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Huile de palme : pas si mauvaise que ça

par Cécile Philippe, Hiroko Shimizu
mardi 18 septembre 2012.

Texte d’opinion publié le 13 septembre 2012 dans La Tribune.

rien

L’audition ces jours-ci des producteurs ivoiriens réunis au sein de l’Association Ivoirienne des Producteurs de Palmiers à Huile (AIPP) par le Tribunal de commerce de Paris pourrait peut-être permettre de lancer un débat au sujet d’une huile aujourd’hui accusée de tous les maux.

Ces producteurs se révoltent, en effet, contre une publicité des Magasins U qui nuit à l’image de l’huile végétale et donc à leur emploi. Les principaux producteurs de palmiers à huile se trouvent dans les pays en développement, Afrique mais aussi et surtout en Asie du Sud-est et en Amérique du Sud.

Or, depuis un certain nombre d’années, l’huile de palme subit le dénigrement systématique de divers Organisations non gouvernementales (ONG) comme Greenpeace, Les Amis de la Terre, etc. Certaines de leurs campagnes ont eu un tel retentissement auprès de l’opinion publique qu’elles ont conduit à infléchir la politique d’entreprises comme Nestlé ou de chaînes de distribution comme Carrefour, Casino ou encore les Magasins U.

Ces décisions radicales ont été prises dans le feu de l’action et de l’émotion et en l’absence d’un réel débat en la matière. Car une analyse plus approfondie du cas de l’huile de palme indique qu’elle est loin d’être ce dont on l’accuse.

En effet, sans être la panacée absolue (aucune huile végétale ne l’est), elle présente des avantages qu’il est risqué de négliger si l’objectif est réellement d’obtenir des améliorations aussi bien sur les plans sanitaires, environnementaux ou économiques.

Sur le plan nutritionnel, il faut rappeler que deux types d’acides gras sont sous le feu des projecteurs. Les acides gras saturés et les acides gras trans. Ces derniers sont liés à des maladies cardiaques, à l’augmentation du mauvais cholestérol et la baisse du bon. Or, ce type d’acides gras apparait lors du processus d’hydrogénation partielle qui transforme les huiles liquides en huiles solides. L’huile de palme à cette particularité d’être semi-solide à température ambiante et ne contient donc pas d’acides gras trans.

Elle contient aussi des acides gras saturés qui sont liés à une augmentation du mauvais cholestérol. C’est vrai mais il faut souligner, par ailleurs, que la teneur en acides gras saturés offre une meilleure stabilité à l’oxydation, un plus grand moelleux, une saveur plus agréable, et une meilleure maniabilité.

Elle présente également une teneur élevée en antioxydants, carotènes (vitamine A) et vitamine E. Cela la rend idéale pour frire les aliments, allonger la conservation des aliments et augmenter la valeur nutritionnelle et sanitaire des aliments, en particulier dans les pays en développement.

Ces avantages signifient qu’il faut soupeser les avantages et les inconvénients des diverses huiles et non imposer un décret en la matière.

Ensuite, l’huile de palme n’est pas cet aliment « pollueur » qu’on décrie tant. En effet, si les superficies sur lesquelles le palmier à huile est cultivé ont, en effet, augmenté, il faut néanmoins mettre les choses en perspective.

En Malaisie, par exemple, la surface cultivée a été multipliée par 5 depuis 1975 et atteignait 5 millions d’hectares en 2011. Sur ces nouvelles surfaces, 1,39 million d’hectares résultent de la conversion d’autres productions arboricoles comme le caoutchouc, le cacao ou la noix de coco.

D’autre part, la production sur ces surfaces a, elle, été multipliée par 16. Ceci est entièrement dû à la très forte productivité du palmier qui, selon le rapport Oil world de 2007, produit en moyenne 3,72 tonnes par hectare quand le colza en produit 0,67 et le soja 0,40 tonne. Cette productivité supérieure a ainsi permis d’économiser des terres en Malaisie et dans les autres pays producteurs.

Un analyste s’est d’ailleurs projeté en 2050 et, selon son scénario moyen (une population de 9,2 milliards et une consommation d’huile végétale qui progresse au rythme actuel), il faudrait consacrer pour satisfaire à ce surcroît de demande 12 à 19 millions d’hectares à la production d’huile de palme ou 95 millions d’hectares à la production de soja.

Enfin, le palmier à huile nécessite moins d’engrais, de pesticides ou de carburant par unité produite que le colza ou le soja. Il fournit ainsi trois fois plus d’huile par unité d’intrant.

Par conséquent, l’huile de palme est un moyen efficace de répondre à une demande en hausse. Elle est aussi un moyen économique car comparativement aux autres huiles, elle reste très accessible. Pourquoi ? Parce qu’elle est produite dans des pays où les conditions agricoles sont favorables et les coûts de production faibles. Le prix de l’huile de palme brute est ainsi inférieur de 10 à 30 % à ceux de l’huile de soja et de l’huile de colza.

Pour conclure, il convient donc de réexaminer le cas de l’huile de palme en reconnaissant qu’elle présente des atouts. Plutôt que de mener des campagnes agressives contre elle, il conviendrait sans doute de tenter d’améliorer la gouvernance des pays producteurs et s’assurer qu’elle se fait dans le respect des droits de propriété des natifs et petits agriculteurs.

Hiroko Shimuzu, chercheur associé à l’Institut économique Molinari. Cécile Philippe est directrice générale de l’IEM.




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