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Le jour où les États de l’Union européenne ont dépensé toutes leurs recettes annuelles - 4ème édition

par Cécile Philippe, Nicolas Marques
jeudi 15 novembre 2018.

Étude de l’IEM

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- Courte vidéo reprenant les grandes lignes de l’étude

- Le jour ou l’État a tout dépensé, teasers d’Éric Brunet - RMC, 15 novembre : Extrait 1 / Extrait 2 / Extrait 3 / Extrait 4


SYNTHÈSE DE L’ÉTUDE

Les administrations centrales, principale source des déficits publics dans l’UE

Les États de l’UE épuisent en moyenne leur ressources le 13 décembre, 18 jours avant la fin de l’année. C’est 7 jours plus tard que l’année d’avant, ce qui représente une amélioration significative. Parmi les 28 administrations centrales de l’UE, 9 étaient en situation excédentaire l’an passé. Les champions étaient Malte (excédent équivalent à 35 jours de dépenses), la Suède (excédent de 23 jours) et la Bulgarie (excédent de 15 jours). Leurs recettes 2017 leur ont permis de financer toutes les dépenses de l’année et de se désendetter.

Les 19 autres administrations centrales dépensaient la totalité de leurs recettes avant la fin de l’année. Pour 13 d’entre elles, les ressources étaient consommées en décembre et pour 6 d’entre elles dès novembre.

En dépit de cette amélioration, les États restent le point noir des finances publiques européennes. Au niveau de l’UE, les administrations centrales expliquent l’essentiel des dérapages des comptes publics (18 jours non financés). Les administrations d’États fédérés sont équilibrées depuis 2017 (2 jours d’excédent). Les administrations locales sont équilibrées depuis 2014 (3 jours d’excédent l’an passé). C’est aussi le cas des administrations de sécurité sociale depuis 2016 (4 jours d’excédent l’an passé). Conséquence, toutes administrations confondues, les différents pays de l’UE avaient consommé la totalité de leurs recettes publiques 8 jours avant la fin de l’année. C’est 5 jours de mieux que l’année d’avant.

La situation de l’administration centrale française reste excessivement dégradée en dépit de la conjoncture

L’administration centrale française avait dépensé l’intégralité de ses ressources le 15 novembre 2017, 47 jours avant la fin de l’année.

Elle figure dans le trio des États ayant les plus grands déséquilibres au sein l’UE, derrière la Pologne et la Roumanie, qui épuisent leurs ressources les 10 et 13 novembre. Elle devance de quelques heures l’administration centrale portugaise.

Ces contre-performances s’expliquent par l’incapacité française à rééquilibrer durablement les comptes suite à la dernière crise.

Alors que les administrations centrales de l’UE ont profité des 8 dernières années pour résorber leurs déficits, ce n’est pas ce qu’on constate en France. Le mouvement de rééquilibrage des comptes post-crise (2009-2013) s’est essoufflé plus vite qu’ailleurs, il y a 5 ans. Le déficit de l’administration centrale française est reparti à la hausse entre 2014 et 2016, au rythme d’un jour non financé en plus par an, tandis qu’en moyenne l’UE résorbait ses déficits de 5 jours par an.

Si l’année 2017 a été moins dispendieuse, elle n’a pas permis de resserrer l’écart avec le reste de l’Union européenne représentant 29 jours de dépenses non financées en 2016 comme en 2017.

L’incapacité à améliorer durablement les comptes en ne se résorbe pas, en dépit d’une conjoncture économique favorable. Pire, chaque phase d’« embellie » paraît plus précaire que la précédente. Entre 1999 et 2001, les déficits français restaient supérieurs à 30 jours par an en moyenne. Entre 2004 et 2007, ils étaient de l’ordre de 40 jours. Entre 2013 et 2017, ils représentaient 50 jours en moyenne.

Cette spirale explique pourquoi les derniers équilibres de l’Etat et des organismes d’administration centrale (ODAC) remontent à 1980. Depuis, tous les exercices ont été déséquilibrés et « le jour où toutes les ressources sont consommées » a avancé de 1,25 jour par an en moyenne.

