l’importation. L’exemple du marché des œufs pendant la crise des années 1930 est particulièrement parlant. En augmentant les taxes douanières de 2 cents par douzaine d’œufs, la Loi Smoot-Hawley fit chuter l’importation d’œufs canadiens aux États-Unis de 40 %. En représailles, les Canadiens augmentèrent leur taxe à l’importation d’œufs américains de 7 cents la douzaine. Les exportations d’œufs américains chutèrent de 98 %, soit de 11 millions d’œufs par an avant la loi protectionniste à 200 000 par an.

C’est par ce phénomène que les barrières douanières américaines de la Loi Smoot-Hawley suscitèrent une levée de tarifs douaniers partout sur le globe, faisant chuter le commerce international de 70 % en deux ans. Censée stimuler l’économie américaine, cette loi s’avéra désastreuse en endiguant la crise et faisant durer la dépression près de dix ans.

Mais cette chute du commerce international due aux mesures de représailles n’est pas tout. Car si le protectionnisme instauré par la Loi Smoot-Hawley a empêché l’économie de se remettre de la crise financière de 1929 à cause de l’effondrement du commerce international qui s’en est suivi, c’est qu’en protégeant les secteurs qui ne sont plus rentables, on a également empêché le marché de liquider les mauvais investissements. En éliminant artificiellement le besoin de retrouver la compétitivité internationale, les mécanismes correcteurs se trouvent entravés. Sans réajustement du marché, la crise s’installe et perdure.

Mais les grands oubliés des discussions de nos hommes politiques sur le protectionnisme sont les consommateurs. Les taxes douanières sont, in fine, toujours et partout payées par les consommateurs qui doivent payer plus cher les produits « protégés ». Garder quelques emplois en réduisant davantage le pouvoir d’achat des consommateurs ne résoudra pas la crise.

Selon l’Institute for International Economics, 2261 emplois ont été par exemple « sauvés » par les tarifs douaniers à l’importation de sucre aux États-Unis dans les années 90. Leurs recherches ont pourtant démontré que les consommateurs avaient, à cause de ce protectionnisme, payé leur consommation 21 dollars de plus par année. Cela peut ne pas sembler une somme importante, mais porte le « coût » de la protection à 826 000 dollars par emploi. Dans le secteur des valises et des sacs de voyage américains, le protectionnisme aurait ainsi sauvé 226 emplois pour un coût de 1.2 million de dollars par emploi ! À cause de ces coûts, le protectionnisme pèse au lieu d’aider la reprise économique, et ce sont les consommateurs qui doivent régler la facture.

Si la crise aiguise la tentation protectionniste, la théorie et l’expérience devraient au contraire pousser à la prudence. En plus de s’attirer les foudres des pays importateurs, le protectionnisme entrave la résolution de la crise et réduit le pouvoir d’achat des consommateurs. Les gouvernements préoccupés par l’intérêt des consommateurs et leur pouvoir d’achat devront choisir le libre-échange, et ne pas succomber au mirage et aux fausses promesses du protectionnisme.

*Mathieu Bédard est chercheur à l’Institut économique Molinari.




Institut économique Molinari : proposer des solutions alternatives et  innovantes favorables à la prospérité de l’ensemble des individus composant la  société

Institut économique Molinari
Paris - Bruxelles - Montréal