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Interdiction de fumer ! Le mauvais prétexte du tabagisme passif

par Xavier Méra
mardi 10 octobre 2006.

Article publié par Libération le 5 octobre 2006 dans une version écourtée sous le titre « Tabagisme passif : laissez faire le marché ».

Alors que le gouvernement français projette d’interdire de fumer dans les lieux publics, il convient de rappeler que la protection contre le « tabagisme passif » est à la portée des non-fumeurs hors d’un régime de prohibition et ne requiert aucunement de sacrifier les fumeurs sur l’autel de la santé publique. C’est en laissant le libre choix en la matière aux propriétaires d’établissements qu’une offre diversifiée peut émerger, répondant aux préférences variées des consommateurs.

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Au Rapin Gourmand, il faut éteindre sa cigarette avant d’entrer. Ce petit restaurant situé dans le deuxième arrondissement de Lyon fait partie de ce nombre croissant d’établissements visant spécifiquement une clientèle de non-fumeurs [1], en refusant purement et simplement la fumée ou en offrant des espaces réellement séparés pour les deux clientèles. Alors que le gouvernement français projette d’interdire de fumer dans les lieux publics, il convient de rappeler que la protection contre le « tabagisme passif » est à la portée des non-fumeurs hors d’un régime de prohibition et ne requiert aucunement de sacrifier les fumeurs sur l’autel de la santé publique. C’est en laissant le libre choix en la matière aux propriétaires d’établissements qu’une offre diversifiée peut émerger, répondant aux préférences variées des consommateurs.

Lorsqu’un client d’un restaurant veut s’allumer une cigarette alors que d’autres préfèrent un air « pur », la bonne question à se poser est : qui est en droit de décider de l’usage de l’air ambiant ? Qui est le propriétaire légitime des lieux ? Cette question est ignorée dans le débat au profit de considérations sur les droits des fumeurs et des non-fumeurs. Par conséquent, il n’est pas surprenant que la personne dont on ne tient pas compte dans cette affaire est précisément le patron du restaurant ayant investi ses ressources dans son projet. Ces « lieux publics » sont privés ! Si le gouvernement prenait au sérieux l’article 2 de la déclaration des droits de l’homme de 1789 sacralisant la propriété, il serait obligé de reconnaître que c’est au propriétaire de l’établissement de décider si on peut y fumer ou non. En prétendant pouvoir en décider à sa place, le gouvernement le prive en partie de ses droits.

Dès lors qu’on remet le propriétaire des lieux au coeur de l’énoncé du problème, la question du tabagisme passif et des possibilités de concilier les préférences divergentes des consommateurs apparaît sous un autre jour. Dans la mesure où les propriétaires de bars et de restaurants sont engagés dans des opérations à but lucratif, leurs succès ou échecs dépendent de l’adéquation de leurs décisions aux priorités des consommateurs. En tant qu’entrepreneurs, ils doivent se préoccuper d’une part, de ce que des clients seront prêts à payer suivant l’espace et les produits offerts et d’autre part, de ce qu’il en coûte de les offrir. Ils s’intéressent donc à ce qui rend les différents choix plus ou moins rentables. Bien entendu, moins les services proposés correspondent aux souhaits des consommateurs, moins ceux-ci sont pressés de les acheter et plus la pérennité de l’établissement est menacée.

Ainsi, plus les préférences et modes de vie dans une population sont divers, plus la production sera diversifiée pour répondre à ces différents besoins parce que les investisseurs auront financièrement intérêt à se spécialiser dans des projets destinés spécifiquement à des clientèles particulières. Dans la mesure où l’atmosphère enfumée d’un restaurant déplaît à des non-fumeurs, une demande pour des restaurants non-fumeurs émerge, appelant une adaptation de l’offre. C’est pourquoi une loi interdisant la fumée n’est pas requise pour échapper au tabagisme passif. Si M. Bur est dans le vrai lorsqu’il prétend que « beaucoup de non-fumeurs n’acceptent plus d’être intoxiqués par la fumée. » [2], on devrait voir apparaître de plus en plus de « lieux publics » adaptés, en laissant la décision aux propriétaires d’établissement. La « prise de conscience politique » qu’il appelle de ses vœux est alors au mieux superflue.

De plus, le tabagisme passif n’est pas une fatalité ou un fléau. Même avec une nouvelle offre de lieux non-fumeurs, des non-fumeurs choisiront quand même des lieux fumeurs s’ils y voient des avantages supérieurs aux inconvénients. Un tel tabagisme est la conséquence de leur choix, la meilleure option disponible dans ces circonstances. Ce que la propriété privée et la liberté contractuelle offrent aux individus en tant que consommateurs, c’est d’avoir le plus possible d’options entre lesquelles choisir. L’interdiction de fumer dans les lieux publics ne peut satisfaire les préférences de certaines personnes qu’en nuisant aux autres, substituant un moule uniforme à l’ajustement permanent de l’offre de services aux préférences d’individus divers. Les hommes politiques pourraient s’y prendre autrement. Il ne leur est pas interdit d’abandonner leur métier pour devenir entrepreneurs et ouvrir des restaurants non-fumeurs.

Xavier Méra, Institut économique Molinari

[1] Une liste d’hôtel, bars et restaurants s’adressant spécifiquement à une clientèle de non-fumeurs est disponible sur Internet à cette adresse : http://smokefreeworld.com/france.shtml
[2] Cité dans Libération : « La clope pourrait rester à la porte de tous les lieux publics » (1/8/2005) Yves Bur, député du Bas-Rhin et vice-président de l’Assemblée nationale, a déposé le 2 novembre 2005 un projet de loi visant « l’interdiction de fumer dans tous les lieux fermés ou ouverts qui accueillent du public ou qui constituent un lieu de travail ».


Documents
Tabagisme passif : laissez faire le marché - Libération
Type : HTML (18.3 ko)
Mis à jour le : 5 octobre 2006




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