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Le patriotisme économique méprise le consommateur

par Cécile Philippe
mardi 2 mai 2006.

Article publié par Le Temps le 24 avril 2006.

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Une grande vague d’OPA gagne toute l’Europe : Mittal sur Arcelor, E.ON sur Endesa, BNP Paribas sur BNL, Sonae sur Portugal Telecom, BASF sur Engelhard. Enel a manifesté récemment son intérêt pour Suez au grand dam des hommes politiques français qui décident de répliquer en proposant une fusion entre Suez et GDF. L’offre d’achat de l’indien Mittal sur Arcelor a réveillé, en France comme au Luxembourg, les vieux démons du protectionnisme et du nationalisme sous la forme du patriotisme économique. Il s’agit de renforcer la réglementation voire d’interdire les OPA afin de préserver la nationalité des entreprises et les emplois. Et pourtant, en mettant des freins à la restructuration des entreprises, les pouvoirs publics nuisent au pouvoir d’achat des consommateurs.

L’importance de la production future d’une entreprise, ses ventes et ses bénéfices dépendent évidemment de l’efficacité et de l’habileté de son management. Si les bénéfices présents et les bénéfices futurs espérés sont en dessous de ce qu’ils pourraient être du fait d’un management déficient alors le marché évaluera la valeur de l’action de l’entreprise en dessous de ce qu’elle serait avec un management efficace. L’action de l’entreprise en question étant alors sous évaluée par rapport à sa valeur potentielle, il existe une opportunité pour d’autres firmes et entrepreneurs d’acheter la société à un prix inférieur. En remplaçant le management par une équipe de gestionnaires plus efficace, l’acquéreur peut réaliser un profit.

Les OPA permettent de discipliner des managers qui sinon pourraient continuer à ignorer les sources d’inefficience dans l’entreprise. Il en est ainsi car les sociétés cotées font face à une difficulté connue sous la dénomination du problème de l’agent et du principal. Les propriétaires d’une entreprise doivent trouver les moyens d’inciter les managers à employer les ressources de l’entreprise de la façon la plus rentable possible, sachant que parce qu’ils sont dispersés, il leur est souvent difficile de mener des actions organisées.

Une façon de résoudre ce problème est de faire en sorte que les managers possèdent une partie significative des actions de l’entreprise si bien qu’une part non négligeable de leur revenu provient des performances de l’entreprise. 

Les actionnaires ont aussi d’autres moyens de faire pression sur les managers puisque le conseil d’administration engage et licencie les managers. Le risque est cependant que des conflits apparaissent pour contrôler le conseil. A ce jeu là, les actionnaires sont moins bien placés que les managers qui peuvent utiliser les ressources de l’entreprise pour faire leur travail de lobbying alors que les actionnaires rebelles doivent utiliser leurs propres ressources.

En voulant réduire ou éliminer cette possibilité qu’ont les actionnaires d’acheter et de vendre leurs titres et ainsi de faire pression sur les managers, les pouvoirs publics rendent plus difficile le déplacement des ressources des implantations et emplois que le public valorise moins vers ceux qu’il valorise davantage. En s’abstenant d’intervenir, le gouvernement laisse aux consommateurs la décision de récompenser par des profits ou de sanctionner par des pertes une entreprise. Dans ce dernier cas, la firme n’aura pas d’autre choix que de réallouer ses ressources, faute d’avoir su auparavant coller aux préférences de la plupart des individus.

Les OPA permettent de mettre fin à des sources de pertes, accroître la richesse des actionnaires et ainsi préserver des emplois qui auraient autrement été perdus si l’entreprise avait été amenée à faire faillite faute de satisfaire ses consommateurs. L’OPA est ainsi une alternative à la faillite qui conduit de façon brutale à une réallocation totale des actifs de l’entreprise vers des entreprises plus performantes.

Il est important de préciser que sur un marché les individus rivalisent entre eux pour obtenir des ressources qui doivent leur permettre de développer leur projet. Les ressources sont rares et une fois investies dans une entreprise, elles ne peuvent plus l’être dans une autre. L’émergence d’un marché financier a permis une innovation importante : celle de pouvoir réunir des ressources à une échelle jusqu’alors jamais atteinte.

En nuisant au bon fonctionnement du marché financier en expropriant partiellement les actionnaires de leur droit, on réduit la rentabilité du capital investi sur ce marché et on rend ainsi plus difficile aux entreprises d’avoir accès à des ressources indispensables à leur développement. Ce n’est que si les intérêts de l’entreprise sont en adéquation avec un objectif non ambigu de récompense du capital que l’on donne à une firme le maximum de chance d’accéder à du capital qui sinon sera investi ailleurs.

La prospérité d’une industrie ne se décrète pas, elle se créé. Si on laisse les titres de propriété s’échanger librement sur les marchés financiers, ils finissent dans les mains de ceux qui pensent être le plus capables de les valoriser. La raison pour laquelle ils sont mieux placés que les pouvoirs publics pour réaliser cette tâche est qu’ils devront subir les conséquences financières de leurs actions en cas d’échec. Les bureaucrates en échappant à la sanction des pertes et des profits, ne peuvent faire autrement que mener les projets industriels au petit bonheur la chance.

Il faut donc reconnaître la légitimité des OPA et faire en sorte que les étrangers soient libres de faire des offres d’achat. Il est aussi important que les nationaux soient libres de les concurrencer. Plus le marché financier est libre, plus le droit des actionnaires est respecté, plus la prospérité de l’industrie dépend de l’adéquation des projets industriels aux exigences des consommateurs. L’intervention du gouvernement visant à préserver la nationalité d’une entreprise se fait au mépris du pouvoir d’achat des consommateurs.

Cécile Philippe, directeur, Institut Economique Molinari et fellow au Centre for the New Europe




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