Les projections réalisées par l’IEM à partir de la Loi de finances révisée pour 2018 et du dossier de présentation du Projet de loi de Finances pour 2019 montrent que la situation n’est pas près de se normaliser. Le nombre de jours de dépenses non financées par l’administration centrale française devrait à nouveau augmenter. Il pourrait représenter 56 jours fin 2018 et 67 jours fin 2019.


OBJECTIF DE L’ÉTUDE

L’objectif de cette étude est de comparer les recettes et les dépenses des administrations centrales des 28 pays membres de l’Union européenne (UE) pour déterminer le jour à partir duquel elles ont épuisé toutes leurs recettes annuelles et commencent à vivre à crédit.

Ce travail est fait au niveau des 28 pays de l’UE, à partir des dernières données annuelles d’Eurostat, mises à jour le 22/10/2018. Il permet de mesurer l’évolution des déséquilibres dans le temps et de comparer la situation des différents pays.

Cette approche vise à éclairer les enjeux pour les citoyens, dans un domaine particulièrement difficile à suivre pour un non spécialiste.

Les déficits sont fréquemment exprimés en pourcentage du PIB, notion complexe à appréhender. Les débats liés aux procédures budgétaires étatiques portent sur des milliards d’euros, tandis que le grand public est habitué à raisonner en centaines ou milliers d’euros. Les chiffrages des économies mis en avant par les pouvoirs publics sont souvent réalisés avec des hypothèses de croissance tendancielle, et non pas avec les dépenses réellement enregistrées. Cela brouille la compréhension des choses. Les « économies » ne se traduisent, en effet, pas mécaniquement par une réduction des dépenses.

Ajoutons que le débat sur ces sujets complexes se résume fréquemment à des prises de position déconnectées des enjeux réels. Ce fut notamment le cas en France dans les dernières années, avec la multiplication des discours fustigeant une « austérité budgétaire » n’ayant pas d’assise factuelle dans un pays où les dépenses publiques ne diminuent pas en période de crise et diminuent moins vite qu’ailleurs en période de reprise.

D’où l’intérêt d’une démarche permettant au grand public de visualiser, clairement et simplement, l’ampleur des enjeux et de suivre leur évolution dans le temps.


SPÉCIFICITÉ DE LA DÉMARCHE

Cette étude permet une meilleure compréhension des dérapages des administrations centrales, que l’on qualifie dans le langage courant d’États, grâce à une méthode solide et accessible. Les recettes sont divisées par les dépenses et multipliées par 365, ce qui permet d’exprimer les dérapages financiers en jours sur une année. Cette méthode s’apparente aux usages financiers, les analystes ayant par exemple l’habitude de présenter le Besoin de fonds de roulement (BFR) en jours de chiffre d’affaires. Elle présente aussi l’avantage d’être significative pour tout individu s’étant demandé comment « boucler ses fins de mois ».

Ce travail est axé autour des administrations centrales, c’est-à-dire sur les organismes administratifs de l’État et les autres organismes centraux dont la compétence s’étend normalement sur la totalité du territoire. Au niveau de l’UE, il s’agit des administrations présentant les comptes les plus déséquilibrés. Néanmoins, les chiffrages portent aussi sur les autres administrations (États fédérés, collectivités locales et sécurité sociale). Cela permet d’apporter un éclairage complémentaire, tous les pays n’étant fort heureusement pas déficitaires au niveau de chacune de ces administrations.


DERNIER JOUR CONNU À PARTIR DUQUEL LES ADMINISTRATIONS CENTRALES DE L’UE ONT DÉPENSÉ TOUTES LEURS RESSOURCES

Calendrier des jours où les administrations centrales ont dépensé toutes leurs recettes

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CARTE INTERACTIVE



Documents
Le jour où les États de l’Union européenne ont dépensé toutes leurs recettes annuelles - 4ème édition
Type : PDF (3 Mo)
Mis à jour le : 15 novembre 2018




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