Les détails de l'événement
Le 1er octobre 2004 à 19h
Séance Action Humaine
organisée en partenariat avec l'Aleps et l'IES Europe
Orateur: Cécile Philippe
Sujet: Chap. 1 Fundamentals of human action (9. Formation of Capital à 10. Action as an exchange P.40-66)
Lieu: Paris, 35 avenue Mac-Mahon, 17ème
Man, Economy, and State
Préface
Chap. 1/ Les principes fondamentaux de l'action (§9 à §10)
présenté par Cécile Philippe
9. La formation de capital
L'augmentation de la quantité de biens de capital est le seul moyen pour l'homme d'augmenter sa production de biens de consommation par unité de temps. Ceci résulte de deux présupposés :
• les éléments donnés par la nature sont limités au sein de l'environnement de l'homme
• le travail de l'homme est limité par la disponibilité de son offre et par ses préférences (désutilité attachée au travail).
Afin d'illustrer la formation de capital et la place du capital dans la production , Rothbard part de l'exemple hypothétique de Robinson Crusoé, seul sur son île.
Etape 1 : Robinson ne dispose d'aucun bien de capital. Il n'a à sa disposition que son propre travail et les éléments que lui donne la nature. Dans ce cas, il ne peut réaliser que quelques besoins (contrainte technique et préférence), à savoir les plus urgents (préférence démontrée).
Considérons que les seuls biens disponibles sont le loisir et les baies.
Question : le loisir est-il un bien ? Ce serait plutôt du temps que l'on peut allouer à une chose ou à une autre.
Il apparaît évident qu'en l'absence de biens de capital, les seuls biens que Robinson peut consommer sont des biens dont la période de production est la plus courte. Le loisir est le seul bien qui puisse être produit presque instantanément (dans ce sens, loisir équivaut à l'absence de travail. Le seul fait de ne pas travailler produit un bien dit loisir). Quant aux baies, leur période de production est aussi très courte. Ce n'est qu'en acquérrant des biens de capital que Robinson peut espérer avoir accès à des biens dont la période de production est plus longue.
Il existe deux moyens par lesquels des processus de production plus longs au travers de l'usage de biens de capital peuvent augmenter la productivité :
• ces processus peuvent procurer une plus grande quantité du même bien par unité de temps ;
• ils peuvent permettre à l'acteur de consommer des biens qui ne peuvent tout simplement pas être produits par des processus de production plus courts.
Un bien de capital, c'est un bien qui n'a pas d'utilité immédiate pour l'acteur, en ce sens qu'il ne satisfait pas un besoin directement. Il est un moyen au service de la production du bien de consommation final. Sa production est ainsi un acte d' investissement.
Un bien de capital, c'est un bien pour la production duquel il faut abandonner une partie de sa consommation immédiate. C'est le phénomène de l' épargne .
Le processus de formation de capital réunit ces deux éléments : il n'est pas seulement un acte d'épargne. Ce dernier doit aussi s'accompagner d'un acte d'investissement pour que le processus débouche sur la formation de capital.
L'acte d'épargne va dépendre de l'utilité apportée par l'augmentation de la productivité du processus allongé de production. Si celle-ci dépasse l'utilité que m'apporte les biens présents que j'aurais pu consommer, alors je vais épargner.
Rothbard de rappeler le phénomène de préférence des individus pour le présent qui, selon lui, postule que l'on va toujours préférer une satisfaction plus tôt que plus tard .
La préférence des individus pour le présent indique la désutilité qu'ils attachent à l'attente (disutility of time).
Le choix de l'individu dépend de façon ultime de son échelle de préférence.
Le niveau de son épargne (ses restrictions présentes) va dépendre de l'urgence des besoins qu'il veut satisfaire grâce à l'augmentation de la production comparée à l'urgence du besoin de maintenir sa consommation actuelle de baies.
Une fois l'augmentation de productivité réalisée, Robinson peut alors décider d'augmenter son loisir ou d'augmenter sa production de baies, ou une combinaison des deux.
Plus important est le fait que le capital permet d'obtenir des biens qui n'auraient pas pu l'être en leur absence. Il permet donc de satisfaire un plus grand nombre de besoins.
