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Le développement durable : la définition est floue et les solutions risquées

par Cécile Philippe
jeudi 28 juin 2007.

Article publié par Le Temps le 18 avril 2007.

Il n’y pas plus en vogue que le concept de développement durable. On célèbre déjà « sa semaine » et il aura bientôt sa chaîne de télévision en France. Jeune, le concept s’affiche aujourd’hui dans les discours écologiques, politiques et aussi dans celui des entreprises. Aussi porteur soit-il, sa définition reste vague et sa mise en oeuvre recouvre des solutions fort usées.

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Il n’y pas plus en vogue que le concept de développement durable. On célèbre déjà « sa semaine » et il aura bientôt sa chaîne de télévision en France. Jeune, le concept s’affiche aujourd’hui dans les discours écologiques, politiques et aussi dans celui des entreprises. Aussi porteur soit-il, sa définition reste vague et sa mise en oeuvre recouvre des solutions fort usées : celles de la réglementation, de la taxation et de l’interdiction. Or, loin de favoriser notre environnement, elles pourraient bien s’avérer pires que les maux qu’elles cherchent à résoudre.

Dans sa définition officielle (rapport Brundtland de 1987), le développement durable est défini de manière bien large comme « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Cette définition floue a ensuite inspiré une kyrielle de protocoles, décrets, directives qui tous consacrent la solution réglementaire. Il est considéré que la Terre a été saccagée par l’activité humaine et que pour sauver la planète, il faut davantage contrôler les individus et les empêcher d’agir. D’où l’avalanche de nouvelles réglementations. À lui seul, l’Agenda 21 adopté au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992 comprend 2500 recommandations concernant les problématiques liées à la santé, au logement, l’air, les mers, les forêts, les montagnes, etc.

Il est vrai que l’activité humaine peut conduire à des désastres environnementaux et humains comme celui de Tchernobyl, mais on aurait tort de croire qu’ils sont l’aboutissement logique et inéluctable de l’action des hommes. En effet, il est peut-être utile de rappeler que ces crises se produisent généralement dans des situations particulières : celle où la liberté économique n’est pas respectée et où règne l’absence de responsabilité individuelle.

En effet, un système qui consacre la responsabilité individuelle par une définition stricte des droits de propriété laisse éclore l’initiative individuelle et le dynamisme entrepreneurial. Les propriétaires d’une ressource sont incités à agir de façon avisée, pour ne pas compromettre la valeur de leur bien. Cependant, une stricte définition des droits ne comprend pas que des avantages pour ce propriétaire. Ce dernier est, en effet, tenu responsable de tous les inconvénients que l’utilisation de la ressource pourrait avoir sur la propriété d’autrui.

Il est donc clair qu’il faut contrôler les individus dans leurs agissements mais tous les contrôles ne sont pas bons à prendre. Les réglementations, les interdictions font fi de la responsabilité individuelle et de la très forte contrainte qu’elle fait peser sur les agissements des uns et des autres. D’une certaine façon, on peut se réjouir que ces solutions soient une nouvelle mode car si elles avaient sévi, il y a plusieurs décennies, nous ne bénéficierions sans doute pas de toutes les innovations qui ont permis aux populations dans les pays développés de vivre plus longtemps, d’accéder à une eau relativement saine, de voir la qualité de l’air s’améliorer dans les grandes villes et de constater un renversement de tendance dans la couverture forestière.

Ces données n’ont rien de farfelu. Elles sortent toutes des statistiques officielles qui indiquent que l’espérance de vie – pendant longtemps inférieure à 30 ans – est aujourd’hui en Europe de 78 ans et en Afrique de 52 ans. Que grâce à la construction des égouts et une meilleure gestion des déchets organiques et des bactéries, la qualité de l’eau s’est substantiellement améliorée. Que dans les années 60 – avant l’introduction de réglementations (Clear Air Act aux États-Unis) – le problème des fumées et des suies était pratiquement résolu avec le remplacement du charbon et du bois par des énergies plus propres. Que grâce aux formidables gains de productivité réalisés en agriculture, au remplacement du bois par les métaux, les plastiques et le ciment comme matériau de construction, la reforestation est une réalité dans près d’une soixantaine de pays.

Le risque qu’il y a à vouloir trop favoriser la voie du contrôle bureaucratique, c’est d’asphyxier les bonnes volontés et déresponsabiliser les individus et ainsi se priver des multiples progrès qu’ils auraient sinon prudemment mis à la disposition de leurs congénères. L’homme n’est ni un pollueur ni un irresponsable par nature ! Si on le contraint à respecter la propriété d’autrui, il est aussi un formidable créateur de ressource comme l’indique le fait que par son inventivité, on a encore une quarantaine d’années de consommation de pétrole devant nous, alors que cela fait plus de 100 ans que l’on nous annonce sa fin imminente.

La responsabilité individuelle n’a pas son pareil pour favoriser l’innovation prudente, le progrès choisi, la technologie avisée. Sophistiquée, elle n’empêche pas la création mais incite à la prudence, au risque de se voir gravement et lourdement puni. Ce phénomène est visible au sein des entreprises qui investissent des millions dans leur image de marque et veillent scrupuleusement à leur réputation.

Leurs dirigeants devraient cependant comprendre que ce développement durable, elles le portent depuis toujours (sauf quand elles essayent de s’exonérer de leur responsabilité). En effet, il a toujours été dans l’intérêt des entreprises sur un marché concurrentiel de faire plus avec moins de ressource. C’est pour cette raison qu’elles ont une forte incitation à développer de nouveaux usages pour leurs déchets plutôt que de les rejeter à perte dans la nature. Marx et Engels dans Le Capital dépeignent ainsi « l’acharnement fanatique des capitalistes à économiser les moyens de production ».

Bien qu’il soit difficile d’être opposé par principe à l’idée générale d’un développement durable, ce sont les solutions réglementaires visant à l’assurer qui risquent au contraire de nous en éloigner.

Cécile Philippe, directeur général, Institut économique Molinari




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