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La publicité directe aux patients : propagande ou information ?

par Xavier Méra
jeudi 12 octobre 2006.

Article publié exclusivement sur le site de l’Institut économique Molinari.

« Big Pharma nous surveille ». À en juger par cette référence au célèbre roman de George Orwell, 1984, Jacques Juillard et Bruno Toussaint suggèrent que le projet de loi d’« adaptation du droit communautaire dans le domaine du médicament » porte un germe totalitaire.

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« Big Pharma nous surveille ». À en juger par cette référence au célèbre roman de George Orwell, 1984, Jacques Juillard et Bruno Toussaint [1] suggèrent que le projet de loi d’« adaptation du droit communautaire dans le domaine du médicament » porte un germe totalitaire (Le Monde, 28/09). Grâce à l’article 29-10 légalisant des « programmes d’aide à l’observance des traitements », « Big Pharma » disposerait d’un « contrôle du malade pour être sûr qu’il prend bien toutes ses gélules et atteint bien son quota de consommation ».

S’il s’agit de conférer des pouvoirs de police aux laboratoires pour qu’ils livrent à l’assurance-maladie des informations sur l’observance des traitements par les patients, l’appel à la vigilance de MM. Juillard et Toussaint est certainement de mise. Mais ce n’est pas ce contre quoi ils nous mettent en garde. C’est dans la mesure où ces programmes relèveraient de la publicité directe aux patients que le spectre d’un « contrôle du malade » serait à craindre [2]. La publicité n’a pourtant rien d’intrinsèquement totalitaire et sa légalisation permettrait de lutter contre l’ignorance, facteur aggravant des problèmes de santé.

Tout d’abord, le droit de faire de la réclame n’implique aucune dérive totalitaire, contrairement à son interdiction. Si la publicité permettait un « contrôle du malade », cela signifierait que le patient réagirait comme les animaux répondent à des stimuli. La publicité se veut bien sûr persuasive mais elle ne peut forcer personne à acheter quoi que ce soit. Face aux tentatives de persuasions les plus diverses, d’un médecin, d’un laboratoire pharmaceutique ou d’un ami, chaque homme a toujours à choisir par lesquelles il est convaincu.

Ceux qui pensent que les choix des « experts » doivent remplacer ceux des consommateurs impuissants face à « l’intrusion » publicitaire doivent aller au bout de leur logique. Il n’y a aucune raison que des gens nécessairement désemparés pour faire des choix de santé face à la publicité commerciale soient plus « aptes » quand il s’agit d’élire des représentants après une campagne électorale (représentants qui devront notamment mener une politique de la santé). Le diable est dans les détails, les présupposés totalitaires aussi.

En réalité, la publicité a des vertus informatives. Dans le cas des médicaments, elle permettrait d’identifier des maux, d’inciter les malades à consulter un médecin, d’informer sur l’existence d’un traitement et dans le cas de « l’aide à l’observance », d’informer sur les précautions d’usage d’une façon plus individualisée, par exemple. Mais comment imaginer qu’une firme financièrement intéressée puisse livrer une information digne de ce nom ? N’est-elle pas « juge et partie », comme disent MM. Juillard et Toussaint ? C’est vrai, mais plutôt que d’être un problème, c’est une partie de la solution. En effet, qui a le plus à perdre à suggérer des remèdes dangereux aux patients sinon ceux qui sont « intéressés », ceux dont les revenus dépendent directement des services rendus à leurs clients ?

Dans la mesure où leur prospérité dépend d’une clientèle à convaincre, les laboratoires doivent se préoccuper de la véracité des informations fournies. Mais cette incitation ne joue pas à plein aujourd’hui. Une multitude de barrières légales à l’entrée sur le marché ont pour conséquence que les firmes présentes ont moins à craindre un scandale. Les consommateurs ne peuvent pas les sanctionner aussi sévèrement que dans un marché où la concurrence jouerait sans entrave, un marché où chaque laboratoire serait moins protégé contre un report des dépenses de ses clients vers d’autres.

Or, autoriser la publicité reviendrait justement à lever une barrière, notamment en permettant à de nouveaux entrants de se faire connaître ! C’est pourquoi une libéralisation ne serait pas forcément un cadeau pour « Big Pharma ». Elle serait en tout cas bénéfique en termes d’information aux patients.

Xavier Méra, Institut économique Molinari

[1] Jacques Juillard est président de l’association Mieux prescrire. Bruno Toussaint est directeur de la rédaction de la revue Prescrire.
[2] Il n’est pas du tout évident qu’une quelconque libéralisation soit au programme gouvernemental. Contrairement à ce qu’écrivent MM. Juillard et Toussaint, l’article 29 habilite le gouvernement à prendre des ordonnances pour « régir » et non « légaliser » les « actions d’accompagnement des patients soumis à des traitements médicamenteux, conduites par les établissements pharmaceutiques », et le texte ne dit pas si ces « actions d’accompagnement » relèvent simplement de l’information aux patients ou du renseignement pour le compte de l’assurance-maladie : Projet de loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit communautaire dans le domaine du médicament.



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