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Exclusivité - Chômeurs ou esclaves par l’économiste Philippe Simonnot

par Cécile Philippe
vendredi 25 janvier 2013.

Recension publiée exclusivement sur le site de l’Institut économique Molinari.

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J’ai eu la chance de lire en avant-première ce livre court (Chômage ou esclaves - Le dilemme français) qui sera publié mi-février aux éditions Pierre Guillaume de Roux. Au-delà du fait que le sujet traité – le chômage en France – est sans doute l’un des plus importants à régler en France, le titre provocateur de ce texte donne matière à réflexion à plus d’un titre.

On découvre, en effet, que le concept de « contrat de travail » en France ne s’est jamais libéré d’une relation ambiguë avec celle de l’esclavage, ce qui a sans doute en partie légitimée que le marché du travail en France soit hyper-réglementé.

Or, ces réglementations qui entourent le travail en France sont pratiquement devenues auto-réalisatrices. En créant un chômage de masse contre lequel aucun gouvernement n’a su s’opposer, elle a rendu les Français esclaves d’un travail qu’il ne faut perdre à aucun prix ou d’un chômage qu’il est difficile de quitter.

Salariat et esclavage : l’approche juridique

Philippe Simonnot, constatant comme nous la montée inexorable en France du chômage, nous invite à faire un petit retour en arrière dans l’Histoire afin de montrer que le mépris à l’égard du travail n’a rien de surprenant. Sans être capable moi-même de juger des questions juridiques traitées, le propos mérite le détour tant il est évident qu’en France les relations de travail sont empreintes de lutte des classes.

L’auteur nous explique que le contrat de travail n’a pas su, à ce jour, se libérer d’une fiction juridique dans laquelle il s’est enfermé lors de la rédaction du code civil en 1804. La crainte à l’époque était de faire renaître la notion d’esclavage en même temps qu’on donnait au salariat ses lettres de noblesse.

Cela a conduit les juristes à introduire des distinctions peu réalistes visant à permettre la vente de la force de travail sans pour autant faire de la personne un esclave à la merci de son employeur. Sans entrer dans les détails (à découvrir dans l’ouvrage), il semblerait que ce débat salariat/esclavage a entaché le contrat de travail d’une infamie durable, le rendant corvéable à merci et légitimant qu’on puisse le réglementer à tous les niveaux. Ce que n’a pas manqué de faire la puissance publique en France. Selon le Forum économique mondial, le marché du travail en France est ainsi classé 113e sur 142 pays.

Salariat et esclavage : l’approche politique

La répugnance des Français a l’égard du travail a conduit à l’empêcher de fonctionner comme un marché où s’y confronterait librement des offres et des demandes, de sorte qu’émergent des niveaux de salaire propre à satisfaire demandeurs d’emplois et offreurs. Le signe le plus évident des entraves sur ce marché est que le taux de chômage n’est plus passé sous la barre des 7% depuis 1982.

À cela, il y a beaucoup de raisons et de spécificités françaises que l’auteur décrit, nous donnant par là même des données et des chiffres intéressants. On regrettera seulement, une chose que la taille du texte rend incontournable, à savoir que les explications sont souvent trop courtes à notre goût.

La première est celle de l’existence d’un Smic en France alors que nombre de pays développés n’en ont pas comme l’Allemagne, la Finlande, le Danemark, l’Autriche ou encore la Suède. Il n’aura échappé à personne que ces pays ne manquent pas pour autant de protection sociale. Ce Smic a la particularité en France de s’appliquer sans distinction d’âge, de lieu d’activité ou de profession et pénalise ainsi les personnes jeunes et peu qualifiées. Il a donc été nécessaire de faire des aménagements en multipliant les contrats exonérés de charges visant ces catégories de personnes.

L’auteur décrit aussi des effets pervers des 35 heures (autre spécificité française), les contraintes au licenciement, la prédominance des Contrat à durée déterminée dans les créations récentes d’emploi et s’attaque au tabou en France de l’existence d’un chômage volontaire. Il explique qu’il est lié notamment à l’existence d’un arsenal d’indemnités et allocations associées au statut de chômeur ou de sans-emploi qui rend d’autant plus dur le retour à une activité rémunérée qu’il faut renoncer à ces avantages qui peuvent représenter plusieurs centaines d’euros. Le calcul peut amener des personnes parfaitement rationnelles à renoncer à prendre un emploi.

Conclusion : À quand l’approche économique ?

Philippe Simonnot, qui consacre aussi une section du livre aux causes de la faiblesse syndicale, conclut qu’il faudrait sans doute une révolution culturelle pour faire évoluer le système.

En effet, la grande absente du marché du travail est l’approche économique alors que l’échange de travail a pour but premier de satisfaire les envies et besoins des consommateurs et que pour ce faire les échanges volontaires sont sans doute ce qu’il y a de mieux. Car ils permettent d’orienter les ressources, les talents, le travail là où il est le plus nécessaire.

Faute de prendre cette dimension en question, il sera impossible de retrouver une croissance dont l’auteur nous rappelle bien qu’elle est aussi destructrice que créatrice d’emplois. Il faut se laisser guider par elle (à savoir par les choix des consommateurs) pour mettre fin au chômage et au manque de liberté que son existence suscite.

Cécile Philippe est directrice générale de l’Institut économique Molinari.




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