Il est évident que ce qui retient un individu d'investir toujours plus de sa terre et de son travail dans la production de biens de capital est sa préférence pour le présent. Si l'homme, toute chose égale d'ailleurs, ne préférait pas des satisfactions dans le présent à des satisfactions dans le futur, il ne consommerait jamais.
Remarque :
Peut-on imaginer des cas où il ne préférerait pas consommer dans le présent et se considère tout simplement comme un outil de production ? L'homme étant ce qu'il est, il doit satisfaire à tout moment un minimum de besoins pour assurer sa survie. Mais de quelle consommation parlons-nous ? De la consommation reproductive, c'est-à-dire employée comme un moyen pour satisfaire des besoins éloignés dans le temps ou bien de la consommation pour une satisfaction immédiate ?
Pour Rothbard, la non-consommation est absurde dans la mesure où elle est la fin de tout processus de production, aussi éloigné soit-il ! C'est pourquoi, à tout moment, on peut dire que les hommes exploitent tous les processus de production les plus courts afin de satisfaire leurs besoins les plus pressés compte tenu de l'état de leurs connaissances. Toutes choses égales d'ailleurs, tout investissement supplémentaire visera à allonger le processus de production.
Il est important de réaliser ici que la période de production dont parle Rothbard comprend non seulement le temps nécessaire à la réalisation du bien de capital mais aussi le temps d'attente qui va du début du processus de production du bien de capital à la production du bien de consommation. Cela est clair lorsqu'il y a plus qu'une étape dans le processus de production. Cette notion de période de production est un élément important car c'est elle que l'acteur considère quand il mesure l'ensemble des satisfactions présentes auxquelles il va devoir renoncer. A noter que la période de production ne prend pas en compte les périodes passées.
C'est ainsi que Rothbard en arrive à décrire un bien de capital comme une étape sur la route qui mène à la satisfaction des biens de consommation. Cette étape franchie, on est plus proche de la satisfaction, ainsi celui qui possède du capital est plus proche de la satisfaction de ses besoins que celui qui n'en a pas.
Le rôle du capital est ainsi de permettre à l'acteur de se rapprocher de la satisfaction de ses besoins.
Rothbard revient ensuite aux concepts d'épargne et d'investissement pour dire qu'ils sont indispensables au processus de formation de capital.
La satisfaction des désirs ou des besoins, c'est la consommation. Quoiqu'il arrive, la consommation ne peut jamais excéder ce qui a été mis de côté.
L'épargne est un acte qui consiste à consommer moins que ce qui pourrait l'être. Il n'implique pas nécessairement que l'on consomme moins par rapport à d'autres périodes précédentes.
Remarque : je crois par contre que l'investissement qui augmente la longueur du processus de production est un investissement supplémentaire à ce qu'il était avant.
Tous les biens de capital sont périssables. Ils sont utilisés au cours du processus de production. Rothbard, ainsi de dire, que les biens de capital sont transformés au cours du processus de production en leurs produits. Chaque bien de capital a une durée de vie qui lui est propre et, par conséquent, un taux d'obsolescence différent. Les biens de capital se différencient par la durée pendant laquelle ils peuvent rendre des services.
Le bien de capital permet une augmentation de la productivité. Ce bien ne peut cependant rendre qu'un nombre limité de services. Cela pose la question de son renouvellement si l'individu veut maintenir le niveau de productivité qu'il a atteint et le niveau de consommation ainsi rendu possible. On peut ainsi, comme le fait Rothbard, introduire le concept de structure de capital, structure qui peut soit augmenter, soit diminuer (consommation de capital), soit être maintenue à son niveau initial.
L'augmentation comme le maintien impliquent des actes d'épargne.
Il faut aussi noter qu'un bien de capital ne rend généralement pas le même niveau de services pendant toute sa durée d'existence. Ce niveau a plutôt tendance à décroître avec le temps. On n'est rarement dans une situation où le bien A rend X services par unité de temps pendant la période t, puis plus rien. La situation se caractérise plutôt par un processus d'obsolescence progressif qui fait que le bien de capital rend moins de services au fur et à mesure que l'on se rapproche de sa date de péremption. Il existe cependant un moyen de maintenir relativement le niveau de services rendus par des actes d'entretien. Ces actes ajouteraient à la structure de capital.
