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Exclusivité - Le coup de gueule d’Éric Brunet : Sauve qui peut !

par Cécile Philippe
mercredi 3 juillet 2013.

Texte d’opinion publié exclusivement sur le site de l’Institut économique Molinari.

rien

Chroniqueur économique à la radio RMC, Éric Brunet vient de publier un livre chez Albin Michel intitulé Sauve qui peut ! Le titre accrocheur révèle d’emblée la thèse du livre : la France n’arrive pas à se réformer et pousse les meilleures volontés à s’exiler. L’auteur va en fait plus loin. Il ne s’agit pas seulement de partir pour se sauver soi-même mais aussi de partir pour sauver la France, … quitte à revenir quand les choses se seront assainies. D’ailleurs, le livre se conclut sur les propos de Gaspard Koenig, qui depuis Londres a crée Génération libre. Il entend bien faire bouger les choses en France pour retrouver l’envie de revenir.

Car le constat pour l’auteur est implacable. La France va mal et il semble à ce stade incurable. Il conseille donc de s’en protéger en partant pour continuer à l’aimer. De la cabale contre les riches, à la pression fiscale en passant par le manque d’entrain au travail, le désir d’être fonctionnaire ou encore un niveau d’enseignement en berne, le livre passe en revue les faits qui ont égrené les derniers mois et années et qui alimentent sa thèse.

Et c’est sans doute là que réside l’intérêt du livre. Car si le message est finalement très pessimiste, et peut-être assez réaliste malheureusement, sur l’État de la France, il n’y a pas besoin d’adhérer à l’idée qu’il faut se sauver, pour savourer les anecdotes et des faits à côté desquels certains – comme moi – étaient passés.

Par exemple, on découvre avec émerveillement qu’un entrepreneur français, travaillant en France, a récemment été célébré outre-Atlantique. « En septembre 2012, le magazine scientifique canadien Discovery Series publiait un classement honorant les entrepreneurs les plus révolutionnaires. Figuraient sur le podium le directeur d’Apple, Steve Jobs, le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg et le réalisateur James Cameron, et à la quatrième place, l’un de nos compatriotes. » Il s’agit de Bertin Nahum. On apprend que cet entrepreneur d’origine béninoise, né au Sénégal, a suivi ses études à l’Institut national des sciences appliquées de Lyon. Il est le créateur d’un robot, baptisé Rosa, capable d’assister un chirurgien lors d’une intervention sur le cerveau pour des opérations aussi délicates que la ponction d’une tumeur ou la pose d’une électrode. Il dirige aujourd’hui Medtech et enregistre un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros. (p.130-132)

Pour continuer à rêver, dans un chapitre qui ne s’y prête pourtant pas (Le chapitre est intitulé Une pathologie de l’égalité), on lit qu’il est maintenant possible de voir un film en Premium au Pathé Wepler, place de Clichy à Paris. « Écran plus large, projection 4K, son Dolby Atmos, possibilité de choisir son siège à l’avance, plus de places pour les jambes … », le cinéma se réinvente pour améliorer l’expérience du public. Car cette nouvelle offre a sans doute de quoi attirer des cinéphiles qui auraient peut-être sinon téléchargé le film afin de le regarder chez eux. Alors plutôt que de bouder ce plaisir au nom d’une provocation sociale ressentie par quelques antis, je n’ai pas pu m’empêcher de dire que tout n’allait pas si mal finalement. D’ailleurs, le Grand palais ne s’est-il pas récemment lancé dans une opération du même genre en créant un véritable drive-in ?

D’autres faits ou déclarations ont le mérite d’être rappelés afin de mettre en perspective des propos qui ne sont in fine que des postures « prêtes à l’emploi » ou « jetables ». Ainsi, on se souviendra de la une de Libération en ce 10 septembre 2012 sur la photo du milliardaire Bernard Arnault accompagnée du titre « Casse-toi, riche con ! ». Éric Brunet rappelle les émois de la classe politique à propos du manque de patriotisme du PDG et souligne en particulier l’indignation d’un Jean-Luc Mélenchon, qui deux ans auparavant, avait pourtant suggéré « qu’ils s’en aillent tous, les patrons hors de prix, les sorciers du fric. »

Plus sérieusement, l’auteur attire notre attention sur ce paradoxe français, à savoir que : « ceux-là mêmes qui, depuis vingt ans, font l’apologie de la disparition des frontières, du nomadisme, de la double nationalité, du « partout chez soi », n’hésitent pas à traîner dans la boue certaines célébrités qui ont opté pour l’exil fiscal. (p.110-11).

Pour conclure, si le livre n’offre pas véritablement de raisonnement de fond, ce qui du coup amène à « mettre dans le même sac » l’entrepreneuriat familial et la consanguinité politique, il fourmille néanmoins d’informations intéressantes. Il rappelle des chiffres qu’il est bon d’avoir en tête quand on parle de politique publique en France. On n’est bien entendu pas obligé de s’exiler pour s’insurger mais c’est utile de rappeler que les victimes ne sont pas toujours celles qu’on croit et que la pratique du bouc émissaire est dangereuse.

Le 2 mai 2013, Éric Brunet a été l’invité d’Hedwige Chevrillon sur BFM Business.

Cécile Philippe est directrice générale de l’Institut économique Molinari.




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