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La climatologie n’est pas (encore) une science

par Serge Galam
mercredi 5 mai 2010.

Article publié dans l’Agefi Magazine le 29 mars 2010.

rien

Vouloir changer le monde à partir d’une vision politique et éthique, présentée en tant que telle, est légitime, tant qu’elle s’inscrit dans le débat démocratique et contradictoire sans manipulation des esprits ni dissimulation des faits.

Modestie. La climatologie n’en est qu’aux balbutiements. Rappelons qu’elle n’est pas une science qui a fait ses preuves, mais une agrégation ad hoc de disciplines très diverses, allant de l’astronomie à la glaciologie, en passant par la géologie, l’océanographie, l’hydrologie, l’agronomie, la modélisation, chacune n’ayant qu’une vue très partielle des « choses » du climat. Un peu de modestie de la part des climatologues du GIEC seraient donc bienvenues.

Les climato-alarmistes aiment à rappeler que la climatologie n’est pas la météorologie. En effet, et c’est bien dommage. La météorologie, grâce à ses prévisions allant de quelques heures à plusieurs jours, soumet ses hypothèses au contrôle expérimental des milliers de fois par an et partout dans le monde.

Elle peut donc être considérée comme une science à pouvoir heuristique, même si son degré de fiabilité reste faible. À l’inverse, compte tenu de ses horizons de prédiction très longs, il faudra à la climatologie plusieurs siècles pour éventuellement commencer à se rapprocher du niveau actuel de la météorologie.

Jusqu’à présent, elle n’a été capable que de reproduire le passé, du moins ce que l’on en connaît. Elle n’a pas fait de prédiction avérée sur le futur. Et tant bien même en ferait-elle une ou deux, ce ne serait pas suffisant pour établir une statistique.

Sur cette base, tout ce qui peut être prédit par des simulations de modèles limités et incomplets, n’est que conjecture et hypothèse, sans certitude scientifique.

Trompeur. Le GIEC nous dit que ses milliers de scientifiques sont convaincus à 90% de la pertinence des thèses alarmistes et en conclut que l’hypothèse de la responsabilité humaine a un coefficient de 90% de certitude, et qu’au nom du principe de précaution, il serait criminel d’attendre 100% pour agir. Si ce discours semble fondé, s’agissant d’une situation unique, celle de l’évolution du climat pendant le siècle à venir, l’utilisation de probabilités n’a aucun sens, ni conceptuel ni opératoire : nous n’avons qu’une seule planète, qu’un seul climat et nous ne connaissons pas les lois qui gouvernent son évolution. La notion de probabilité est donc trompeuse et manipule la présentation des faits.

Quand la météorologie fait une prédiction à 75% de soleil pour demain à Paris, cela ne signifie pas que les météorologues ont voté à 75% sur la certitude de cette prédiction, mais que dans le passé, sur des centaines de conditions analogues, dans 75% des cas, le temps a été ensoleillé. Ce qui n’a rien à voir avec les pourcentages du GIEC, qui transforme ces croyances en certitudes, ces hypothèses en vérités établies. La science est amorale, elle ne se décide ni au consensus ni à la majorité, elle se construit par les découvertes des lois de la nature. Une seule expérience peut invalider une théorie validée par des milliers d’autres expériences.

Face à une menace incertaine, il est parfois préférable de ne rien faire. La conviction des climatologues ne suffit pas à prédire ce qu’il adviendra réellement du climat. Justement parce qu’on nous affirme être face à un danger d’une envergure inégalée, parce qu’il y aurait urgence, il est vital de prendre son temps pour minimiser le risque de se lancer, monde baissé, dans une direction qui se révèlerait être fausse. Se focaliser sur une réduction drastique du CO2, non seulement ne résoudrait rien, mais surtout pourrait réduire notre capacité à réagir dans ce qui se découvrirait plus tard être la bonne direction. On avance toujours le fait que nos ressources naturelles sont limitées, mais nos ressources humaines et financières le sont encore plus. Tout ce qui est et sera investi dans la réduction de CO2 ne le sera pas pour d’autres problèmes immédiats, urgents et aux solutions connues. Vouloir garantir un monde vivable aux petits-enfants est certes louable, mais ne doit pas se faire au détriment des adultes actuels.

Choix politique. Peut-être est-il légitime de décider de la réduction des émissions de CO2, mais l’imposer comme le seul moyen de sauver la planète, si tant est que la planète serait en danger, relève de la manipulation idéologique. Que les chercheurs défendent leurs convictions, c’est normal. En revanche, quand ils entretiennent la confusion sur la validité de leurs résultats, et se font dans les médias les propagandistes de l’apocalypse, quelque chose ne va pas. Et cette chose, à la lumière de nos passés historiques ne présage rien de bon.

Les certitudes du GIEC, reprises par tant de médias, ne sont que l’expression de nos archaïsmes primaires conduits par nos peurs et notre perte de compréhension de l’évolution du monde devenu global, le tout sous-tendu par le désir naïf d’un monde parfait et statique. Si la science doit éclairer notre connaissance du monde, elle ne doit pas se substituer à la politique, tout simplement parce qu’elle n’en est pas capable, ni par son état actuel, ni par sa constitution. La science se concentre sur du local, et ainsi arrive à repousser les barrières du savoir, créant des ruptures, qui ensuite, une fois implémentées, créent les bouleversements globaux, que jamais on aurait pu imaginer depuis le niveau local. Ils ne sont pas prévisibles.

Et c’est bien. Et ça doit continuer.

La démarche inverse qui, à partir d’un global souhaité, voudrait imposer du local n’est que totalitarisme !

Serge Galam est physicien et sociophysicien. Il est l’auteur de Les scientifiques ont perdu le Nord (Plon 2008).




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