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Exclusivité - L’âge d’or des déficits : une synthèse chiffrée qui pose les bonnes questions

par Cécile Philippe
mardi 17 décembre 2013.

Texte d’opinion publié exclusivement sur le site de l’Institut économique Molinari.

rien

La rencontre avec Pierre-François Gouiffès ne pouvait évidemment que m’inciter à lire son dernier ouvrage, L’âge d’or des déficits - 40 ans de politique budgétaire française (La Documentation française, 2013). Bien m’en a pris car le livre offre une synthèse chiffrée de 40 ans de dérapages dans les finances publiques.

Au fil des pages, il offre aussi un certain nombre de réflexions utiles pour qui veut se faire une bonne idée des enjeux actuels de la France. In fine, on tourne la dernière page du livre sans savoir vraiment comment il sera possible de réformer la France, mais avec un éclairage crucial en cette période de révolte fiscale.

Car si les Français en ont ras-le-bol des taxes, ils ne semblent pas encore réaliser pour la plupart d’entre eux que le très haut niveau de taxation en France est lié à un montant de dépenses publiques très important, lié notamment au recours du gouvernement à la solution facile des subventions. Le cas des bonnets rouges le confirme. Sauf que ces nouvelles subventions devront être payées par des contribuables de plus en plus mécontents face à la baisse de leur pouvoir d’achat.

Bref, le livre permet de réaliser que les marges de manœuvre sont de plus en plus faibles en la matière et que l’heure des comptes va bientôt sonner. Comme l’écrivait Geoffrey Howe, chancelier de l’échiquier et secrétaire aux Affaires étrangères de Margaret Thatcher, « une démocratie est capable d’accepter une amère médication uniquement quand il est absolument manifeste qu’il n’y a aucune alternative possible. »

La synthèse

Une bonne partie du livre (chapitres 1, 2 et 3) permet donc de se faire une bonne idée de l’évolution des comptes publics au cours des 4 dernières décennies et de discerner la tendance actuelle. Plusieurs constats importants s’imposent.

Le premier, c’est que la France présente un niveau très élevé de recettes publiques, sans autre équivalent dans l’Union européenne (UE) et la zone euro (à l’exception aujourd’hui de pays scandinaves dont on constate néanmoins que la tendance dans ces pays est inverse à celle de la France). La France prélève ainsi cinq points de PIB de plus que les moyennes de la zone euro et de l’UE, avec un montant stable à environ 50% du PIB.

Les dépenses publiques ont, quant à elles, atteint un niveau très élevé. En 2011, la France occupe le premier rang en matière de dépenses publiques au sein de la zone euro et le 2ème au sein de l’UE après le Danemark. Alors qu’elles représentaient 40% du PIB en 1974, elles dépassent les 56% du PIB depuis le début de la crise en 2009.

L’importance des recettes ne permet cependant pas de couvrir les dépenses, si bien que depuis 1974, la France n’a pas enregistré d’excédent budgétaire. Cette année-là fut la dernière où le budget de l’État fut exécuté sans déficit. La dette s’est donc elle-aussi accumulée au fil des années. Partie d’un stock de départ vraiment bas et donc favorable, le stock de dette a connue une augmentation de plus de 50% par décennie. Cette situation place désormais la France dans le tiers des pays de la zone euro ayant la dette brute la plus forte. Alors qu’elle n’était que de 20% en 1980, elle dépasse les 90% du PIB fin 2012.

Ce constat macroéconomique fait, l’auteur prend la peine de regarder les choses de plus près afin de bien comprendre les grandes tendances. Il souligne, en particulier, qu’en 2010, les quatre politiques publiques les plus coûteuses sont la protection sociale (24% du PIB), la santé (8%), les services publics généraux (7%) et l’éducation (6%). Autre chiffre à garde en tête, les dépenses de personnel représentent à elles-seules 13% du PIB.

Les bonnes questions

Ce constat fait, Pierre François Gouiffès se lance dans diverses analyses qui vont le conduire de la chronique des différentes orientations prises en matière de budget au cours des six mandats présidentiels achevés depuis 1974 à l’étude des discours économiques et politiques. Il y confronte aussi le constat décrit ci-dessus à d’autres données comme celles de la croissance, la répartition des revenus, les questions intergénérationnelles, etc.

On l’aura compris, le livre est très touffu et offre un panorama très complet des grandes questions actuelles. On en retiendra quelques unes.

Par exemple, au sujet des engagements budgétaires, l’auteur pose la question des écarts constants entre la prévision initiale et le taux de croissance effectif. Et ajoute que ces écarts sont marqués d’un biais très souvent optimiste : pour deux exercices budgétaires sur trois, la prévision de croissance est supérieure à la croissance effective avec une surestimation moyenne de 0,6 points de PIB sur la période.

Autre question évoquée à de nombreuses reprises : celle du passage à l’euro. Faisant le constat que la politique économique française a été profondément marquée par la convergence monétaire européenne, il ajoute que la création de l’euro a sans doute permis à la France un endettement plus élevé que cela n’aurait été possible en son absence. En effet, il écrit très justement que la contrainte extérieure qu’était la dévaluation du franc dans le rôle de régulateur économique et politique, a semblé disparaître pendant près d’une décennie pour finalement réapparaître sous la forme d’un nouveau vecteur celui du taux d’intérêt payé sur la dette souveraine.

Pour finir et sans avoir pu mentionner ici les nombreux autres sujets évoqués, nous attirons l’attention du futur lecteur sur les pages concernant le discours dans les modèles keynésiens, néo-ricardien et celui des choix publics. Ils résument de façon simple et éclairée des courants d’idées aussi bien influents qu’explicatifs de nombreux phénomènes actuels.

Évidemment, il serait facile de critiquer le livre pour le très grand nombre de sujets évoqués et traités nécessairement de façon rapide mais ce n’est finalement qu’une autre manière de dire qu’il y a matière à réfléchir et approfondir les pistes lancées par l’auteur.

Celui-ci pour conclure, écrit « il n’est toutefois pas exclu que la société française soit passée, au cours des quatre dernières décennies, d’une situation globalement gagnants-gagnants (où l’essentiel des groupes sociaux profite de la prospérité générale largement diffusée par la redistribution publique) à une situation gagnants-perdants (marquée par la préservation, voire la progression d’avantages pour certains groupes sociaux et par la dégradation de la situation pour d’autres, suivant le clivage classique insiders-outsiders), voire, dans une vision pessimiste perdants-perdants, la mise en place d’une configuration malthusienne induisant une perte de bien-être pour la quasi-totalité des groupes sociaux. »

Cécile Philippe est directrice générale de l’Institut économique Molinari.




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