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L’Europe et sa drôle de politique anti-trust

par Xavier Méra
jeudi 29 juin 2006.

Article publié par L’Écho le 29 juin 2006.

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Une nouvelle menace de plainte pour abus de position dominante plane sur Microsoft. C’est ce que révélait vendredi 2 juin son directeur juridique, Brad Smith, dans le Wall Street Journal. Cette fois-ci, c’est la société Adobe qui s’en prendrait au géant de l’informatique. Comme l’a dit un porte-parole d’Adobe, « Microsoft est en position de monopole, et nous sommes toujours attentifs à la possibilité qu’il pourrait en user ». Cette nouvelle affaire était prévisible. Elle suit les récentes menaces de la Commission européenne concernant les fonctionnalités intégrées dans Windows Vista, la prochaine version du système d’exploitation de Microsoft. Le procès de Microsoft a ouvert une boîte de Pandore. Tout concurrent de Microsoft est virtuellement invité à s’engouffrer dans la brèche. C’est une parodie de politique concurrentielle qui se joue à Bruxelles, au détriment des intérêts des consommateurs.

Après d’âpres négociations au sujet d’une éventuelle intégration de la fonction « enregistrer en PDF » dans la future suite bureautique de Microsoft, Office 2007, ainsi que dans la prochaine version du système d’exploitation, Windows Vista, les deux firmes n’ont trouvé aucun accord. En octobre dernier, Adobe avait pourtant fait part de son enthousiasme concernant une telle intégration. Depuis, les choses ont changé. Microsoft a beau proposer comme solution de rechange de n’intégrer qu’un plug-in gratuit pour télécharger l’application, Adobe réclame non seulement une dés-intégration mais un plug-in payant, en totale opposition avec les pratiques que cette firme entretient avec d’autres fabricants de logiciels. Cette fonction d’enregistrement est en effet déjà intégrée dans de nombreux produits concurrents de Microsoft Office, conformément à la volonté affichée d’Adobe de proposer un standard ouvert.

On aurait pu en rester là, comme cela arrive souvent dans le monde des affaires. Une tentative de coopération échoue et chacun continue son chemin en toute indépendance. Sauf qu’il est question d’attaquer en justice Microsoft. Adobe pourrait difficilement porter plainte pour un simple refus de se plier à ses conditions de la part de Microsoft. Qu’en est-il alors ? Microsoft n’avait pas seulement pour intention d’intégrer une fonction d’enregistrement en PDF de documents mais aussi dans son propre standard, le « XPS ». Adobe a d’ailleurs demandé à Microsoft le retrait de cette fonction, ainsi que la non-intégration de celle-ci dans le futur Vista.

Ainsi, ce n’est pas tant l’intégration du PDF qui pose problème mais celle du format concurrent XPS. En refusant de mettre à disposition son outil PDF, Adobe exposerait Microsoft à une situation problématique vis-à-vis de la Commission européenne. L’intégration de la seule fonction d’enregistrement XPS ouvrirait la possibilité de sanctions comme ça a été le cas pour l’intégration de Windows Media Player. Microsoft pourrait alors être accusé de profiter de la position dominante de son système d’exploitation en poussant artificiellement son format XPS, remettant en question le succès du PDF. Nous avons donc affaire à des négociations bien différentes de celles qui ont lieu entre partenaires ou concurrents « normaux ». En menaçant Microsoft de poursuites, Adobe pourrait protéger son standard PDF de la concurrence.

Le géant de Redmond ayant vraisemblablement anticipé ce risque, il a déjà proposé de soumettre aux mêmes conditions les téléchargements des outils PDF et XPS dans Office 2007 et de proposer deux versions de Vista, avec et sans la fonction XPS intégrée. Autrement dit, il a accepté d’avance pour Vista ce que la Commission l’a forcé à faire avec le Media Player.

Tout ceci montre que la politique de la « concurrence » menée à Bruxelles est en train de détruire toute concurrence authentique en Europe. Dans un marché ouvert, les producteurs doivent rivaliser d’imagination pour satisfaire les consommateurs. C’est ce qui détermine leur succès ou leur échec. La « position dominante » d’une firme ne biaise pas la concurrence dans un tel contexte. Pourvu qu’elle ne soit pas issue de, ou préservée par des privilèges réglementaires, elle est la conséquence d’un plébiscite des consommateurs. Rien d’étonnant à cela. Quand les consommateurs considèrent qu’un produit est d’autant plus intéressant que son usage est répandu, leurs « votes » tendent à se concentrer sur quelques acteurs majeurs, Adobe en faisant partie d’ailleurs.

Une concurrence authentique existe quand aucune barrière légale ne vient empêcher l’entrée de nouveaux concurrents. Dans ce contexte, les prétendues barrières dues à la « position dominante » d’un produit standard sont aussi fragiles que les consommateurs le veulent. Sinon, comment expliquer le passage du vinyl au CD ou le succès révolu du VHS ?

Malgré les déclarations de principe affichées par la Commission européenne, son allergie aux « positions dominantes » en tant que telles exclut l’intérêt des consommateurs de la finalité de la politique de la concurrence. Elle mène au contraire une politique anti-concurrentielle puisque la position des firmes, leurs business models et leurs produits, sont jugés indépendamment des services rendus aux consommateurs. C’est ainsi qu’une autre concurrence, celle consistant à obtenir les faveurs du régulateur, prend le pas sur la rivalité entre producteurs au service des consommateurs.

Xavier Méra, Institut économique Molinari




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