Remarque : cela ajoute ou cela maintient la structure ?
Faire de l'entretien ou des réparations exige de nouveaux actes d'épargne.
On en arrive ainsi au fait que la décision d'un acteur d'investir va dépendre de :
• l'utilité espérée des biens de consommation attendus ;
• leur durabilité
• le temps d'attente
Rothbard déclare que si deux biens de consommation ont la même utilité espérée par unité de services rendus, qu'ils ont aussi le même temps d'attente, mais que l'un est plus durable que l'autre, alors l'acteur choisira le plus durable.
Puis, l'auteur ajoute que si les services rendus que l'on espère recevoir de deux biens de consommation sont les mêmes et si leur période de production est identique, l'acteur investira dans le moins durable car le total de ses satisfactions arriveront plus tôt, c'est-à-dire un bien qui fournit tous ses services sur une période plus courte. A discuter.
Du fait de la relative urgence de ses besoins, l'acteur a tendance à investir d'abord dans la production de biens de consommation dont le processus de production est le plus court. Par la suite, chaque acte d'épargne consistera à investir soit dans le maintien de la structure actuelle de capital, soit dans l'allongement de la structure de capital résultant en des processus de production plus longs. Chaque acte d'épargne tend à allonger la structure de production et consiste ainsi à investir dans des biens de capital d'ordre de plus en plus élevé . Vraiment. Quand on épargne pour maintenir la structure, on ne l'allonge pas. Ca dépend du point de référence que l'on prend.
Il faut se prémunir de la tentation de donner aux biens de capital un pouvoir productif indépendant de l'action humaine. Rothbard cherche à mettre l'accent sur le processus et non sur le résultat, sur la production et non sur la consommation, sur la cause et non sur l'effet. Le capital, à la différence des ressources naturelles et du travail, n'a rien d'indépendant (cf. exemple avec le caillou).
L'investissement dans des biens de capital concerne toujours le futur. L'individu se confronte donc au phénomène d'incertitude qui n'est autre qu'il ne peut pas connaître le futur mais essayer de l'anticiper.
Ici, Rothbard traite de l'incertitude comme d'une chose mais je crois que c'est plutôt une façon métaphorique de parler. « an uncertainty that becomes more and more important as the period of production lengthens. »
Il est possible d'expliquer entièrement un acte de décision de former du capital ou non comme la comparaison entre utilités relatives, diminuées du taux de préférence pour le présent de l'acteur et du facteur incertitude.
Les utilités comparées sont celle des biens présents qu'il faut investir et non pas consommer. Leur utilité est mesurée par la satisfaction immédiate qu'il faut abandonner et celle des biens futurs non encore existants mais dont l'utilité est anticipée par l'acteur.
Rothbard ajoute ensuite que la valeur présente des biens futurs est déterminée par la valeur que les biens futurs auraient s'ils étaient immédiatement présents et par le taux de préférence pour le temps.
Remarque : ce n'est pourtant pas le choix auquel se confronte l'acteur !
C'est ainsi qu'émerge sur le marché à tout moment un taux d'épargne et d'investissement qui est le résultat des décisions individuelles, elles-mêmes dépendant du fait qu'au fur et à mesure que l'acteur investit, la valeur présente des biens futurs diminue. D'un autre côté, l'utilité des biens présents augmentent au fur et à mesure qu'il renonce à davantage de satisfactions présentes (loi de l'utilité marginale décroissante).
Là, l'incertitude intervient dans la décision de l'acteur d'une façon ou d'une autre. C'est un acte d'entrepreneur qui intervient nécessairement au cours de l'action.
Les concepts de succès et d'échec sont déductibles de l'existence de l'action. L'entrepreneur qui réussit relativement est celui qui a anticipé correctement les changements des conditions qui ont eu lieu au cours de l'action. Il a donc investi en fonction de cela.
Remarque : la notion de relativement reste ambiguë et ensuite il faut se demander comment on sait qu'un entrepreneur est un entrepreneur. L'est-il de façon apriori ou bien aposteriori, une fois qu'il a réussi son action ?
