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Le conflit, la femme et la mère : Elisabeth Badinter (Flammarion, Paris, 2010)

par Cécile Philippe
jeudi 25 février 2010.

Article publié exclusivement sur le site de l’Institut économique Molinari.

rien

Alors que les thèses environnementalistes connaissent depuis ces derniers mois quelques revers, une nouvelle attaque – pour le moins inattendue – vient de la philosophe Elisabeth Badinter. Celle-ci dans son dernier livre constate le retour à une tendance naturaliste au risque de voir les droits des femmes régresser. En partant d’un sujet apparemment fort éloigné des questions environnementales – celui de la place des femmes dans la société – elle en vient à critiquer une idéologie qui risque de nous faire perdre nombre de libertés aussi bien dans le domaine économique que dans le domaine social.

Ce livre tombe à point en ajoutant une critique supplémentaire à l’égard des thèses environnementalistes. Après de nombreuses années sans aucun débat en la matière – en dépit de ce que certains voudraient nous faire croire – de nombreuses voix, comme celles de Badinter s’élèvent pour dénoncer la dictature de cette nouvelle idéologie du vert.

Pour rappel, mentionnons qu’avant le sommet de Copenhague en décembre dernier, éclatait le scandale bientôt décrit comme le Climategate. Dans des centaines d’emails, les scientifiques très influents de l’unité de recherche climatique (CRU) de l’université d’East Anglia indiquaient dans quelle mesure, ils avaient tenté de faire taire les voix dissidentes, d’utiliser des astuces pour atténuer le ralentissement du réchauffement climatique, et même parfois détruit des données dans le cadre d’une investigation du gouvernement anglais au nom du droit à l’information dans le domaine scientifique.

Cet énorme scandale – qui a abouti au retrait encore provisoire du directeur Phil Jones du CRU – ne s’est pas arrêté là. Plus récemment, le GIEC (Groupement intergouvernemental sur l’évolution du climat) était à son tour sous le feu des projecteurs.

Mentionnons tout d’abord l’énorme erreur commise par le GIEC concernant la fonte des neiges de l’Himalaya. Le rapport du GIEC, mentionnant l’année 2035, se trompait de près de plus de 3 siècles 2350, le tout étant fondé sur une étude aucunement révisée par des pairs mais publiée par le WWF.

De plus, dans son rapport de 2007, le GIEC écrivait que « jusqu’à 40% des forêts amazoniennes pourraient réagir dramatiquement à une réduction, même faible, du taux de précipitation. Ceci signifie que la végétation tropicale, l’hydrologie et le système climatique de l’Amérique du Sud pourrait changer très rapidement pour se retrouver dans un nouvel état stable et ceci en n’induisant pas nécessairement un changement progressif entre la situation actuelle et la situation future ».

Mais comme Jonathan Leake du Sunday Times de Londres a rapporté le mois dernier, ces affirmations étaient fondées sur un rapport du World Wildlife Fund (WWF), qui à son tour avait fondamentalement dénaturé une étude dans la revue Nature.

Voilà quelques exemples – pour ne citer qu’eux [1] - des derniers scandales concernant le supposé « consensus » en matière climatique dont nous rappelions, il y a déjà trois ans, qu’il était une vue de l’esprit.

A sa manière, Elisabeth Badinter apporte sa pierre à l’édifice de la désacralisation du tout « environnemental » prohibitionniste.

Mise à part son hypothèse, sujette à débat, de la « mère socialement construite » (voir, par exemple, Les Instincts maternels (Payot) de l’anthropologiste Sarah Blaffer Hrdy), la philosophe souligne avec raison l’offensive naturaliste et ses aspects idéologiques capables de réduire les libertés individuelles des femmes.

Elle écrit (p. 48), « la crise économique, à multiples rebonds, […] fut propice à la résurgence d’une idéologie oubliée : le naturalisme. [2] »

Plus loin, elle souligne le renversement de valeurs auquel on assiste au nom de cette doctrine. « Il ne s’agit plus de maîtriser et d’utiliser la nature en fonction des besoins et désirs de l’homme, mais de soumettre celui-ci à la loi de celle-là. » (p. 52) « Après l’exploitation de l’homme par l’homme, l’exploitation intensive de la nature devient l’angle d’attaque du système honni. » (p. 53).

« L’industrialisation, et avec elle les sciences et les techniques qui sont à son service, sont mises au ban des principaux accusés. On crie haro sur le bien-être fallacieux qu’elles sont censées nous apporter et les plus radicaux ne veulent retenir que les effets pervers de nos inévitables abus. » (p. 54)

Pour un oui ou pour un non, on brandit le principe de précaution. En son nom, il faudrait renoncer aux biberons pour cause de Bisphénol A (voir la campagne menée par Europe Ecologie), au lait artificiel, à la pilule contraceptive, aux couches jetables et leur préférer tout ce qui – au moins subjectivement – relève du naturel : couches réutilisables, méthode Ogino, lait maternel, brocoli bio !

Bref, même si nous ne sommes pas d’accord avec toutes les conclusions de la philosophe ou avec sa vision de la femme, force est de constater qu’elle a raison de souligner l’aspect tyrannique et antiéconomique du principe de précaution. Il s’intéresse systématiquement aux conséquences non certaines d’une nouvelle technologie en oubliant allégrement les bienfaits de ces technologies. En l’occurrence, il s’agit ici du bien-être des femmes et de leur capacité à mieux maîtriser leur destin, y compris celui de ne pas avoir d’enfant ! Autre conséquence inattendue de ce retour au tout naturel avec son lot de contraintes et de devoirs à l’égard des enfants : celui de détourner de plus en plus de femmes de ce choix tant la tâche semble inaccessible.

Ce livre peut ne pas plaire pour un certain nombre d’aspects comme celui qui consiste à croire que l’instinct maternel n’existe pas ou la critique véhémente à l’égard de l’allaitement maternel. Certes. L’auteur n’en souligne cependant que les aspects extrêmes et ses conséquences : le confinement de la femme à la maison pendant de très nombreuses années, en particulier de celles pour qui ce ne serait pas forcément le destin.

En abordant l’idéologie verte du point de vue de la femme et de la mère, ce livre nous aide à comprendre combien les thèses environnementalistes peuvent s’étendre à tous les domaines de la vie et pas seulement aux aspects économiques ! En cela, il est particulièrement intéressant de l’entendre affirmer que Nathalie Kosciusko-Morizet (qui proposait une taxe sur les couches jetables) et Cécile Duflot pourrait in fine être du mauvais côté des libertés des femmes !

Cécile Philippe est directrice générale de l’Institut économique Molinari.

[1] Le GIEC ne manque pas non plus de citer une étude réalisée par le climatologue britannique Nigel Arnell qui calcule que d’ici 2085 entre 867 000 et 4,5 milliards de personnes subiraient davantage de pénuries d’eau à cause du réchauffement climatique. Elle oublie aussi de mentionner par la même occasion que le réchauffement climatique pourrait aussi accroître les ressources en eau pour 1,7 à 6 milliards de personnes. (Voir l’article « Omitted : The Bright Side of Global Warming » du Wall Street Journal Europe, 1/02/10).
[2] « Doctrine qui insiste principalement sur les aspects qui, dans l’homme, relève, de la nature et de ses lois », Dictionnaire Le Robert cité p. 48.



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