Un entrepreneur qui échoue ‘relativement', au contraire, c'est un entrepreneur qui a mal anticipé le changement des conditions dans lesquelles l'action a pris place. Il n'atteint donc pas son objectif .
Pour Rothbard, le bon entrepreneur, c'est aussi celui qui fait des anticipations correctes.
Remarque : Ainsi, l'entrepreneur est celui qui atteint ses objectifs grâce à des anticipations correctes. Qui de l'entrepreneur qui réussit par pure chance.
Rothbard passe ensuite à un point important qui est celui de constater au cours de l'action un changement de condition qui n'avait pas été anticipé. Que se passe-t-il alors ?
L'acteur doit alors décider de ce qu'il doit faire avec le bien de capital. Il est confronté à un choix qu'il ne pensait pas avoir à faire. Considère-t-on alors qu'il met fin à sa première action et que c'est un échec ? Commence alors une nouvelle action ?
La réponse concernant ce que l'acteur va faire du bien de capital dépend de sa convertibilité. Si le bien est inconvertible, alors il n'aura comme seul choix que de l'abandonner. C'est un échec patent. Si le bien est convertible, il pourra essayer d'atteindre un autre objectif avec celui-ci, le plus urgent après celui auquel il était initialement destiné.
Il est ainsi clair que l'accumulation d'un stock de bien de capital impose un comportement présent relativement conservateur. L'acteur est influencé par ses actions passées qui déterminent ce qu'il est aujourd'hui mais aussi ce dont il dispose. Ceci concerne tous les aspects d'un bien disponible aujourd'hui.
Lorsqu'un acteur abandonne un bien de capital inconvertible afin de produire d'autres biens de capital et donc d'autres biens de consommation, on ne peut pas dire qu'il gaspille ses ressources. Quand il décide d'abandonner du capital inconvertible, Robinson cherche en fait à mêler son travail à des ressources naturelles et/ou à des biens de capital dont il pense qu'ils lui procureront une plus grande utilité. L'existence d'un bien de capital non utilisé indique qu'une erreur a été faite dans le passé mais elle indique aussi que l'acteur espère acquérir une plus grande utilité grâce à d'autres utilisations de son travail que celle qu'il pourrait obtenir en continuant à produire le bien de capital selon les objectifs initiaux ou bien en le convertissant à d'autres usages.
Les aires, qui pourraient être utilisées mais ne le sont pas parce que l'acteur choisit de ne pas les utiliser dans la mesure où elle ne seraient pas payantes en terme d'utilité abandonnée, sont appelées sous-marginales. Elles ne font l'objet d'aucune action pour le moment mais l'acteur les a en tête pour un possible usage futur.
Il est clair que la formation de capital et l'allongement de la période de production qui lui est concomitant s'accompagne aussi d'un allongement de la période de provision. Ceci serait vrai par le simple fait que la formation de capital vise à la production de biens futurs qui eux satisferont des besoins futurs.
De manière similaire, la période de provision peut être allongée en augmentant la durée de services des biens de consommation produits.
Une maison est aussi bien un bien présent qu'un bien futur car on ne consomme au quotidien qu'une faible partie de ses services.
Une autre façon d'augmenter la durée de la période de production consiste à accumuler des biens de consommation dans le but de les consommer plus tard. C'est l'épargne simple par rapport à l'épargne capitaliste . Les deux conduisent cependant à la formation de capital. Il n'y a pas de différence d'essence.
10. L'action est un échange
Toute action est un échange entre un certain état et un autre que l'acteur espère plus satisfaisant.
Rothbard veut maintenant élaborer cette notion.
Un homme doit toujours agir. Même celui qui n'agit pas, alors qu'il le pourrait, agit et cela va affecter son offre de biens de consommation. Puisque l'homme agit, il doit toujours essayer d'atteindre le niveau le plus élevé sur son échelle de valeur, quel que soit le choix considéré. Il doit toujours y avoir moyen d'améliorer sa situation, d'obtenir un profit psychique, sinon cela signifierait que tous ses désir sont atteints et il n'y aurait plus aucune raison d'agir. Ce que l'acteur abandonne peut être appelé son coût.
Rothbard de conclure que l'acteur cherche à maximiser son revenu psychique